Paysages urbains au Qatar. Source Photo: Pixabay.com
Paysages urbains au Qatar. Source Photo: Pixabay.com
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Il y a un an, l’ex-secrétaire d’État américain Rex Tillerson parvenait à enrayer de justesse la mise en œuvre d’un plan saoudien visant à envahir le Qatar avec le soutien des Émirats arabes unis. 

Riyad à l’offensive

En mars dernier, le secrétaire d’État Rex Tillerson était limogé par le président Trump, et ce une semaine avant la visite officielle très médiatisée du prince héritier d’Arabie saoudite, Mohammed Ben Salmane à Washington.

Coïncidence ? Depuis l’automne 2017, la presse américaine faisait régulièrement état de pressions saoudiennes ou émiraties pour le renvoi de Tillerson. Les deux nations arabes étaient en effet agacées par les velléités du secrétaire d’État américain de vouloir jouer un rôle de médiateur dans la Crise du Golfe en cherchant à faire cesser le blocus mis en œuvre contre le Qatar.

Or, si Rex Tillerson n’est pas parvenu résoudre la Crise du Golfe, il aurait réussi à éviter que celle-ci ne dégénère en guerre : au cours de l’été 2017, le responsable américain serait intervenu de tout son poids  diplomatique et politique pour stopper un plan secret d’invasion du Qatar mené par les Saoudiens et soutenu par les Émirats arabes unis.

Ce plan aurait été découvert par des agents de renseignement qataris travaillant en Arabie saoudite, et son existence a été confirmée plusieurs mois plus tard par les services de renseignement des États-Unis et du Royaume-Uni.

Selon le média d’investigation américain « The Intercept », le plan en question prévoyait un déploiement rapide des troupes terrestres saoudiennes sur Doha avec l’appui militaire des EAU. Ces manœuvres étant bien entendu réalisées en prenant soin de contourner la base aérienne d’Al Udeid, quartier général du Commandement central des États-Unis et qui abrite quelque 10 000 soldats américains.

Annexer le Qatar, un enjeu géopolitique et économique pour les Saoudiens

Toujours selon The Intercept, l’ancien conseiller du président Obama pour le Moyen-Orient Robert Malley déclarait en off il y a quelques mois que ses contacts à Doha lui faisaient part de leur crainte d’une invasion saoudienne. Il faut rappeler que depuis un an, le Qatar est victime d’un blocus diplomatique et économique de la part de l’Arabie saoudite et de ses alliés du « quartet » (EAU, Égypte et Bahreïn) : ceux-ci ont fermé leurs frontières terrestres, maritimes et aériennes avec le petit émirat, interdit leur espace aérien à Qatar Airways et expulsé les citoyens qataris de leur territoire.

Pour certains spécialistes du Golfe, ce projet d’invasion aurait été motivé par des motifs politiques, mais aussi d’ordre financier. En effet, le système de protection sociale saoudien « du berceau à la tombe » repose sur un prix du baril élevé. Or, celui-ci a chuté en 2014 et ne s’est pas complètement rétabli. De ce fait, depuis l’arrivée au pouvoir du roi Salmane en 2015, l’Arabie saoudite a dépensé plus d’un tiers de ses 737 milliards de dollars en réserve, et ce tout en affichant une croissance économique nulle l’an dernier.

Or, si les Saoudiens avaient réussi à s’emparer de Doha, ils auraient pu accéder au fonds souverain du pays, estimé à 320 milliards de dollars.

Ce plan abandonné, le prince héritier a été contraint de mobiliser dans d’autres réserves de fonds, notamment en puisant, de gré ou de force, dans les fortunes privées des aristocrates saoudiens (et ce, au nom de la lutte contre la corruption).

En intervenant militairement au Qatar, l’Arabie saoudite n’aurait fait que prolonger sa politique interventionniste et musclée dans la région. En 2011, les troupes saoudiennes étaient intervenues au Bahreïn lors de Printemps arabes pour écraser un soulèvement populaire qui menaçait le pouvoir en place, fidèle à Riyad. Depuis 2015, le pays est aussi à la tête de la coalition arabe intervenant au Yémen.

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