Source: Maklay62, Pixabay
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Le ministre de l’Économie a rappelé cette semaine la loi cruelle de la situation économique libanaise dépendante de son environnement géopolitique et cela en l’absence d’une économie diversifiée. Nicolas Nahas a en effet déclaré lundi dernier à l’agence de presse Reuter que la croissance économique du Liban n’atteindra en effet que 2% en 2012 en raison de l’impact de la crise syrienne et de ses effets sur le secteur touristique libanais, soit un retrait par rapport aux évaluations faites par le gouverneur de la Banque Centrale Libanaise Riad Salamé qui estimait cette même croissance à 2,8% et aux analystes sur un plan international comme ceux du FMI ou de Citigroup qui pariaient eux sur 3% de croissance économique.

Cependant, le Ministre de l’économie ne souffrirait pas d’un rappel tout de même: En 2011, pour un PIB de 40 milliards de Dollars, les principaux pays importateurs au Liban sont les USA pour 10.2%, l’Italie pour 9.3%, la France pour 8.8%, la Chine pour 8.2% et enfin l’Égypte à hauteur de 5.3%, l’Allemagne pour 5.1%, et la Turquie à hauteur de 4%. Le montant total des importations atteint plus de 20,7 milliards de Dollars en 2012.Parmi les principaux produits importés, les produits pétroliers et alimentaires, les voitures, le matériel médical et les médicaments ainsi que divers machineries et équipements.

Par ailleurs, toujours en 2011, le Pays des Cèdres exporte principalement vers les Émirats Arabes Unis pour 13,1%, l’Irak pour 8,4%, la Turquie pour 7%, la Syrie pour 6,7%, pays vers lesquels les liaisons via la Syrie sont également critiques et sensibles à la situation locale et enfin la Suisse à hauteur de 5,7% en 2011 en retrait puisque 22% des importations libanaises se faisaient en direction de ce pays encore en 2009. Les importations elles n’atteignent aujourd’hui que 5,2 milliards de dollars en 2012 selon les douanes libanaises. En l’absence d’industrie réelle, le Liban exporte des produits qu’on peut qualifiés d’artisanaux comme les bijoux et des produits agricoles vers les pays arabes ainsi que du matériel textile et chimique faisant face à une rude compétition de la Chine notamment.

Outre donc le secteur touristique et le secteur du BTP sujet aujourd’hui à une contraction économique due au retrait des investisseurs arabes qui représentaient 20% de la demande, le Ministre de l’Économie semble oublier que le Liban est aussi touché par l’inadéquation de son économie dans un environnement géopolitique instable, sujet à toute dégradation de la situation régionale et chose pour laquelle il faut agir. La politique économique du Liban a été sacralisée dès le début des années 1990 sur le BTP, le tourisme avec comme marché les populations arabes à fort pouvoir d’achat et non occidentales, et a été oublié la diversification vers des secteurs à forte valeur rajoutée comme le développement des nouvelles technologies depuis les années 2000 avec un retard de mis en place des infrastructures nécessaires, la mise en place de nouvelles industries et cela en l’absence notamment d’énergie avec les pénuries courantes en électricité et l’exil du know-how formé au Liban, on peut notamment estimer aujourd’hui que les banques libanaises, autrefois connues pour leur savoir-faire financier, ne savent aujourd’hui investir que dans les bons du trésors et l’immobilier, les marchés financiers au Liban étant inexistants.

Quel avenir pour le Liban alors? Touché par la crise syrienne, nos exportations ne passent plus facilement en l’absence d’un marché primordial pour l’économie libanaise et d’un accès aux marchés. Outre ce blocus économique de facto par la guerre syrienne, le Liban est aussi touché par la dégradation et les risques de déstabilisation qui prévalent actuellement en Syrie. Le Ministre de l’Économie et ses prédécesseurs ainsi que les différents responsables politiques impliqués dans la formulation du mixe économique libanais sont tous responsables aujourd’hui de la situation actuelle en raison du manque de prévision. Non pas qu’on aurait pu prévoir une guerre civile en Syrie, mais on ne parie pas sur une économique non diversifiée. Il s’agit d’un risque inacceptable à l’échelle de la gestion d’un pays entier.

