flare of fire on wood with black smokes
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Marianne Hanson, The University of Queensland

Les forces russes en Ukraine pourraient avoir utilisé des armes thermobariques et des bombes à fragmentation (ou bombes à sous-munitions), selon des rapports du gouvernement ukrainien et de groupes de défense des droits de l’homme. Si cela est vrai, cela représente une escalade dans la brutalité qui devrait tous nous alarmer.

Alors que les armes à sous-munitions sont interdites par la convention internationale, les munitions thermobariques – également connues sous le nom de dispositifs explosifs air-carburant ou « bombes à vide » – ne sont pas explicitement interdites pour une utilisation contre des cibles militaires. Ces dispositifs dévastateurs, qui créent une boule de feu dévoreuse d’oxygène suivie d’une onde de choc mortelle, sont bien plus puissants que la plupart des autres armes conventionnelles.

Qu’est-ce qu’une arme thermobarique ?

Les armes thermobariques sont généralement déployées sous forme de fusées ou de bombes, et elles fonctionnent en libérant du combustible et des charges explosives. Différents combustibles peuvent être utilisés, notamment des métaux toxiques en poudre et des matières organiques contenant un oxydant.

La charge explosive disperse un grand nuage de combustible qui s’enflamme ensuite au contact de l’oxygène de l’air environnant. Cela crée une boule de feu à haute température, ainsi qu’une onde de choc massive qui aspire littéralement l’air de tout être vivant à proximité.

Les bombes thermobariques sont dévastatrices et efficaces dans les zones urbaines ou en milieu ouvert, et peuvent pénétrer dans les bunkers et autres lieux souterrains, privant leurs occupants d’oxygène. Il y a très peu de choses qui peuvent protéger les humains et les autres formes de vie de leur effet de souffle et de leur effet incendiaire.

Un rapport de la CIA de 1990, cité par Human Rights Watch, décrit les effets d’une explosion thermobarique dans un espace confiné :

« Les personnes proches du point d’ignition sont atomisées. Celles se trouvant en périphérie sont susceptibles de subir de nombreuses blessures internes, et donc invisibles, notamment des éclatements des tympans, des écrasements des organes de l’oreille interne, de graves commotions cérébrales, des ruptures des poumons et des organes internes, voire la cécité. »

Une histoire de l’horreur

Des versions rudimentaires d’armes thermobariques ont été mises au point par l’Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale. Les États occidentaux, ainsi que l’Union soviétique et plus récemment la Russie, les utilisent depuis les années 1960.

On pense que l’Union soviétique a utilisé des armes thermobariques contre la Chine pendant le conflit sino-soviétique de 1969, ainsi qu’en Afghanistan durant sa prise de contrôle du pays en 1979. Moscou les a également utilisées en Tchétchénie et en aurait fournies aux rebelles séparatistes dans l’est de l’Ukraine].

Les États-Unis a utilisé ces armes au Vietnam et dans les montagnes d’Afghanistan.

Pourquoi certaines armes sont interdites, même en temps de guerre

Bien que les armes thermobariques ne soient pas encore formellement interdites, il existe plusieurs arguments allant à l’encontre de leur développement et leur utilisation.

Le droit humanitaire international stipule ce qui est et ce qui n’est pas permis en temps de guerre. On sait depuis longtemps que même les guerres ont leurs limites : si certaines armes sont considérées comme légales, d’autres ne le sont pas, précisément parce qu’elles violent des principes clés du droit humanitaire.

Un nouveau rapport de Human Rights Watch indique clairement que l’invasion russe en Ukraine est illégale. Il s’appuie sur les Conventions de Genève pour définir l’illégitimité des actions de Moscou, y compris son utilisation ou son utilisation potentielle d’armes particulières.

L’utilisation d’armes dans des attaques indiscriminées – celles qui ne peuvent pas faire la distinction entre les combattants et les civils – est interdite par les Conventions de Genève. Une arme thermobarique peut viser spécifiquement les installations et le personnel militaires, mais ses effets ne peuvent être limités à une seule zone. Selon toute vraisemblance, de nombreux civils seraient tués si de telles bombes étaient utilisées sur une ville. L’utilisation d’armes explosives dans des zones peuplées entraînerait des attaques indiscriminées et disproportionnées. Les bombes aériennes, même si elles visent des objectifs militaires, constituent une grave menace pour les civils en raison de leur large rayon d’explosion.

Souffrances inutiles

Les efforts visant à interdire ces armes n’ont pas encore abouti à une interdiction claire. La Convention de 1980 sur certaines armes classiques (communément appelée « Convention sur les armes inhumaines ») traite des armes incendiaires, mais les États ont réussi à éviter une interdiction explicite des bombes thermobariques.

En plus des impacts sur les civils, les bombes thermobariques causeraient des blessures superflues et des souffrances inutiles. En vertu du droit humanitaire international, elles ne devraient pas être utilisées.

Il existe un point à partir duquel – même si une guerre est jugée légitime ou « juste » –, la violence ne doit pas impliquer des armes excessivement cruelles ou inhumaines. Si une arme est susceptible de prolonger l’agonie des soldats (ou des civils) ou d’entraîner des blessures superflues et inacceptables, son utilisation n’est théoriquement pas autorisée. Les armes thermobariques semblent clairement répondre à cette définition.

Bombes à fragmentation et armes nucléaires

Les armes thermobariques ne sont pas les seules à nous inquiéter dans la guerre actuelle. Le gouvernement ukrainien et les groupes de défense des droits de l’homme affirment que la Russie a également utilisé des munitions à fragmentation. Il s’agit de bombes ou de roquettes qui libèrent un ensemble de petites « bombettes » sur une large zone.

Les armes à sous-munitions ont été interdites par une convention internationale en 2008. La Russie ne l’a pas signée (pas plus que les États-Unis, la Chine ou l’Inde), mais jusqu’à présent, elle a largement respecté les dispositions de la convention.

Cependant, le plus préoccupant est peut-être l’arsenal d’armes nucléaires de Moscou. Le président Vladimir Poutine a fortement laissé entendre qu’il serait potentiellement prêt à les utiliser, mettant les forces nucléaires russes en état d’alerte et avertissant que les pays qui interviendraient dans l’invasion s’exposeraient à des « conséquences que vous n’avez encore jamais connues ». La Russie possède environ 6 000 armes nucléaires et une escalade du conflit pourrait entraîner leur utilisation – délibérément ou par inadvertance dans le brouillard de guerre.

Poutine n’est pas le seul à avoir proféré de telles menaces. Les États-Unis possèdent environ 5 500 armes nucléaires et leur politique nucléaire promet la dévastation nucléaire à leurs adversaires. Même les Britanniques et les Français ont recours à la pression nucléaire et l’ancien président américain Donald Trump a utilisé un langage similaire lorsqu’il a menacé la Corée du Nord. Mais la déclaration de Poutine va même au-delà de ces menaces.

Ce sont ces dangers bien réels qui, aux Nations unies, ont conduit 122 États à voter en faveur du développement du Traité d’interdiction des armes nucléaires en 2017.

La guerre en Ukraine est le dernier rappel en date que nous devons agir pour éliminer les armes thermobariques, à fragmentation et nucléaires, sous un contrôle international strict. Les enjeux sont tout simplement trop importants pour permettre à ces dangers de perdurer.

Marianne Hanson, Associate Professor of International Relations, The University of Queensland

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

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