Si une leçon ne semble pas avoir été digérée par la Banque du Liban, c’est bien celle d’une augmentation sans contrôle de la masse monétaire, tentative bien vaine de la part du gouverneur de la Banque du Liban à masquer les pertes de son établissement.

Ce lundi, la BdL a, en effet, publié son bulletin bi-mensuel montrant une augmentation importante de la masse monétaire, une hausse qui atteint 4.5% soit plus de 2 000 milliards de livres libanaises. Actuellement plus de 43 600 milliards de livres libanaises seraient ainsi en circulation.

Parallèlement, le bilan de la Banque du Liban montre une augmentation de 1 570 milliards de livres libanaises pour ses autres actifs. Chose troublante, c’est dans cette catégorie comptable que la Banque du Liban place généralement ses profits fiduciaires.

Par le passé déjà, le gouverneur de la Banque du Liban avait utilisé cet artifice pour couvrir le coût des opérations d’ingénierie financière qu’il avait mené. Ainsi, plus de 6 milliards de dollars de profits fiduciaires avaient été unilatéralement déclarés par lui pour l’année 2018, selon un rapport d’audit confidentiel mais pourtant rendu public par un lanceur d’alerte.

D’autre part, cet artifice comptable que seules les banques centrales ont la possibilité de faire est responsable de la détérioration de la parité de la livre libanaise face au dollar. Nul n’est besoin de rappeler les différents taux qui ont actuellement cours au Liban, entre taux de change officiel toujours à 1507 LL/USD désormais seulement valide pour quelques administrations publiques, taux de 8000 LL/USD pour retirer les lollars des banques, taux Sayrafa de la plateforme électronique de la BdL et évidemment aux au marché noir, variable, selon l’offre et la demande mais qui est généralisé et qui représente une détérioration de plus de 95% de la monnaie locale par rapport au dollar. Ainsi, ce taux a amené à une forte détérioration du pouvoir d’achat de la livre libanaise face au dollar.

Ce même artifice a aussi permis de camoufler les pertes de la Banque du Liban, elle-même, aujourd’hui estimées à plus de 70 milliards de dollars. Fait aggravant, l’essentiel de cette somme provient des fonds placés par les banques privées sous forme de certificat de dépôt, c’est-à-dire l’argent des déposants et cela est justement l’une des problématiques majeures en ce qui concerne le recouvrement des dépôts des gens.

Si la Banque du Liban en partage la responsabilité, celle des banques privées, gérantes de ces fonds, est également à mettre en cause. Elles étaient libres ou non d’investir ces fonds auprès de la Banque du Liban. Elles n’étaient pas sans savoir être exposé aux artifices comptables de la Banque du Liban. Elles n’étaient pas dans l’ignorance des pratiques comptables de la BdL. Elles ont ainsi alimenté des pertes jusqu’à la crise actuelle, ce qui amène de nombreuses interrogations concernant leurs solvabilités aujourd’hui.

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