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Le 8 avril, Israël n’a pas déjoué un coup d’État au Liban : il a écrasé une séquence diplomatique sous les bombes

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Le 8 avril, le Liban a subi une vague de bombardements israéliens d’une violence exceptionnelle. Plus de 100 frappes en dix minutes, plus de 250 sur l’ensemble de la journée, plus de 300 morts, plus d’un millier de blessés, parmi lesquels de très nombreux civils et de nombreux enfants. Des quartiers résidentiels ont été touchés alors même qu’un cessez-le-feu était annoncé. Ce qui s’est produit ce jour-là n’a rien d’un simple épisode militaire de plus. C’est un massacre. Et c’est d’autant plus grave qu’une large part de la communauté internationale y a vu, ou y a dénoncé, un crime de guerre.

Il faut dire les choses clairement. Quand des zones civiles sont frappées à cette échelle, quand des familles entières sont prises sous les bombes, quand les morts et les blessés se comptent par centaines en quelques heures, on ne parle pas d’une opération défensive ordinaire. On parle d’une attaque massive dont le coût humain a été payé en premier lieu par la population libanaise. Le 8 avril, ce sont des civils qui ont encaissé l’essentiel du choc. Ce sont des enfants qui ont payé le prix de choix militaires et politiques qui les dépassent.

Face à l’ampleur du scandale, Israël a avancé un mobile : le Hezbollah aurait préparé un coup d’État. Cette thèse ne tient pas. D’abord pour une raison simple : il n’y a jamais eu de coup d’État. Ensuite parce qu’aucun élément matériel crédible n’a été présenté pour étayer une accusation aussi grave. Enfin parce que, s’il y avait réellement eu une tentative de prise de pouvoir par le Hezbollah, un tel scénario aurait objectivement servi les intérêts israéliens. Il aurait fourni à Tel-Aviv le meilleur argument possible pour prolonger, intensifier et légitimer ses opérations au Liban au nom de l’effondrement de l’ordre interne. Or rien de tel ne s’est produit. Le récit du coup d’État ressemble donc moins à une explication qu’à un prétexte.

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C’est là que se situe, au fond, le véritable enjeu du 8 avril. Ce qui gênait Israël, ce n’était pas un putsch imaginaire. Ce qui gênait Israël, c’était la dynamique de négociation entre l’Iran et les États-Unis. Car cette séquence diplomatique ouvrait la possibilité d’un cessez-le-feu ou, à tout le moins, d’une désescalade régionale qui aurait réduit la marge de manœuvre israélienne. Elle menaçait aussi de redessiner le rapport de force politique au Liban sans que Tel-Aviv en contrôle le rythme ni les termes.

Pour le gouvernement libanais, cette séquence créait d’ailleurs une impasse. D’un côté, soutenir ou accompagner un cessez-le-feu adossé à une dynamique irano-américaine risquait de renforcer le Hezbollah sur le terrain politique intérieur et d’affaiblir ses adversaires. De l’autre, continuer à miser sur des négociations avec Israël revenait à s’en remettre à un acteur qui, à ce moment précis, ne montrait aucune volonté sérieuse d’avancer autrement que par la force. Autrement dit, Beyrouth était placé devant un faux choix : accepter une issue diplomatique dont le bénéfice politique interne pouvait profiter au Hezbollah, ou continuer à attendre une négociation avec Israël alors même que Tel-Aviv refusait d’en respecter les conditions minimales.

Dans cette lecture, le 8 avril n’est donc pas seulement une journée de bombardements. C’est une opération politique. Israël n’a pas seulement frappé le Liban ; il a frappé un moment diplomatique. Il a cherché à torpiller une séquence qui le dérangeait, à reprendre l’initiative régionale et à rappeler qu’aucune désescalade ne pouvait se faire sans lui, ni contre ses intérêts. La brutalité de l’attaque a eu une fonction précise : casser un cadre naissant, réimposer le rapport de force et replacer le Liban sous la pression directe de la guerre.

