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La Menace Ontologique des Réfugiés Syriens au Liban : Un équilibre confessionnel en péril

Le concept du “Grand Remplacement” est devenu un sujet de débat intense dans différents contextes, notamment en France et au Liban. En France, cette théorie est popularisée par des figures comme Eric Zemmour, qui avertit d’un remplacement démographique par les populations musulmanes et africaines. Au Liban, un phénomène similaire est observé avec l’arrivée massive de réfugiés syriens, majoritairement sunnites, menaçant, selon certains, l’équilibre démographique et culturel du pays. Bien que les deux scénarios partagent des similitudes, il existe des différences notables dans leur nature, leurs causes et leurs implications. Il est crucial de comprendre que, bien que cela pourrait éventuellement être pertinent pour la France dans l’unique cadre de ceux qui refusent les lois de la république française et le principe de de séparation des religions et de l’Etat, la situation au Liban est fondamentalement différente.

Le “Grand Remplacement” en France selon Eric Zemmour

  1. Origines et Théories La théorie du “Grand Remplacement”, telle que présentée par Eric Zemmour et d’autres, repose sur l’idée que la population française d’origine serait progressivement remplacée par des populations venues d’Afrique et du Moyen-Orient, principalement musulmanes. Zemmour avance que cette transformation démographique est le résultat de politiques migratoires laxistes, d’un taux de natalité plus élevé parmi les populations immigrées et d’une assimilation culturelle insuffisante.
  2. Implications Sociales et Politiques Zemmour et ses partisans soutiennent que ce changement démographique menace l’identité nationale française, ses valeurs et sa culture. Ils affirment que l’intégration des nouveaux arrivants est un échec, menant à des tensions sociales, une montée de la criminalité et une fragmentation de la société.
  3. Critiques et Contestations Les critiques de cette théorie soulignent qu’elle repose sur des exagérations et des généralisations. Ils dénoncent également son potentiel à inciter à la haine et à la division, argumentant que la diversité culturelle a historiquement enrichi la société française, l’État laïc acceptant toutes les croyances et religions en son sein tant que celles-ci n’altèrent pas les lois de la république et les principes de séparation entre la religion et l’État.

Le “Grand Remplacement” des Libanais par les Réfugiés Syriens

  1. Contexte Historique et Actuel Au Liban, le terme “Grand Remplacement” est utilisé pour décrire l’impact de l’arrivée massive de réfugiés syriens depuis le début de la guerre civile syrienne en 2011. En 2024, la population syrienne au Liban a atteint environ 2 millions, soit la moitié de la population libanaise, qui compte environ 4 millions d’habitants. Cette situation fait du Liban le pays accueillant le plus grand nombre de réfugiés par habitant au monde.

Menace sur l’équilibre confessionnel et le partage du pouvoir

Le Liban fut créé dans la vision d’un “Pays Message”, comme disait le pape Jean Paul II, pouvant montrer au monde que le Liban est une possibilité ontologique pour le monde où le christianisme et l’islam sunnite ou chiite peuvent vivre ensemble dans un même Etat avec des droits égaux pour ses citoyens et un partage du pouvoir quasi égal. L’afflux massif des réfugiés syriens en majorité de confession sunnite menace cet équilibre fragile et crée une menace ontologique sur le message que le Liban porte au monde.

Ce qui n’est pas le cas de la France tant que les lois de la république sont respectées et les principes de séparation de la religion et de l’Etat admis et respectés. Or le Liban n’est pas encore au stade de la France, ni dans le respect des lois de la république ni dans un Etat laïc où la séparation entre la religion et l’Etat est de mise. Le modèle libanais est un modèle inverse aux modèles d’Etat religieux comme le modèle iranien chiite ou le modèle saoudien sunnite ou le modèle israélien où l’Etat juif a par essence un rapport de domination et de contrôle sur les populations non-juives musulmane ou chrétienne, ce qui n’est pas le cas du Liban qui accepte le partage du pouvoir et refuse le principe de domination et de contrôle sur autrui d’identité religieuse différente.

Le “Grand Remplacement” des Libanais par les Réfugiés Syriens

  1. Contexte Historique et Actuel

Au Liban, le terme “Grand Remplacement” est utilisé pour décrire l’impact de l’arrivée massive de réfugiés syriens depuis le début de la guerre civile syrienne en 2011. En 2024, la population syrienne au Liban a atteint environ 2 millions, soit la moitié de la population libanaise, qui compte environ 4 millions d’habitants. Cette situation fait du Liban le pays accueillant le plus grand nombre de réfugiés par habitant au monde.

  1. Conséquences Économiques et Sociales

L’afflux de réfugiés syriens exerce une pression énorme sur les infrastructures et les ressources limitées du Liban. Le marché du travail est saturé, les services publics sont débordés et les tensions sociales augmentent. De nombreux jeunes Libanais cherchent des opportunités à l’étranger, laissant derrière eux une population vieillissante et de jeunes enfants.

