Les doutes des militaires Israéliens sur les objectifs des autorités politiques dans la guerre contre le Hamas

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Depuis le 7 octobre, les autorités israéliennes ont proclamé leur intention de détruire le Hamas, mais cette ambition est de plus en plus mise en doute au sein même de l’armée israélienne. Un des principaux porte-parole de Tsahal, le contre-amiral Daniel Hagari, a exprimé publiquement son scepticisme quant à la faisabilité de cet objectif, provoquant une réaction vive du gouvernement israélien, suite à ce camouflet médiatique auprès de l’opinion publique.

Pour rappel aussi, le gouvernement israélien est soumis à une vive pression populaire en raison d’une part de l’échec sécuritaire dans la prévision des évènements du 7 octobre ce qui aurait dû amener à la constitution d’une commission d’enquête repoussée à la fin des opérations militaires et d’autre part aux familles des otages qui réclament l’ouverture de négociations en vue d’obtenir leur négociation.

Une Idéologie Inébranlable

Dans une interview accordée à la chaîne de télévision israélienne 13, Daniel Hagari a déclaré que “Le Hamas est une idéologie, on n’élimine pas une idéologie. Dire qu’on va faire disparaître le Hamas, c’est jeter de la poudre aux yeux du public.” Cette déclaration souligne la difficulté, voire l’impossibilité, de détruire une organisation idéologique par des moyens militaires seuls. Hagari a ajouté qu’en l’absence d’une alternative viable, le Hamas resterait au pouvoir à Gaza.

Il faut dire que depuis le 7 octobre 2023, l’armée israélienne semble s’être enlisée à Gaza en dépit des nombreuses victimes notamment civiles du côté palestinien. Les zones qu’elle dit avoir “nettoyé” du Hamas sont même une nouvelle fois contrôlées par ce mouvement, une fois qu’elle retire ses troupes.

La Réaction du Gouvernement Israélien

La réponse du gouvernement israélien ne s’est pas fait attendre. Dans un communiqué laconique, le bureau du Premier ministre Benjamin Netanyahu a réaffirmé que “la destruction des capacités gouvernementales et militaires du Hamas est l’un des buts de guerre définis par le cabinet de sécurité.” Cette déclaration met en lumière la divergence de vues entre l’exécutif et certaines factions de l’armée sur la stratégie à adopter contre le Hamas.

La Défense de Tsahal

En dépit de la réaction gouvernementale, l’armée israélienne a défendu les propos de Daniel Hagari, les qualifiant de “clairs et explicites.” Tsahal a précisé que Hagari parlait de la destruction du Hamas en tant qu’idéologie, et a critiqué toute tentative de sortir ses propos de leur contexte. Cette prise de position de l’armée reflète une certaine lucidité sur les limites de l’action militaire dans la résolution de conflits idéologiques.

Violence et Renforcement du Hamas

L’histoire récente montre que les conflits armés peuvent paradoxalement renforcer les organisations qu’ils visent à affaiblir. Les conflits de 1996 et 2006 au Liban en sont des exemples probants.

En 1996, l’opération “Raisins de la colère” lancée par Israël contre le Hezbollah visait à neutraliser cette organisation. Cependant, l’intensité des combats et les pertes civiles ont galvanisé le soutien populaire au Hezbollah, consolidant sa position au Liban. De même, en 2006, la guerre de 34 jours entre Israël et le Hezbollah a conduit à une destruction massive dans le sud du Liban, mais a également renforcé la popularité du Hezbollah, perçu comme le défenseur de la souveraineté libanaise contre l’agression israélienne.

Offrir des Alternatives Viables

Pour éviter que le Hamas ne profite de la situation actuelle, il est crucial de proposer des alternatives viables à la population de Gaza. L’absence de solutions politiques et sociales ouvre un vide que le Hamas exploite pour renforcer son influence. Des initiatives de développement économique, d’amélioration des infrastructures, et de renforcement des institutions civiles pourraient offrir une voie vers la stabilité et diminuer le soutien au Hamas.

Le Hezbollah : Un Proto-État

Le Hezbollah au Liban offre un exemple pertinent. Bien plus qu’une simple milice, le Hezbollah a développé une structure quasi-étatique, fournissant des services sociaux, des soins de santé, et une sécurité relative dans les zones sous son contrôle. Cette approche familiale et communautaire compense souvent les lacunes de l’État libanais, créant un ancrage profond dans la société libanaise. Pour affaiblir durablement le Hezbollah, il serait essentiel de renforcer les capacités de l’État libanais à fournir ces services, réduisant ainsi la dépendance de la population au Hezbollah, ce que les israéliens ne semblent justement pas vouloir souhaiter, bloquant aussi l’importation en faveur de l’armée libanaise d’équipements qui pourraient nuire à sa supériorité notamment dans le domaine aérien.

Renforcement des Capacités de Défense Libanaises

En outre, il est crucial que l’État libanais développe ses capacités de défense pour assurer la sécurité nationale face aux menaces extérieures, y compris celles provenant d’Israël. Une défense nationale efficace réduirait la perception du Hezbollah comme seul protecteur de la souveraineté libanaise. En offrant une alternative crédible en termes de défense, l’État libanais pourrait gagner en légitimité et en soutien populaire, diminuant ainsi l’influence du Hezbollah.

L’Émergence de Nouveaux Extrémismes

Un autre risque majeur d’un conflit prolongé est l’émergence de nouveaux extrémismes. L’histoire a montré que la violence et l’instabilité tendent à générer des mouvements encore plus radicaux et revanchards. Par exemple, après des périodes de conflit intense, des groupes plus extrêmes peuvent émerger, alimentés par le désir de vengeance et la radicalisation de la population affectée. Sans solutions politiques et sociales adéquates, la suppression d’un groupe comme le Hamas pourrait simplement donner naissance à une nouvelle organisation encore plus extrémiste.

L’assertion de Daniel Hagari selon laquelle une idéologie ne peut être éradiquée par la force résonne avec les leçons tirées des conflits passés. Les actions militaires, si elles ne sont pas accompagnées d’initiatives politiques et sociales visant à offrir des alternatives viables, risquent de renforcer les mouvements qu’elles cherchent à détruire. En ce sens, la stratégie israélienne envers le Hamas pourrait nécessiter une réévaluation pour éviter de répéter les erreurs du passé et chercher des solutions durables pour la paix dans la région. Offrir des alternatives au Hamas à Gaza, comme au Hezbollah au Liban, pourrait être la clé pour une stabilité et une paix durables, incluant le renforcement des capacités de défense de l’État libanais pour assurer une véritable souveraineté et sécurité nationale. En l’absence de telles initiatives, le risque de voir émerger de nouveaux extrémismes revanchards reste élevé, menaçant la stabilité régionale à long terme.

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