Cependant, même si la situation n’est pas rose actuellement, l’arrêt du conflit fratricide en Syrie pourrait permettre aux Syriens de profiter de l’expérience libanaise en terme de reconstruction. Espérons alors qu’ils aient appris de nos erreurs et qu’ils ne les répéteront pas pour leur bien. Pour le notre, il est déjà trop tard.

La fortune du Liban s’est faite via le hinterland arabe, et bien avant l’Arabie Saoudite, ce hinterland arabe était constitué par la Syrie, la Jordanie, l’Irak, l’Iran et même au-delà et des échanges avec l’Europe et le Monde.
Je me souviens d’une rencontre, il y a 30 ans avec un Monsieur d’un certain âge, iranien d’origine arménienne et de confession juive à Paris. Il avait parcouru le Monde, de cet Orient compliqué à la Chine pré-communiste à celle de Mao et de la révolution culturelle. Une de ses principales pertes qu’il a du subir dans sa vie a été causée par le pillage du Port de Beyrouth en 1975. Il y a perdu entre autre 3000 tapis persans et des figurines de jade chinoises hors-prix qu’il destinait à la vente en Europe et à Paris plus particulièrement.
A ceux qui prétendent que l’Arabie Saoudite joue un rôle primordial dans notre économie aujourd’hui. Oui, certes, cela est vrai, 130 000 libanais y travaillent.
Mais cela ne veut pas dire que l’Arabie Saoudite et que les échanges avec le Liban permettent aux Libanais de travailler au Liban et d’apporter une valeur rajoutée locale et cela est pour notre perte.
Ce coût est aussi celui de la perte d’une matière grise qui nous est nécessaire dans notre pays même. Ils nous prennent les meilleurs et nous laissent les plus incompétents. Il s’agit d’une perte intangible pour notre économie.
Qui plus est, l’Arabie Saoudite n’est pas notre marché et notre accès économique naturel.
En allant plus loin dans notre réflexion, aujourd’hui, il existe un certain d’opportunité avec la reconstruction en Syrie, notamment parce que le port de Lattakieh est militarisé et que celui de Tartous est assez excentré. Les ports de Tripoli et de Beyrouth ont un rôle à jouer et cela l’Arabie Saoudite ne l’accepte pas. Cette opportunité pourrait nous réconcilier avec nos couloirs économiques qu’on a perdu avec la guerre civile et les différents évènements qui ont par la suite suivis, comme la guerre du Golfe ou encore les sanctions contre l’Iran. Ces pays ont un énorme potentiel économique puisqu’il s’agit aujourd’hui de pays vierges mais avec une économie diversifiée non seulement basée sur le pétrole et une population beaucoup plus importantes, des opportunités dans beaucoup de secteurs dans lesquels le Liban excelle et notamment dans le secteur financier, de la gestion de la reconstruction ou tout simplement technologique. Il y a là un bassin d’emploi dans ses pays mais également au Liban même, beaucoup plus important que ce que représente aujourd’hui la péninsule arabique dans son ensemble.
Certains font de la politique, jurent par grand dieu, qu’il ne faut pas parler à la Syrie de Bachar el Assad, à l’Irak ou à l’Iran aujourd’hui chiites. Cela ne les empêche pas officieusement de commercer avec ces pays pourtant et je pense en particulier à ces Emirats Arabes Unis, plaque tournante du commerce avec l’Iran, ce qui a l’origine de la fortune de Dubai. L’argent n’a pas d’odeur. Ils veulent simplement empêcher les autres de profiter de cette manne, en les s’insèrant dans un conflit politique alors qu’on parle économie, emploi, substance, maintien d’une population et non exil d’une population, qu’on évoque un Liban connecté à son environnement immédiat et non déconnecté de sa région et connecté sans lien physique avec d’autres comme l’Arabie Saoudite. Ajoutons en passant à ce pays, qu’il se situe après le peak pétrolier, que ses réserves monétaires se sont effondrées passant de 750 milliards de dollars en 2014 à 450 milliards de dollars aujourd’hui et que cette tendance ne s’arrête pas. Ce pays, économiquement passant, fait parti du passé et il convient de préparer l’avenir et de voir les pays potentiellement capables de remplacer “ce partenaire” devenu fort encombrant par ailleurs.
Pourtant il ne s’agit que de nos débouchés économiques naturels qui permettront à ce que notre jeunesse, notre savoir-faire, notre énergie n’aillent pas faire profiter d’autres économique que la notre. Ce ne semble pourtant pas trop demander que de préparer l’avenir.

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