Le Liban face aux difficultés d’être
La démocratie pose ses conditions
Etat des lieux – Propositions de solution.
Par Dr Ghada El Yafi

Le  découpage du Moyen-Orient par l’accord Sykes-Picot n’a pas été le résultat d’une concertation avec les populations de la région. Il a été imposé sans tenir compte de la nature et de la culture de ces sociétés.

Mais quelles que soient les motivations des grandes puissances ou le jeu des nations, ou encore les traités secrets signés ici et là, la création du Liban n’a pas abouti au rêve de ses citoyens: un état souverain, indépendant et moderne. Si les Libanais veulent réellement construire une nation, ils doivent obligatoirement procéder à des réformes avec pour but de combler les fossés qui se sont creusés entre eux, de limiter la méfiance, les inégalités, l’esprit confessionnel ou même quelquefois, carrément raciste. Cela pourrait être possible si l’on fait une lecture rationnelle de l’état des lieux.

Après la constitution de 1926, qui prévoyait l’égalité des citoyens devant la loi, lors de l’indépendance du Liban en 1943, un consensus entre communautés est venu s’ajouter à la constitution. Les Français ont accepté de donner au Liban son indépendance, mais en y laissant les germes de conflits futurs. En effet, au lieu d’y instaurer un État laïc, et sachant que la séparation des Églises et de l’État est indispensable pour l’assainissement de la vie politique, tel qu’appliqué chez eux dès 1905, il a été proposé un partage des représentations politiques et des postes de la fonction publique entre les confessions et les communautés.

Cette démocratie consensuelle était supposée évoluer au fil des années  vers une démocratie réelle dans une société, sinon homogène, au moins partageant les mêmes valeurs basées sur la citoyenneté. Au lieu de cela, cette démocratie consensuelle a cristallisé le confessionnalisme, favorisé le clientélisme, la médiocrité, la corruption et s’est transformée en une dictature à plusieurs têtes avec une société qui épouse les formes d’un monstre, puisque, à plusieurs reprises, les tensions et les différends n’ont pu résoudre les dissensions des protagonistes par le dialogue rationnel mais par un conflit armé.

De plus, se sachant «protégé» dans sa «secte» – car mieux vaut ne plus parler de confession – le Libanais tolérait, d’outre passer les règles et les lois. Même les pires exactions, punies ou pas, devaient obligatoirement trouver leur analogue ou leur équivalent dans l’autre confession pour que la «justice» se trouve «juste».

Par ailleurs, pourquoi le Libanais ne respecte-t-il pas la loi, pourquoi considère-t-il qu’il peut transcender les lois? Pourquoi ces mêmes Libanais, lorsqu’ils se trouvent dans des pays étrangers, savent faire la queue, évitent de garer leur voiture sur les passages cloutés et payent leurs impôts sans se faire prier ?

Pourquoi une telle involution a-t-elle eu lieu? Question de religion? Chrétiens et Musulmans vivent côte à côte depuis plus de mille quatre cents ans. Question de niveau d’instruction? Parmi ceux qui ont participé aux conflits armés, les plus éduqués ou instruits n’étaient pas une minorité. Pourquoi alors ce recul ?

Dans leur pays, les Libanais ont progressivement perdu toute valeur commune. Le sens civique a été relégué au dernier plan.

Où réside donc le problème ?

Les Français en particulier, mais aussi les autres missions étrangères qui se sont établies au Liban, ont laissé derrière eux des institutions, des écoles avec des normes exemplaires tant sur le plan éducatif que de l’instruction, des universités  de niveau international, des hôpitaux  à l’image des hôpitaux de Paris, et une administration qui étaient le reflet de ce qu’il y avait en France. Ils ont voulu garder avec les Libanais les liens d’une amitié solide, y imprégnant leur culture et leur langue. La France n’a-t-elle pas été appelée par les Libanais «notre tendre mère» ?

Le seul point qui clochait était ce partage entre les communautés concernant la gestion de l‘État. À partir de ce point spécifique, commence l’étouffement dans l’oeuf de celui qui devait devenir citoyen et qui n’a réussi qu’à rester «sujet».

Pourquoi ?

Le premier problème réside au niveau de l’éducation.

La constitution libanaise a accordé aux différentes confessions d’avoir leurs écoles privées, mais, selon l’article 10 « sous réserve des prescriptions générales sur l’instruction publique édictées par l’État ».