  1. Perspectives Politiques et Culturelles

Certains Libanais craignent que cette dynamique démographique puisse altérer l’identité culturelle du pays, notamment celle de la population chrétienne fondatrice du Liban. Les craintes incluent la perte de diversité religieuse et culturelle, ainsi qu’un changement dans les paradigmes politiques et sociaux traditionnels du pays.

Différences Fondamentales

  1. Nature de la Migration

France : Le “Grand Remplacement” en France, selon Zemmour, est principalement dû à une immigration volontaire, souvent économique, où des individus choisissent de s’installer en France pour de meilleures opportunités de vie.

Liban : Au Liban, la migration syrienne est majoritairement forcée, résultant d’une guerre civile brutale et d’un conflit prolongé en Syrie. Les réfugiés n’ont pas choisi de migrer pour des raisons économiques, mais pour échapper à la violence et à la destruction de leurs foyers.

  1. Cadre Juridique et Politique

France : La France a un cadre juridique structuré pour gérer l’immigration, avec des lois et des politiques d’intégration en place, bien que controversées et débattues. Les immigrés peuvent, à terme, obtenir la nationalité française et bénéficier des droits et devoirs des citoyens français.

Liban : Le Liban n’a pas les mêmes structures ou capacités pour gérer l’afflux massif de réfugiés. Les Syriens au Liban sont souvent dans une situation précaire sans statut juridique clair, vivant dans des conditions difficiles sans accès aux mêmes droits que les citoyens libanais.

  1. Capacité d’Absorption

France : En tant que pays développé avec une économie diversifiée, la France a une capacité d’absorption plus élevée, même si elle est limitée. Le pays peut théoriquement intégrer les nouveaux arrivants à travers des mécanismes économiques, sociaux et politiques, bien que ce processus soit imparfait.

Liban : Le Liban, avec une population de seulement 4 millions de citoyens, a vu sa population augmenter de 50% en raison de l’arrivée des réfugiés syriens. Cette pression démographique sur un petit pays aux ressources limitées est beaucoup plus intense et difficile à gérer.

  1. Impact sur l’Identité Nationale

France : Le débat sur l’identité nationale en France est largement idéologique et centré sur la préservation de la culture française face à la diversité croissante. Il s’agit d’une crainte de perte culturelle et de changement des valeurs sociétales.

Liban : Au Liban, la question est existentielle. Le pays est déjà divisé en plusieurs communautés religieuses et ethniques. L’afflux massif de réfugiés syriens menace de déséquilibrer cet équilibre précaire, impactant directement la structure sociopolitique et religieuse du pays.

  1. Perspectives Historiques et Culturelles

France : La France a une longue histoire de migration et de colonisation, ce qui ajoute une complexité supplémentaire aux débats contemporains sur l’immigration. L’idée du “Grand Remplacement” y est souvent utilisée comme un instrument politique pour mobiliser des électeurs autour de la question de l’identité nationale.

Liban : Le Liban, en revanche, est marqué par des guerres civiles et des conflits régionaux récents. L’arrivée massive de réfugiés syriens est perçue comme une continuation des tensions régionales qui affectent directement la stabilité interne du pays. La diversité culturelle et religieuse du Liban, bien qu’historique, est extrêmement sensible aux changements démographiques brusques.

Conclusion

Il est vrai que le terme de “Grand Remplacement” prête à équivoque en ce qui concerne la France, mais dans le cas du Liban, la situation est franchement différente. Il n’y a aucune comparaison de proportion, de vitesse de croissance démographique, ni de pressions sur les ressources en France comme au Liban. Le coût pour le Liban est immensément plus grand car le Liban est un petit pays qui ne peut supporter tous ces coûts. Le phénomène au Liban est une crise humanitaire et démographique aux conséquences bien plus graves et immédiates, nécessitant une attention et des solutions adaptées à cette réalité unique.

Bernard Raymond Jabre

Bernard Raymond Jabre
Bernard Raymond Jabre, Etudes scolaires à Jamhour puis à l’Ecole Gerson à Paris, continua ses études d’économie et de gestion licence et maitrise à Paris -Dauphine où il se spécialise dans le Master « Marchés Financiers Internationaux et Gestion des Risques » de l’Université de Paris - Dauphine 1989. Par la suite , Il se spécialise dans la gestion des risques des dérivés des marchés actions notamment dans les obligations convertibles en actions et le marché des options chez Morgan Stanley Londres 1988 , et à la société de Bourse Fauchier- Magnan - Paris 1989 à 1991, puis il revint au Liban en 1992 pour aider à reconstruire l’affaire familiale la Brasserie Almaza qu’il dirigea 11 ans , puis il fonda en 2003 une société de gestion Aleph Asset Management dont il est actionnaire à 100% analyste et gérant de portefeuille , de trésorerie et de risques financiers internationaux jusqu’à nos jours.

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