L’association des Banques du Liban (ABL) devrait se réunir ce vendredi pour donner suite à la décision hier de la procureur du Mont Liban, la juge Ghada Aoun, d’interdire 5 de leurs dirigeants dont le président de l’ABL lui-même Salim Sfeir, de sortir du territoire libanais après les avoir interrogé, fin février, dans le cadre d’un des volets du dossier Riad Salamé.

Parmi les autres dirigeants visés par cette mesure, ceux de la Banque Audi Samir Hanna, de la SGBL Antoun Sehnaoui propriétaire aussi d’un nouveau site d’information francophone entre autre, de Saad Azhari pour la Blom Bank et de l’ancienne ministre de l’intérieur Raya Hassan, dirigeante de la Bank Med dont la famille de l’ancien premier ministre Rafic Hariri est le principal actionnaire.

Une mesure similaire touche déjà le gouverneur de la Banque du Liban Riad Salamé qui ne s’est pas présenté à 4 reprises devant la juge dans le cadre des enquêtes encours au Liban pour détournements de fonds publics. Celui avait fait ensuite l’objet d’un mandat d’arrêt mais bénéficie de la protection du procureur de la république, le juge Ghassan Oweidat et du commandant des Forces de Sécurité Intérieure, le général Imad Othman, proches comme lui de l’ancien premier ministre Saad Hariri. Pour rappel, ces 5 dirigeants sont accusés de collusion avec le gouverneur de la Banque du Liban Riad Salamé dans une plainte déposée par le groupe “People want to reform the Regime”, fin du mois de février.

Les banques estiment que la juge Ghada Aoun n’est pas compétente pour prendre de telles décisions. Cependant, des sources judiciaires indiquent qu’il s’agit d’une mesure de précaution pour éviter que ces personnes ne puissent fuir la justice, dans l’attente de l’achèvement des enquêtes préliminaires sur les plaintes pour enrichissement illicite, blanchiment et contrebande d’argent, saisie de l’argent des déposants et remises à l’étranger, notamment dans le cadre d’une plainte déposée contre plusieurs banques libanaises en Grande Bretagne.

Déjà condamnée, la Banque Audi aurait clôturé les comptes de plusieurs de ses clients résidant en Grande Bretagne ou de nationalité britannique, une mesure considérée comme illégale après avoir été condamnés à payer 4 millions de dollars.

Cette plainte vise par ailleurs 14 banques libanaises, leurs dirigeants ainsi que le gouverneur de la Banque du Liban Riad Salamé, accusé de détournement de fonds après avoir permis le transfert de 8 milliards de dollars à l’étranger. Sur ces 14 banques, 7 établissements seraient mis en cause: sur ces 8 milliards de dollars qui appartiendraient en réalité à la banque centrale, 7 milliards de dollars étaient ainsi conservées par les établissements locaux sur des comptes basés à l’étranger, alors que le Liban traverse une grave crise économique caractérisée par – outre une dégradation de la parité de la livre libanaise face au dollar – une interdiction informelle pour les déposants d’accéder à leurs fonds.

Certains de ces établissements font effectivement l’objet d’une demande d’information de la part d’enquêteurs français, suisses, allemands et luxembourgeois suite à la découverte d’un important patrimoine appartenant au gouverneur de la BdL et à ses proches au-delà d’un enrichissement “naturel”.

Ainsi, Berlin évoque un patrimoine atteignant au moins 1 milliards de dollars, acquis via une société Forry Associates. Ce dossier qui repose sur la table du juge Jean Tannous et non la procureur du Mont Liban, la juge Ghada Aoun, implique également le frère du gouverneur de la BdL Raja Salamé et d’une de ses entreprises Forry Associates accusée d’avoir détourné 300 millions de dollars de commissions de la BdL. Côté libanais, le procureur de la république, le juge Ghassan Oweidat, un proche comme Riad Salamé de l’ancien premier ministre Saad Hariri, aurait empêché le magistrat en charge de l’enquête de communiquer avec ses homologues étrangers.

Une menace qui n’est pas nouvelle

Il ne s’agit pas de la première menace du genre, les dirigeants de l’ABL ayant menacé de fermer leurs établissements en 2020 après que le procureur financier, le juge Ibrahim Ali, ait décidé de geler les biens immobiliers de 20 dirigeants de banques et de leurs établissements. Le procureur évoquait alors des violations sérieuses commises à l’encontre des déposants dont les fonds avaient été bloqués suite à l’imposition d’un contrôle informel des capitaux, en novembre 2020.

Cette décision a été ensuite annulée par le procureur de la république, le juge Ghassan Oweidad suite à une menace de grève et départ à l’étranger de ces derniers.

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