Révolu le temps où la commémoration du Génocide arménien était juste officieuse et un passage obligé pour commémorer le premier Génocide du XXème siècle.   

Contrairement aux années précédentes, et comme l’avait promis Emmanuel Macron lors de sa campagne présidentielle, cette commémoration est devenue l’engagement principal de la Présidence de la République lors du Dîner de Gala de la CCAF, qui s’était déroulé le 5 février 2019.  « La France, c’est d’abord et avant tout ce pays qui sait regarder l’Histoire en face, qui dénonça parmi les premiers la traque assassine du peuple arménien, qui dès 1915 nomma le génocide pour ce qu’il était, qui en 2001, à l’issue d’un long combat, l’a reconnu dans la loi et qui fera dans les prochaines semaines du 24 avril une journée de commémoration du génocide arménien » avait déclaré le Président de la République. C’est à ce moment, et profitant de cette occasion qu’Emmanuel Macron a annoncé sa décision en consacrant le 24 avril une journée nationale pour la commémoration des affres de la Ière guerre mondiale, et pour ne jamais oublier les massacres qui ont été perpétrés par le Régime Ottoman en 1915 à l’égard des Arméniens de Turquie. 

Ainsi, le décret du 10 avril 2019, vient conforter la communauté arménienne de France dans sa lutte contre le négationnisme du génocide par les dirigeants turcs, renforçant encore une fois le courroux du Président Erdogan, qui, dans une allocution télévisée a tenu des propos diffamatoires contre la France, le décrédibilisant, démontrant son arrogance et sa mentalité sanguinaire. Aucun Etat ne devrait accepter ces propos indignes qui touchent à l’intégrité de la France. Ce décret à eu un effet de bombe en Turquie rendant la manifestation du 24 avril, officielle face au monde entier. Sacralisée par la communauté dans son ensemble, cette manifestation autour de la statue du père Komitas, place du Canada, renforce le sentiment de satisfaction au sein des franco-arméniens.

Les Arméniens de France n’étaient pas simplement réunis comme à leur habitude juste pour rendre hommage aux morts, mais cette fois-ci, la commémoration prenait toute une autre dimension, encore plus forte, plus profonde, confortée par la présence du Premier Ministre Edouard Philippe. Aujourd’hui, elle devient plus officialisée et s’inscrit dans le calendrier de la République. Le discours d’Edouard Philippe était poignant, humble, sincère. Il s’adressait non seulement à la communauté arménienne de France, mais au monde entier assurant encore une fois du soutien de la France à la communauté arménienne et à l’Arménie face à la barbarie du passé. Un discours qui va dans le sens des aspirations de la communauté et qui les satisfait dans sa parfaite énonciation.

En faisant appel aux grands noms de l’Histoire, et s’appuyant sur leurs certitudes les valeurs françaises qui passent en priorité, s’élevent ainsi et cela, sans aucune ambiguïté au-dessus de toutes sortes d’extrémisme . Un discours qui insiste sur la participation des Arméniens à la reconstruction de la France avec courage et abnégation. Oui, la France terre d’accueil a permis à la communauté de rayonner à tous les niveaux culturels, économiques soient-ils ou politiques. Cet hommage rendu à la communauté, donne presque l’impression d’un « merci » à la communauté si chèrement éprouvée. Le discours d’Edouard Philippe, suivi par celui de la maire de Paris et des deux responsables de la CCAF, Mourad Papazian et Ara Toranian, devinrent les catalyseurs pour que la marée humaine, une foule dense et compacte, se  dirige vers l’Ambassade de Turquie. 

Jamais foule n’a été aussi bien organisée, ordonnée où ressortaient les émotions et la ferveur. Pour la première fois dans l’histoire des manifestations arméniennes du 24 avril auxquelles j’ai toujours assisté, celle-ci était bien différente. Différente par son nombre, sa qualité, tout son fond et sa forme. Non, il ne s’agissait plus d’un groupe de copains, d’amis, de cousins ou de voisins, qui se réunissait pour manifester, mais bien plus, il s’agissait de toute cette jeunesse franco-arménienne qui a perdu ses ancêtres et avec eux ses racines, qui continue contre et malgré à proclamer haut et fort son identité et à réclamer réparations à la Turquie, mère de tous leurs maux. Une jeunesse motivée, soudée, très en colère, qui souhaiterait que 104 ans plus tard, les négationnistes déclarent forfait et que la Turquie puisse enfin reconnaître les ignominies de la politique des « Jeunes Turcs » lors de la 1èreGuerre Mondiale. 

Contrairement à ce qu’on pourrait dire, la communauté arménienne de France, avec sa jeunesse tellement motivée, défie le temps et continue à lutter contre le négationnisme tant prôné par les Amis de la Turquie. Aujourd’hui, il ne reste plus que la mémoire à transmettre et à protéger pour qu’enfin du compte, cette jeunesse arrive à restituer sa mémoire tant spoliée. C’est cette jeunesse-là, solide, forte, soudée, loyale à la mémoire qui pourra certainement un jour réussir là où les parents et grands-parents ont échoué. Les slogans qui résonnaient dans la capitale scandaient « 24 avril, génocide arménien, justice, justice pour le peuple arménien », ou « la Turquie tue, elle continue », des lumières de la couleur du drapeau arménien s’illuminaient dans le ciel hystérisant cette dernière qui continuait sa marche vers l’ambassade. 

Oui, cette fois-ci la commémoration du 24 avril traduisait une forte volonté de défier le sort, la présence d’une jeunesse qui a le souhait d’avoir une revanche sur le passé et une victoire pour l’avenir. Certes, la victoire pour la reconnaissance du Génocide est encore lointaine, mais les Arméniens de la diaspora qui ont pour alliée leur mémoire, ne baisseront jamais les bras. Ne jamais oublier. 

Nadine Garabédian
Dr. en Sciences Politiques/Chercheur
Professeur de Français/Consultante Educative
Fondatrice de Nation Initiative/Machrou’Watan

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