Comment cela a-t-il été appliqué ?

L‘État, après l’indépendance, s’est contenté sur le plan de l’enseignement, de copier le schéma français. Ce schéma est longtemps resté figé et n’a pas suivi les réformes françaises dans leur évolution ; il n’a surtout pas regardé les besoins de la société libanaise et, de plus, il a relativement négligé le secteur de l’éducation. Les programmes du baccalauréat libanais étaient calqués sur le baccalauréat français.

L’article 11 de la constitution stipule: «l’arabe est la langue nationale officielle. Une loi déterminera les cas où il sera fait usage de la langue française ». Normalement, cela devait s’appliquer à tous les élèves, à travers tout le territoire libanais.

Or,  l’État  libanais tolérait que le diplôme officiel qui couronnait la fin des études secondaires, soit présenté dans la langue étrangère à l’exception  d’une seule épreuve, obligatoire en langue arabe: la littérature pour la première partie du baccalauréat et la philosophie pour la seconde partie.

Pourquoi cela ? Parce que dans la plupart des écoles privées, l’arabe était devenu la langue secondaire. Cela aurait été parfait si l’on était en France. Mais on est au Liban et, ignorer la langue, la culture, l’histoire du pays et de la région par une partie de la population était la faute grave commise par les responsables de l’État libanais. Puisque l’enseignement était libre et que l’État ne semblait pas accorder de l’importance à la formation du citoyen, les écoles ont formé leurs élèves selon leurs sensibilités propres certaines écoles insistaient sur l’enseignement religieux, d’autres sur la suprématie de la langue étrangère qui a facilement remplacé la langue mère, d’autres ont enseigné les philosophes orientaux et d’autres encore, les auteurs étrangers.

Plus de la moitié des Libanais connaissent mieux l’histoire de France que l’histoire de leur région.  Quant à l’histoire du Liban, le programme officiel n’en comporte qu’une partie: celle de la montagne libanaise, ignorant le reste, sans compter que même dans cette partie du Liban, l’histoire était relatée de façon à satisfaire les besoins confessionnels. Il n’y avait plus de base commune entre les élèves des diverses écoles du Liban.

L’éducation religieuse, une fois annulée, puis rétablie en force, s’est chargée de consolider les différences.

Les défauts n’étaient pas cantonnés uniquement sur l’instruction. L’éducation civique a récemment été introduite dans les programmes. Les enseignants de cette matière n’ont pas été  nécessairement formés ou motivés pour le faire. De ce fait, cet enseignement a pris pour les élèves, un caractère secondaire sinon superflu. Personne ne se rendait compte alors que ce système de l’enseignement allait vers un clivage  culturel profond de la société.

L’aboutissement d’une telle négligence de l’éducation, ne devrait plus étonner.

En réalité, les écoles, en général, les écoles privées en particulier étaient aussi, malheureusement, les lieux de l’apprentissage  du sectarisme, de l’individualisme, du racisme. Il n’était pas question de reconnaître le droit des autres à l’égalité.

Le Libanais pense que son éducation prévaut, mais surtout, sa conception de l’autre est non seulement celle de quelqu’un de différent, mais d’inférieur.

Selon les yeux de certains Libanais, celui qui parle bien une langue étrangère est mieux considéré que celui qui ne l’a pas apprise. Celui qui connaît mieux les auteurs étrangers paraît plus instruit que celui qui ne les a pas appris et ainsi de suite. N’avons-nous pas entendu un responsable dire au cours d’une réunion officielle, parlant d’une partie de la population libanaise: «Ils sont la quantité, mais nous sommes la qualité»? Un autre responsable n’a-t-il pas proclamé devant ses coreligionnaires: «Les maronites sont un genre inférieur»? Ou encore un ministre en poste n’a-t-il pas proposé un projet de loi interdisant la vente des biens entre communautés différentes ? N’étaient-ce pas leurs jeunes qui ont porté les armes les uns contre les autres en 1975 comme pour dire: «C’est nous ou vous, et pas de place pour les deux» ?

La scission est aussi devenue politique.

