Le climat délétère de tensions au sein de la société française contemporaine n’est que l’effluve d’une confrontation bien plus profonde. Comme en toute période de crise, un monde, avec son système de normes et d’interactions, de croyances, de mythes, et d’inconscients communs, disparait tandis qu’un nouveau pointe son nez à l’horizon.

L’ancien organe se relâche, se meurt, s’effondre. L’ancien système est celui de la France éternelle, celle de Napoléon et de De Gaulle, de l’état providence, des Républiques, des Monarchies, et des Empires, de la Gauche et de la Droite, de la laïcité et de l’assimilation. Le nouveau est celui du monde, ou pour ainsi dire de l’Amérique, ou plutôt de la mondialisation, du multiculturalisme, du Français blanc, noir, arabe, asiatique, et surtout de l’intégration. Sur le plan politique, la laïcité vieille-France et farouchement anticléricale affronte le sécularisme plus « light » des anglo-saxons. Le mono-culturalisme républicain fait face à un pluriculturalisme nourri par la vision d’un monde sans frontière. Sur le plan économique, l’antilibéralisme colbertiste côtoie le libéralisme de John Locke, et le socialisme devient social-libéral. Sur le plan social, la perception catholique charitable de la société trébuche devant l’individualisme capitaliste protestant.

Les Français hésitent. Doivent-ils détester ou aimer l’argent ? Faut-il qu’ils imposent leur mode de vie aux nouveaux arrivants, ou au contraire leur permettre de vivre leurs traditions au sein de leurs communautés d’origine ? Faut-il que l’Etat maintienne sa souveraineté économique et politique, ou au contraire laisser libre court à l’Europe, et par extension au monde, d’instaurer ses réformes libérales et transnationales ? L’hésitation est partout et la tension monte. De l’extrême gauche à l’extrême droite, des islamistes aux fondamentalistes de tout poil, le mécontentement est là. Un climat de guerre civile souffle sur la France, et l’exécutif ne sait que faire. Ne portant aucun projet clair, il prend des décisions circonstancielles, se laisse porter par le vent des événements, et tente tant bien que mal de soigner les plaies ouvertes avec des discours qui ne portent plus.

Au vu de l’Histoire, ce phénomène est très récent. Ses conséquences ne peuvent qu’être graves. Fut un temps où le modèle français était exporté aux quatre coins de la Terre, colporté par les missionnaires, les diplomates, les politiques, les lettrés de tout genre. Mais ce temps-là est révolu. Aujourd’hui, au sein même de son territoire, la France hésite. Ne sachant plus si elle doit rester fidèle à son histoire, sa tradition économique, son modèle politico-social, ou prendre le train à pleine vitesse de la mondialisation et du capitalisme conduit par les Etats Unis d’Amérique. L’on pourrait dire de ce flottement de la France qu’il est irresponsable. Seulement, la réalité est plus complexe puisqu’il s’agit d’une confrontation, d’une lutte entre deux modèles. Les défenseurs du premier mettant naturellement la faute au dos du second et inversement. « La France est morose puisqu’elle oublie ses principes » diraient les premiers, « Non, c’est justement parce qu’elle rechigne à les abandonner qu’elle déprime ainsi » rétorqueraient les seconds. Peut-on parler de réactionnaires, de conservateurs, de progressistes, dans une société marécageuse, balbutiante, à la recherche de son identité, comme celle-ci ?

Aujourd’hui plus que jamais la France doit choisir. Mais pour cela il faut qu’il y ait une vision, un mouvement qui porte la nation, une transcendance diraient certains. La France gagnerait à croire à nouveau en elle, en son Histoire, en sa grandeur, et surtout en son potentiel. Un renouveau est nécessaire. Ce dernier ne peut venir que d’une discussion dans les plus hautes sphères de la République avec les différentes composantes de la nation afin d’aboutir à une nouvelle formule qui puisse, tout en permettant la continuité et la pérennité de la France éternelle, l’armer pour reprendre sa place de premier plan dans l’élan mondial.

Emmanuel Ramia

Si vous avez trouvé une faute d’orthographe, veuillez nous en informer en sélectionnant le texte en question et en appuyant sur Ctrl + Entrée . Il ne s’agit pas d’un espace pour les commentaires.

Article mis à jour:

LAISSER UN COMMENTAIRE

Entrez votre commentaire
Entrez votre nom

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.