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Le ministre de l’industrie Imad Hoballah a indiqué que le Hezbollah ne s’oppose pas un audit juricomptable (« forensic auditing ») des comptes de la Banque du Liban mené par le cabinet controversé Kroll. Ce dernier avait été accusé par le Ministre des Finances et proche du Président de la Chambre Nabih Berri d’être en relation avec Israël.

Précédemment, le Hezbollah et Amal avaient indiqué avoir réfusé l’audit des comptes de la banque centrale par cette société. Le Ministre des Finances Ghazi Wazni avait donc refusé de signer le contrat provoquant une altercation avec le Président de République, le Général Michel Aoun, en conseil des ministres, il y a 2 semaines. Le chef de l’état était soutenu dans sa démarche par le Premier Ministre Hassan Diab et certains conseillers du ministère même des finances qui sont démissionnaires.

Cet audit est considéré comme une condition préalable à toute restructuration de la Banque du Liban, rendue nécessaire en raison des pertes du secteur financier.

En effet, cet audit devrait notamment déterminer avec plus de précision, les pertes financières de la Banque du Liban, autre sujet controversé, puisque tant la BDL que l’association des banques du Liban refusent d’admettre l’existence de pertes, chiffrées à 241 000 milliards de livres libanaises par le gouvernement au taux de parité de 3600 LL/USD. Quant au parlement, qui compte de nombreux actionnaires de banques privées, la commission parlementaire du budget et des finances a chiffré les pertes à 81 000 milliards de livres libanaises au taux de 1500 LL/USD.

Le Fonds Monétaire International (FMI) estime de son côté que les chiffres du cabinet Diab seraient à priori exactes.

Un audit qui pourrait révéler un scandale d’état

La question de la gouvernance même de la Banque du Liban et notamment les opérations d’ingénierie financières menées par son gouverneur Riad Salamé au cours de ces dernières années mais également des anomalies au niveau des comptes de la BdL et de certaines de ses filiales pourraient ainsi être mises à jour par cet audit juricomptable.

Riad Salamé est d’ailleurs accusé d’avoir pris le parti des propriétaires des banques et non des déposants dans le cadre de sa politique monétaire qui a visé à accroitre les profits des établissements financiers au lieu, par exemple, de mettre en place les circulaires nécessaires à la diversification des investissements des banques et non au recours quasi-systématique à l’investissement en dette publique. D’autres interrogations demeurent également concernant la taille exacte des réserves monétaires nettes de la BdL, alors que la livre libanaise s’est effondrée face au dollar au marché noir ces dernières semaines. Cependant, jouissant de la protection notamment des Etats-Unis qui menacent de sanctionner le système financier local s’il quitte ses fonctions, si Riad Salamé reste pour l’heure intouchable, l’audit de la Banque du Liban pourrait changer la donne.

Cependant, cet audit est d’autant plus nécessaire aujourd’hui qu’il s’agit désormais d’une demande indirecte du FMI dans une tentative d’unifier les positions de la partie libanaise face à l’institution internationale.

Certaines sources indiquent que le changement d’attitude du Hezbollah, qui lâche son partenaire Amal et qui s’aligne désormais sur le Président de la République dans sa démarche pourrait permettre l’élargissement de l’audit aux personnes qui ont bénéficié des opérations d’ingénierie financière (elles aussi dénoncées par le FMI) et notamment les actionnaires des banques locales.

69% des membres des conseils d’administration des banques libanaises sont liées à des personnalités politiques tout comme 43% des actionnaires sont également impliqués dans la chose politique, comme les anciens Premiers Ministres Saad Hariri avec la Bank Med, Nagib Mikati avec la Banque Audi, ou encore Walid Joumblatt. Des proches de personnalités politiques, y compris des figures proches du Président de la Chambre des députés, siègent aussi au conseil d’administration même de la Banque du Liban et de ses filiales comme la Bank Intra ou la Middle East Airlines. Cet audit pourrait donc poser la question de leurs responsabilités dans la gestion de ces institutions.

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