Pour une partie de la population libanaise, la référence est devenue l’Occident qu’ils ont adopté d’un bloc, avec ses qualités et ses défauts, sans analyse critique, puisque, à leurs yeux, cet Occident est la partie du monde qui fait évoluer la science, la technologie, la médecine, alors que l’orient, en particulier les pays arabes sont restés à la traîne, et donc méprisables. Cette attitude souligne un complexe d’infériorité vis-à-vis de l’Occident et aussi une certaine myopie concernant l’Orient non arabe qui a fait des percées dans le domaine de la recherche et de la technologie. Pour l’autre partie ce même Occident est la cause du recul et des déboires de ce monde arabe forcé à se soumettre à des intérêts étrangers aux populations arabes, surtout après l’implantation et la protection d’Israël en remplacement de la Palestine. Pour eux, le devoir est de résister aux volontés de cet Occident.

La déculturation (et l’acculturation) d’une société peut  difficilement aboutir à des entités viables. Elle ne peut qu’engendrer un sentiment de non-appartenance au milieu et de malaise qui ouvre les portes de l’émigration. D’ailleurs ce climat du sentiment d’être différent entretient un sentiment d’insécurité qui ne fait qu’activer le repli sur soi et le sectarisme. Au lieu de cela n’aurait-il pas été plus bénéfique, sans ignorer l’ouverture vers l’Occident, d’apprendre l’histoire de cet orient qui lui aussi a eu un passé glorieux, qui a eu ses philosophes ses scientifiques, ses savants, ses écrivains, aussi valeureux que ceux de l’Occident  et parfois même précurseurs. Certains n’étaient-ils pas à l’origine  même de l’essor de cet Occident ? En ignorant son histoire, on ne l’efface pas pour autant.

Et si le monde arabe passe par une période de faiblesse, de dictatures, de corruption il n’est pas dit que la fuite en avant peut résoudre les problèmes.  Seule une prise de conscience du rôle que peut jouer la société civile, prise de conscience de ses responsabilités, de ses capacités, avec une dose de courage et le miracle devient possible. Deux exemples viennent de nous le prouver : la Tunisie et l’Égypte.

Cette analyse rapide de l’éducation au Liban montre bien l’importance d’une vue d’ensemble de l’éducation des jeunes. En autorisant les confessions d’avoir leurs écoles privées, l’État libanais a laissé tomber la surveillance des enseignements qui s’y dispensaient. Les communautés se sont empressées d’inculquer à leurs élèves en priorité ce qui pouvait les distinguer des autres communautés et l‘État a négligé, ce qui aurait pu les rassembler, en particulier, l’identité, la langue, l’histoire, mais aussi la liberté, la responsabilité, l’égalité, en un mot, la citoyenneté. Le sens civique a été inconsciemment délaissé.

Le secteur de l’éducation n’est pas le seul en cause. La distribution démographique et confessionnelle de la population  et son évolution est un autre facteur qui a favorisé le sectarisme et le confessionnalisme.

Le Liban est un petit pays avec une population d’environ quatre millions d’habitants. Aucun recensement n’a été effectué depuis 1932 de crainte de discerner un déséquilibre démographique confessionnel, déséquilibre qui pourrait prendre un caractère menaçant pour une minorité si elle venait à se découvrir comme telle. Quoi qu’il en soit, la population du Liban était initialement répartie sur tout le territoire, en petites communautés en général uni confessionnelles et relativement fermées sur elles-mêmes. S’il existait entre elles certaines relations de courtoisie il ne viendrait pas à l’esprit d’un Libanais d’habiter ailleurs qu’à l’intérieur de sa communauté.

À l’encontre des villages et petites localités dispersées à travers le pays, le centre-ville de la capitale, avant la guerre de 75-89, représentait le schéma de la diversité libanaise et était en quelque sorte le garant de la stabilité du pays. Là s’y côtoyaient non seulement les diverses confessions et communautés mais aussi, toutes les classes sociales. Il était le reflet de ce que stipulait la constitution de « vie commune ».  Le brassage des communautés entre elles, les relations quotidiennes, arrivaient à effacer cette méfiance qui est le propre des régions reculées et des localités fermées.

Cette description pourrait relativement être appliquée aux grandes villes, comparées aux villages.

Avec le temps l’absence de politique de décentralisation, a favorisé progressivement la migration des populations de la périphérie vers les grandes villes ou localités, les villages se sont relativement  vidés. L’urbanisation de la société aurait pu avoir un côté bénéfique car cette migration s’est accompagnée aussi de plus d’ouverture des communautés les unes envers les autres et donc plus d’harmonie et moins de fanatisme.

