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Le crime du sens

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Je suis allé marcher seul dans la nuit.

Pas pour réfléchir. Pas pour trouver une réponse. Pas même pour chercher un peu de paix.

Je suis allé marcher pour vérifier une chose beaucoup plus simple.

Je voulais voir si les étoiles existaient encore.

Je voulais voir si la lune était toujours là.

Cela peut paraître absurde. Pourtant, après certains événements, même les évidences ont besoin d’être vérifiées. On finit par douter de tout. Du ciel. De l’histoire. De la raison. De la parole donnée. De la logique elle-même.

Alors je suis sorti.

Le monde était silencieux.

Les étoiles étaient là.

La lune aussi.

Mais quelque chose avait disparu.

Le sens.

On parle beaucoup des crimes contre l’humanité. On les compte. On les mesure. On les juge parfois.

Mais il existe un crime plus rare.

Un crime dont aucun tribunal ne s’occupe.

Le crime contre le sens.

Car les civilisations ne meurent pas seulement sous les bombes. Elles meurent lorsqu’elles cessent de savoir pourquoi elles existent.

Rome n’est pas tombée le jour où les barbares sont entrés dans la ville.

Rome est tombée lorsqu’elle a cessé de croire en elle-même.

Les empires meurent toujours intérieurement avant de mourir extérieurement.

Et c’est là que réside le véritable scandale de notre époque.

Nous vivons dans un monde qui possède davantage de richesse que toutes les générations précédentes réunies.

Davantage de technologie.

Davantage de puissance militaire.

Davantage d’informations.

Et pourtant jamais autant de confusion.

Jamais autant d’incapacité à distinguer le vrai du faux, le bien du mal, la victoire de la défaite.

Les dirigeants parlent de paix en préparant la guerre.

Parlent de démocratie en soutenant des autocraties.

Parlent de liberté en organisant la surveillance.

Parlent de principes en négociant leur abandon.

Le langage lui-même est devenu un marché financier.

Chaque mot est coté.

Chaque conviction est négociable.

Chaque valeur possède désormais un prix.

Et lorsque tout possède un prix, plus rien n’a de valeur.

Voilà le véritable drame.

Ce n’est pas seulement l’échec d’une politique.

Ce n’est pas seulement l’échec d’une stratégie.

C’est l’effondrement du cadre intellectuel qui permettait encore de comprendre le monde.

Le sens n’est pas une décoration de la civilisation.

Le sens est son infrastructure invisible.

Les routes relient les villes.

Le sens relie les générations.

Les ponts relient les rives.

Le sens relie le passé à l’avenir.

Les armées protègent les frontières.

Le sens protège les peuples contre la folie.

Lorsqu’une société perd le sens, elle conserve encore ses bâtiments, ses banques, ses universités et ses gouvernements.

Mais elle devient une coquille vide.

Elle continue à fonctionner.

Elle ne sait plus pourquoi.

C’est peut-être cela qui est le plus inquiétant.

Non pas la puissance des nouveaux empires.

Non pas la montée des nouveaux blocs.

Mais l’épuisement spirituel de ceux qui prétendaient défendre la raison.

L’Occident n’est pas en train de perdre sa richesse.

Il est en train de perdre sa capacité à expliquer pourquoi cette richesse devrait servir quelque chose.

Il ne manque ni d’argent, ni de soldats, ni de technologies.

Il manque de finalité.

Et lorsqu’une civilisation perd sa finalité, elle finit toujours par confondre mouvement et direction.

Elle avance.

Mais elle ne sait plus où.

Alors oui.

Je suis allé marcher seul dans la nuit.

Les étoiles étaient toujours là.

La lune aussi.

L’univers poursuivait tranquillement sa route.

Comme il le faisait avant nous.

Comme il le fera après nous.

Et j’ai compris une chose.

Le plus grand crime n’est pas de détruire des villes.

Le plus grand crime n’est pas de ruiner des économies.

Le plus grand crime n’est même pas de prendre des vies.

Le plus grand crime est de rendre les hommes incapables de répondre à la question la plus simple de toutes :

« Pourquoi ? »

Car lorsqu’une civilisation ne sait plus répondre à cette question, elle possède encore la puissance.

Mais elle a déjà perdu son âme.

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Bernard Raymond Jabre
Bernard Raymond Jabre
Bernard Raymond Jabre, Etudes scolaires à Jamhour puis à l’Ecole Gerson à Paris, continua ses études d’économie et de gestion licence et maitrise à Paris -Dauphine où il se spécialise dans le Master « Marchés Financiers Internationaux et Gestion des Risques » de l’Université de Paris - Dauphine 1989. Par la suite , Il se spécialise dans la gestion des risques des dérivés des marchés actions notamment dans les obligations convertibles en actions et le marché des options chez Morgan Stanley Londres 1988 , et à la société de Bourse Fauchier- Magnan - Paris 1989 à 1991, puis il revint au Liban en 1992 pour aider à reconstruire l’affaire familiale la Brasserie Almaza qu’il dirigea 11 ans , puis il fonda en 2003 une société de gestion Aleph Asset Management dont il est actionnaire à 100% analyste et gérant de portefeuille , de trésorerie et de risques financiers internationaux jusqu’à nos jours.

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