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Le Syndrome du Sultan libanais

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Petite étude clinique d’une maladie nationale parfaitement imaginaire… ou presque

Le Liban est probablement le seul pays au monde où il existe davantage de chefs que de soldats, davantage de présidents que de citoyens satisfaits, davantage de fondateurs que d’institutions, et davantage d’ego au kilomètre carré que de cèdres.

Les médecins n’ont toujours pas identifié cette étrange pathologie.

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Les psychiatres hésitent.

Les historiens se regardent en silence.

Les constitutionnalistes prennent des anxiolytiques.

Quant aux Libanais, ils vivent avec depuis des générations sans même savoir qu’elle existe.

Son nom est pourtant simple.

Le Syndrome du Sultan.

Il ne figure dans aucun manuel de médecine.

En revanche, il semble avoir trouvé au Liban son laboratoire expérimental favori.

Une maladie vieille de quatre siècles

Pendant près de quatre cents ans, le Liban a vécu dans l’orbite de l’Empire ottoman.

Quatre siècles.

Quatre siècles, ce n’est pas une parenthèse.

C’est suffisamment long pour que des habitudes politiques deviennent des réflexes culturels.

Lorsqu’un peuple passe des siècles sous une organisation impériale fortement hiérarchisée, il finit parfois par intégrer, souvent inconsciemment, une certaine représentation du pouvoir : celui qui gouverne n’est pas simplement un administrateur temporaire. Il devient le centre autour duquel tout gravite.

La République dit :

« Les institutions sont plus importantes que les hommes. »

Le Syndrome du Sultan répond :

« Les institutions existent pour servir l’homme. »

Toute la différence est là.

Le fauteuil magique

Dans une véritable république, on occupe une fonction.

Au Liban, il arrive parfois qu’on épouse le fauteuil.

Le fauteuil n’est plus un siège.

Il devient une identité.

Il vous parle.

Il vous nourrit.

Il vous grandit.

Il vous persuade que vous êtes indispensable à l’univers.

Dès lors, quitter ses fonctions ressemble moins à une alternance démocratique qu’à une catastrophe cosmique.

On ne succède plus à quelqu’un.

On tente de détrôner Sa Majesté.

Le Bien commun ? Très sympathique. Qui est-ce ?

Dans la théorie républicaine, l’État poursuit le Bien commun.

Dans la pratique libanaise, le Bien commun est souvent convoqué uniquement dans les discours.

Le reste du temps, chacun défend son territoire, son influence, son réseau, son clan, sa clientèle ou son héritage politique.

Le citoyen devient figurant.

Le chef devient le scénario.

Le pays attend.

Toujours.

Une étrange compétition

Le plus fascinant est que le Syndrome du Sultan ne pousse pas seulement à vouloir régner.

Il pousse surtout à empêcher les autres de régner.

Un Sultan peut difficilement supporter l’existence d’un deuxième Sultan.

Résultat :

Personne ne gouverne.

Mais tout le monde bloque tout le monde.

Au Liban, le veto est parfois plus populaire que le vote.

La République oubliée

La République est pourtant une invention extraordinairement modeste.

Elle rappelle simplement que les fonctions sont temporaires.

Que l’État appartient aux citoyens.

Que les institutions survivent aux hommes.

Que personne n’est irremplaçable.

Cette idée paraît presque révolutionnaire.

Chez nous, certains responsables semblent considérer qu’un ministère est un patrimoine familial, qu’une administration est un domaine privé et qu’un parti politique relève davantage de la monarchie que de l’association.

L’architecture raconte parfois des histoires

Les bâtiments publics ne sont jamais totalement neutres.

Ils expriment aussi une vision du pouvoir.

Au fil des décennies, de nombreux responsables libanais ont voulu laisser une empreinte monumentale, convaincus qu’une pierre durerait plus longtemps qu’un discours.

La grande mosquée Mohammad Al Amine, voulue par Rafik Hariri, est souvent rapprochée, sur le plan architectural, des grandes mosquées impériales ottomanes, elles-mêmes héritières de la tradition inaugurée après la transformation de Sainte-Sophie en mosquée.

Faut-il y voir un symbole politique conscient ?

Personne ne peut l’affirmer sérieusement.

Mais la comparaison est suffisamment frappante pour nourrir les interprétations.

Car l’architecture révèle parfois moins les intentions d’un homme que l’imaginaire collectif d’une époque.

Le Sultan intérieur

La vérité est peut-être plus dérangeante.

Le Syndrome du Sultan ne touche pas seulement les dirigeants.

Il sommeille chez beaucoup d’entre nous.

Nous adorons critiquer les chefs.

Mais nous rêvons souvent de devenir le nôtre.

Dans une association, chacun veut présider.

Dans un immeuble, chacun veut décider.

Dans un parti, chacun veut être le chef historique.

Même les réunions de famille finissent parfois en Congrès de Vienne.

Le Sultan est un démocrate… tant qu’il est élu Sultan.

La thérapie

Existe-t-il un traitement ?

Probablement.

Il commence par une phrase extraordinairement simple :

« Je suis au service de la fonction ; la fonction n’est pas à mon service. »

Une République ne demande pas des héros.

Elle demande des serviteurs de l’État.

Des responsables capables de partir aussi élégamment qu’ils sont arrivés.

Des dirigeants qui construisent des institutions plutôt que leur propre légende.

Des femmes et des hommes suffisamment grands pour accepter que leur plus belle réussite soit de rendre leur présence presque inutile.

Le diagnostic final

Le Liban ne manque ni d’intelligence, ni d’énergie, ni de créativité.

Il souffre surtout d’une inflation chronique de majestés autoproclamées.

Lorsque chaque responsable se prend pour un Sultan, plus personne n’accepte d’être un simple serviteur de la République.

Et lorsque tout le monde veut porter la couronne, personne ne prend le temps de réparer le toit du palais.

Peut-être que la véritable révolution libanaise ne commencera pas avec un nouveau président, un nouveau gouvernement ou une nouvelle majorité.

Elle commencera le jour où nos dirigeants découvriront qu’en République, le plus grand honneur n’est pas d’être un Sultan.

C’est d’être un citoyen investi d’une responsabilité temporaire.

Une découverte qui, au Liban, pourrait bien être plus révolutionnaire que toutes les réformes constitutionnelles réunies.

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Bernard Raymond Jabre
Bernard Raymond Jabre
Bernard Raymond Jabre, Etudes scolaires à Jamhour puis à l’Ecole Gerson à Paris, continua ses études d’économie et de gestion licence et maitrise à Paris -Dauphine où il se spécialise dans le Master « Marchés Financiers Internationaux et Gestion des Risques » de l’Université de Paris - Dauphine 1989. Par la suite , Il se spécialise dans la gestion des risques des dérivés des marchés actions notamment dans les obligations convertibles en actions et le marché des options chez Morgan Stanley Londres 1988 , et à la société de Bourse Fauchier- Magnan - Paris 1989 à 1991, puis il revint au Liban en 1992 pour aider à reconstruire l’affaire familiale la Brasserie Almaza qu’il dirigea 11 ans , puis il fonda en 2003 une société de gestion Aleph Asset Management dont il est actionnaire à 100% analyste et gérant de portefeuille , de trésorerie et de risques financiers internationaux jusqu’à nos jours.

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