Malheureusement, la politique n’a pas pu suivre et la représentativité des citoyens continue à se faire selon des critères plus confessionnels et plus sectaires.

Une des raisons de ce sectarisme se trouve dans la loi électorale proposée pour les élections législatives, régulièrement modifiée pour arranger certains candidats, et jamais rationnelle.

Avant d’aller plus loin, je voudrais ouvrir une parenthèse pour rappeler que la fonction de député est mal comprise par la population et même parfois, par les personnes en charge de la politique du pays.

En plus du contrôle de l’exécutif et de la fonction publique, le rôle du député est de légiférer: proposer et voter des lois qui concernent tous les Libanais sans distinction de région ou de confession et applicables sur tout le territoire libanais. Une fois élu, le député est le représentant de tous les Libanais sans distinction de région ou de confession. Cette parenthèse fermée, il est logique d’en déduire, que les services soient du ressort des municipalités et non des députés ; de plus, que si le droit élémentaire du citoyen est de se faire représenter au parlement, ce droit doit être facilité le mieux possible. De même, il est logique que le découpage des circonscriptions, doive inclure le plus possible de localités variées afin d’éviter qu’un vote n’ait lieu pour des intérêts étroits, l’idéal étant une seule circonscription, pour tout le Liban.

Or, comment cela se passe-t-il sur le terrain.

Le citoyen ne peut pas voter près de son domicile. Il ne peut voter qu’à l’endroit où se trouve son registre civil, c’est-à-dire là où il est né ou bien là où est né son père ou encore son grand-père. La famille peut habiter une grande ville depuis des décennies, mais pour voter, ses membres doivent obligatoirement se rendre à leur village d’origine. Il faut une grande motivation pour faire ce déplacement. Cela explique que le nombre d’électeurs à chaque tour de scrutin, ne dépasse pas en général les 35%. Les plus nombreux à voter sont ceux qui se trouvent sur place, donc les plus sectaires, les moins ouverts. Ce sont eux qui font pencher la balance. Cela implique donc obligatoirement, pour le candidat, un discours plus sectaire, discours basé sur le renforcement du confessionnalisme, l’entretien de la peur de l’autre, la conservation de l’esprit minoritaire avec le sentiment de menace constant. Le candidat devient de par ce discours le sauveur et le protecteur de sa communauté. Une fois élus, ces candidats font tout ce qu’ils peuvent pour garder le discours et son privilège, faisant fi des conséquences sur l’ensemble de la société libanaise.

Si au contraire, tous les Libanais avaient une plus grande facilité d’accès au vote, ils forceraient les discours des candidats vers des idées plus tolérantes, plus universelles plus modernes, car ils devraient intéresser d’autres Libanais que ceux de leur communauté ou de leur région. Ce discours aurait ainsi pour objectif, la solution des vrais problèmes, que rencontre l’ensemble des Libanais.

La réforme de la loi électorale législative est donc indispensable et urgente afin que le prochain parlement soit réellement représentatif et que le service public soit au coeur des réformes proposées pour assainir la vie politique.

Mais suffit-il de réformer la loi électorale pour que le miracle ait lieu ? Si le choix de ses représentants est le devoir essentiel du citoyen ce devoir est-il suffisant ?

Dans les dictatures le pouvoir central est fort, le citoyen est réduit à l’assujettissement. Dans la démocratie, le pouvoir central est faible et les institutions prennent la relève avec un contrôle réciproque des divers pouvoirs pour éviter les abus.

Au Liban, le pouvoir central a les éléments de la force, mais les gestionnaires de ce pouvoir se sont partagés les rôles et fonctions entre communautés, sans aucun contrôle réciproque. C’est plutôt l’inverse qui a eu lieu avec une connivence des personnes en charge du pouvoir, ce qui a facilité l’effondrement de l’État par l’utilisation de toutes les formes de la corruption. Le Liban n’a plus d’état que le nom, et le Libanais, complétement désorienté, s’accroche à n’importe quelle bouée de sauvetage.

La société civile a le pouvoir de renverser cette fatalité.

