Les habitudes destructrices commencent tôt. Très tôt. Tôt comme au lever du soleil. Tôt dés que l’alarme se met à sonner et que l’on cherche le bouton Snooze. Tôt, comme dès la naissance avec une empreinte digitale. Tôt, avec le premier chant du coq. Mais il n’est jamais trop tôt, ni trop tard pour ouvrir les plateformes des réseaux sociaux pour traquer la vie des autres au pas à pas, de devenir Peeping Tom, et de se dire qu’on est bien misérable dans notre petit coin face à leurs sourires Colgate.

Les images défilent. Les clichés DU couple le plus hot et  de leur  dernier voyage à Mykonos. Lui en maillot et abdos bronzés, elle en bikini et Panama avec ses initiales. La vodka qui coule à flots, les shots de tequila, le mousseux Martini rosé au coucher du soleil. On a même l’impression de pouvoir écouter la musique de ce moment qui leur appartient. On passe à autre chose. La grossesse de l’une, la naissance, les kilos et les messages « tout le monde va bien, même le papa » au bord de la crise cardiaque. Le baptême du gosse de l’ancienne voisine. Le premier jour d’école. Le restaurant mexicain In du dernier moment. Les commentaires au goût des Tacos alors qu’on n’a jamais mis les pieds au pays de Kahlo. Tout s’affiche, rien ne se cache, jusqu’aux infidélités des uns et des autres. Il suffit d’être bon observateur, de lire entre les comments et les likes de ceux qui aiment avoir une horde de groupies.

On veut absolument prendre en photo le gobelet Starbucks, les derniers talons  Aquazzura, et les hashtags qui vont avec. On veut trouver l’âme sœur en cherchant sur Facebook les amis en communs. Celui qui ressemble à James Dean, ou celle qui a  la poitrine de Scarlett Johansson. On veut afficher son status comme un trophée. In a Relationship. Adieu le célibat. Mais pour y arriver, il faut se prêter au jeu. S’envoyer des messages. Voila ! C’est fait ! SMS envoyé la tête sous la couette. On vit au rythme des Whatsapp. Des « Bonjour »  du matin, des Sweet Dreams Honey Bunny. On se sexte, on se drague, on s’envoie des Selfies avec la bouche en canard, on flirte, on se dit que c’est l’amour fou. Tinder moi  pour que je t’allume. Compatible le temps de 30 minutes. Le temps d’un baiser. Le temps de rien du tout. Mais le temps d’une photo sur Facebook qui remplira une conversation. L’affichage d’un bonheur éphémère !

On fait semblant. Semblant de plaire. Semblant de sourire. Semblant de vivre. Semblant,  tout court. On se fait et on se défait en moins de 5 minutes. On s’aime, et on ne s’aime plus ! Exit l’autre au profit de la nouvelle conquête. C’est devenu chose commune le divorce. C’est même devenu normal qu’on quitte sa femme pour une nouvelle venue plus fraiche. Pour un nouveau gigolo bien Fit face à un mari qui se laisse aller. Tout est devenu normal. Et tout s’affiche. Nul n’est irremplaçable. On est juste un numéro. Un numéro comme ce foutu « on » que je ne cesse d’utiliser pour essayer de frôler un semblant de neutralité. Pour ne pas parler de moi, mais de nous ! Tous ! Connectés 24 heures sur 24.

On se percute sans vraiment se voir. On se cache derrière des excuses pour ne pas tomber amoureux. On joue le jeu pour ne pas frôler le réel, l’authentique, le vrai. On est juste trop pressés, trop pris, trop débordés, trop Busy. Trop fatigués. Et moi…  Je suis fatiguée de devoir répondre de mon divorce face à ceux qui osent me dire avec un regard de pitié, comme si j’avais raté quelque chose au lieu d’avoir eu tout à gagner.  « Mais ca ne se voyait pas! » Comment peut-on voir tout ce qui va mal ? Si tout n’est qu’un acte joué… Si nous consommons l’autre comme un Kleenex. Jeté. Basta !

Dis,  j’ai vraiment envie de savoir… Dis ? Tu vas bien ? Dis-moi…. Comment va ton cœur ?

Hala Moubarak

Photo : Mobile Lovers par l’artiste de rue Banksy

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