Les condamnations internationales ont été rapides, publiques et documentées. À l’ONU, le Haut-Commissaire aux droits de l’homme Volker Türk a décrit l’ampleur des morts et des destructions au Liban comme horrifique et a demandé des enquêtes rapides et indépendantes sur d’éventuelles violations du droit international humanitaire. Antonio Guterres a également condamné les frappes massives. Le 9 avril, 63 États et l’Union européenne ont en outre dénoncé à New York les lourdes pertes civiles, la destruction d’infrastructures et la nécessité de protéger la FINUL, en rappelant que des attaques contre des Casques bleus peuvent relever de crimes de guerre.  

La réaction française a été nette. Le Quai d’Orsay a condamné avec la plus grande fermeté les frappes massives du 8 avril, en soulignant qu’elles étaient d’autant plus inacceptables qu’elles compromettaient la trêve conclue la veille entre Washington et Téhéran. Jean-Noël Barrot a ensuite exigé que le Liban soit inclus dans le cessez-le-feu, et Emmanuel Macron a dit que le Liban devait être pleinement couvert par l’accord, tout en dénonçant des attaques israéliennes indiscriminées.  

L’Espagne a été encore plus frontale. José Manuel Albares a accusé Israël de violer le droit international et le cessez-le-feu ; il a jugé inacceptable l’invasion d’un pays souverain comme le Liban et a rappelé que Madrid proposait des sanctions contre Israël pour violations du droit international. Pedro Sánchez a dénoncé le mépris de Benyamin Netanyahou pour la vie et le droit international, demandé la suspension de l’accord d’association UE-Israël, appelé à la fin de l’impunité pour les actions criminelles d’Israël et fermé l’espace aérien espagnol aux appareils impliqués dans le conflit.  

Le durcissement ne s’est pas limité à Paris et Madrid. Kaja Kallas a estimé que les frappes israéliennes, qui avaient fait des centaines de morts, mettaient la trêve irano-américaine sous forte pression et rendaient difficile de présenter une telle intensité comme de la légitime défense. Londres a parlé d’une escalade profondément dommageable. Rome, après des tirs israéliens contre un convoi italien de la FINUL, a convoqué l’ambassadeur israélien ; Giorgia Meloni a dit que les attaques israéliennes au Liban devaient cesser immédiatement.  

Les menaces de représailles ont été explicites. Le Hezbollah, qui avait suspendu ses attaques après l’annonce de la trêve, a repris des tirs de roquettes vers le nord d’Israël en affirmant répondre à des violations du cessez-le-feu. Hassan Fadlallah a prévenu que la poursuite des frappes aurait des répercussions sur l’ensemble de l’accord. Les Gardiens de la Révolution iraniens ont averti Washington et Tel-Aviv qu’ils répondraient si les attaques sur le Liban ne cessaient pas, tandis que le président du Parlement iranien jugeait déjà déraisonnable de poursuivre des négociations bilatérales dans ces conditions.  

C’est aussi pour cela que la thèse du coup d’État doit être regardée pour ce qu’elle est : un récit utile, construit pour détourner l’attention. Au lieu de parler des centaines de frappes, des centaines de morts, des milliers de blessés, des quartiers civils ravagés et du cessez-le-feu vidé de son sens, on déplace le débat vers une menace intérieure supposée, impossible à vérifier et politiquement commode. C’est un mécanisme classique : fabriquer un danger absolu pour justifier l’injustifiable.

Le 8 avril, la réalité est plus simple et plus brutale. Le Liban a été bombardé à une échelle extrême. Des civils ont été tués en masse. Des enfants ont été arrachés à la vie. Des quartiers civils ont été touchés. Et tout cela s’est produit au moment même où l’on prétendait ouvrir une perspective de cessez-le-feu. Le récit israélien du coup d’État n’éclaire pas cette journée : il sert à la couvrir. Il faut donc refuser l’inversion du réel. Ce jour-là, Israël n’a pas empêché un coup d’État qui n’a jamais eu lieu. Il a utilisé un prétexte politique pour justifier une offensive d’une violence écrasante, au moment où une dynamique diplomatique risquait de lui échapper. Et c’est le Liban, une fois encore, qui en a payé le prix humain le plus lourd.

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