Sans attendre les résultats de la réforme du système éducatif qu’il est urgent d’instaurer, de même que la réforme électorale, il faudrait aussi et de manière concomitante essayer d’impliquer les citoyens dans le système démocratique par le biais des municipalités et les encourager.

La loi, ayant accordé l’autonomie administrative et financière aux municipalités, devrait être appliquée dans son esprit, tout en prenant les précautions nécessaires pour éviter le clientélisme local. Les citoyens devraient avoir le droit non seulement de choisir leurs priorités, mais aussi de les exécuter. La création d’associations de citoyens, entre eux et/ou avec des organismes publics, devrait trouver des solutions pour le développement des régions. Ainsi, d’une part l’autonomie, et d’autre part, la participation citoyenne à des entreprises d’intérêt public d’ordre culturel, médical, sportif, économique ou environnemental, devraient permettre progressivement, la création d’une société citoyenne, responsable, dont les membres se trouveraient liés par des intérêts communs et pourraient aspirer au développement et au progrès sur la base de valeurs universelles communes. Les organismes publics pourraient  surveiller pour éviter les deviations et apporter leur soutien ou leurs conseils en cas de besoin.

Ces quelques réflexions pour mieux comprendre le problème libanais montrent bien que pour gouverner un pays, il faut être autre chose que maronite, sunnite ou chiite. Il faut avant tout être visionnaire. Le partage mercantile des portefeuilles ministériels et des postes de la fonction publique, même équitable, restera bien en-dessous des espérances de la population. La démocratie  reste l’aspiration des Libanais qui tiennent par-dessus tout à leur liberté. La démocratie consensuelle est un leurre car elle empêche précisément la libération du citoyen du confessionnalisme.

La diversité des confessions au Liban est certes une richesse, mais à la condition qu’elle ne soit pas utilisée à des fins qui ne concernent pas l’ensemble des Libanais. Le chemin de la vraie démocratie est long, ardu et permanent. Un parlement et des élections ne suffisent pas à la réaliser. Le premier pas en est la création du libanais citoyen, celui qui croit réellement en l’égalité, celui qui est responsable de ses choix, celui qui sanctionne celui ou ceux qu’il a élus, et ne se contente pas de suivre un homme aussi important qu’il soit, mais le programme qui est proposé. Il n’y a pas de citoyenneté sans liberté et être libre, c’est refuser de vendre sa voix au plus offrant, c’est refuser toute forme de corruption. La démocratie, c’est la séparation des pouvoirs pour éviter toute forme de dictature, c’est aussi en particulier l’assainissement du pouvoir judiciaire.

Se réaliser comme citoyen c’est l’effort soutenu et continu de chacun pour corriger ses propres imperfections et pourquoi pas, donner l’exemple. C’est la citoyenneté qui va permettre de tourner une page de notre histoire, page de guerres et de tensions, vers l’évolution des personnes, de la société et de la nation qui permettra à chaque Libanais de se sentir bien chez lui.

Pour terminer, je dirai comme l’Abbé Pierre: « Ce n’est pas à nos gouvernements de nous dire comment être solidaires. C’est à nous de leur montrer la société que nous voulons. Ils comprendront.”

Additif:

Pour comprendre la laïcité, il faut savoir faire quelques distinctions.

– On peut être laïc et avoir un choix politique avec un mouvement d’apparence religieuse. Ce choix ne concerne pas le dogme dudit mouvement mais sa conduite politique.

– Adopter la laïcité ne signifie pas s’écarter de sa foi ou de sa communauté. Une femme peut porter le voile et être laïque. Un homme de religion n’est pas exclu de la laïcité si sa conduite est citoyenne.

– Dans le même ordre d’idées, ne peut être considérée comme laïque toute personne qui réclame un poste au nom de la confession ou qui distingue politiquement un individu ou un groupe d’individus d’après leur confession, de même que ceux qui cherchent à attribuer un rôle à une confession plutôt qu’à une autre comme si les qualités humaines de ses composants soient différentes parce qu’ils sont nés dans cette famille religieuse.

– La laïcité permet à tous les Libanais d’accéder à un poste quelle que soit sa confession s’il en a les critères. Riche de ces valeurs, le Libanais de n’importe quelle confession pourrait devenir président de la République ou Premier ministre.

Par Dr Ghada El Yafi
Médecin, Ancien chargé de cours à l’Université Saint Joseph à Beyrouth.

Libnanews