La journée d’hier a été marquée, non pas par l’approbation du projet de loi visant à lever le secret au Liban, qui est un autre sujet majeur dans le système financier local, mais par la décision du procureur financier Ali Ibrahim de geler les avoir de 20 banques libanaises, de ceux de leurs dirigeants et même de leurs propriétaires ou des membres de leurs conseils d’administration, en raison du caractère illégal du contrôle des capitaux, imposé par l’Association des Banques du Liban et non par les autorités de tutelles.

Le magistrat n’était sans doute pas sans savoir que cette décision, cataclysmique en raison des conséquences qu’elle pourrait avoir sur un système bancaire déjà très affaibli serait rapidement remise en cause. D’ailleurs, dès le soir même, le Procureur Général de la République, le juge Ghassan Oweidat, a suspendu cette décision. On ne peut tout de même pas suspendre 80% des activités d’un système financier d’un pays en crise.

Pour la faire courte, cette décision gênait tout le Monde. Parmi les propriétaires ou encore des membres des conseils d’administration des banques visées, il y a des proches de très hautes autorités politiques, anciennes et actuelles, des ministres et des anciens ministres, parmi les actionnaires, il y a des anciens premiers ministres, des députés, des anciens députés, des hommes politiques présents dans le monde des affaires, tous ceux qui sont dénoncés publiquement depuis le 17 octobre comme ayant profité d’un système aux dépens de la population.

Le spectre politique libanais, qu’il soit de la majorité parlementaire actuelle ou de l’opposition, était totalement impliqué à l’exception du Hezbollah, rendu immun paradoxalement parlant par les sanctions américaines qui l’ont poussé à établir un système financier parallèle.

Cette décision ne pourrait évidemment que réjouir les personnes qui estiment que la classe politique dans son ensemble est corrompue et en exigent le départ. Mais cela, le système politique ou encore le système bancaire et des affaires ne pouvait l’accepter et les juges ne pouvaient l’ignorer. Il s’agissait pour la justice de mettre en échec mais non encore de gagner la partie et ainsi de faire paniquer ceux qu’elle a dans sa ligne de mire.

C’est ainsi qu’il convient d’analyser la chorale des hommes politiques, qui ont fait abstraction de tout clivage politique pour dénoncer cette décision qui en fin de compte, les concernait toutes et tous. Cette décision du procureur de la république aurait été même prise suite à un entretien entre le Président de la République, le général Michel Aoun et le président de l’association des banques du Liban, Salim Sfeir, lui-même d’ailleurs concerné par cette décision judiciaire, puisque dirigeant de la Bank of Beirut, avaient indiqué dès hier soir certaines chaines de télévision. Dans un autre pays, on aurait évoqué une ingérence de personnalités politiques dans le système judiciaire.

Les banques effectivement coupables sur de nombreux points

Il est cependant vrai que les banques libanaises sont coupables sur de nombreux points et le premier étant d’avoir mal géré l’argent de leurs déposants. Que voulez-vous, il s’agit en fin de compte, d’affaires de familles où les relations familiales passent avant la compétence même dans les plus grands établissements. Ils ne pouvaient pas être sans savoir que les obligations libanaises internationales ou locales ne constituaient pas des produits défectueux, il suffisait pour eux, de lire les rapports économiques internes ou encore même ceux des agences de notation. Ils étaient soit coupables parce qu’en fin de compte, la carotte des taux d’intérêts était plus importante que le bâton qui ne que venir au final ou incompétents.

Alors que la crise a débuté, un contrôle des capitaux a été instauré après la réouverture des établissements bancaires en novembre. Il s’agissait aussi de faire face à de possibles paniques bancaires et donc à ses conséquences, faillites etc… Peut-être que cela aurait été préférable. Tout le jeu actuel des autorités monétaires semble être celui de sauvegarder un système bancaire qui est en crise mais qui aurait dû se restructurer avec des fusions, des acquisitions, des liquidations également ou même des faillites le cas échéant et ainsi mettre fin à l’amateurisme qui nous coûte fort cher aujourd’hui. Mais depuis le début de l’été, rien ne s’est passé, parce que la Banque du Liban, l’Association des Banques du Liban et tout un establishment semble protéger une sorte de surplace. Cependant, s’il y a la crise, c’est qu’il y a des problèmes ici structuraux qu’il s’agit de réparer.

La décision du juge Ali Ibrahim a provoqué un choc parmi les banquiers, certains menaçant même d’une grève générale paralysant l’ensemble de l’économie libanaise, comme si cela n’était pas déjà le cas d’une certaine manière avec le contrôle des capitaux.

Le chantage des banques aux eurobonds à l’origine de ce coup d’éclat?

Les derniers jours ont été marqués par de nombreux bras-de-fer entre banques et état, notamment suite à la vente par les banques d’importants volumes d’Eurobonds arrivant à échéance le 9 mars prochain à des fonds vautours. Cette décision de gel des avoirs pourrait être également logique pour interdire une telle stratégie de vente des prochaines obligations arrivant à échéance en avril et en juin prochain. Pour rappel, la somme due par l’état en 2020 dépasse les 4 milliards de dollars. Les banques pourraient être tentées d’en vendre une partie à ces mêmes fonds vautours. Le gel de leurs actifs pourrait ainsi les empêcher. Mais ce scénario a été écarté par le procureur financier lui-même.

Et si la cible était en réalité, les autorités de tutelle des banques?

Cependant, à travers cette décision, ce ne sont pas les banques elles-même qui pourraient être visées mais leurs autorités de tutelle qui, même si la décision de l’Association des Banques du Liban d’instaurer un contrôle des capitaux est illégale, n’ont rien fait pour mettre un terme à ces pratiques alors qu’elles disposaient des prérogatives suffisantes et des régulations en vigueur et notamment de celui du code de l’Argent.

Il n’est pas trop loin d’imaginer qu’elles seraient même à l’origine d’une demande d’une procédure de contrôle des capitaux – illégal – ne permettant pas aux quidams que nous sommes de transférer des sommes à l’étranger mais à certaines personnalités de haut rang. C’est cela qui est d’ailleurs, le motif de l’ouverture des enquêtes visant ces 20 établissements bancaires qui a amené à cette décision, le transfert à l’étranger d’importantes sommes pour un montant de 2.3 milliards de dollars alors que les banques libanaises étaient fermées puis que ce contrôle des capitaux a été instauré.

Et cette décision ne visait peut-être qu’à faire pression pour que les dirigeants de ces banques finissent par avouer quels sont les véritables commanditaires du contrôle des capitaux de l’ABL et non de la BDL ou encore du Ministère des Finances d’alors et quel était la finalité réelle de cette procédure.

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