Ce 24 février, à la Librairie Orientale, le Dr Fouad Abou Nader signe son livre Liban : les défis de la liberté (Éditions de l’Observatoire). L’occasion de revenir sur les solutions que le président de l’ONG Nawraj et cofondateur des Forces libanaises propose pour sortir le pays de la situation dramatique dans laquelle il se trouve.

Les pistes que vous donnez dans votre livre publié en 2021 sont-elles toujours à l’ordre du jour ?

Les solutions que je préconise pour sortir de la crise sans précédent qui frappe le Liban sont plus que jamais d’actualité ; tout comme les questions que je soulève. En effet, il est urgent de créer une stabilité pour ce pays et de réunir les conditions pour que les jeunes puissent construire leur avenir au Liban au lieu d’émigrer comme ils sont en train de le faire en masse.

Pouvez-vous résumer ces solutions ?

Tout d’abord, il faut préserver l’unité et la souveraineté de notre patrie. Pour cela, je préconise laproclamation de la neutralité positive et permanente du Liban et sa reconnaissance par les Nations Unies à travers le vote de l’Assemblée générale, à l’instar du Turkménistan (résolution 50/80 de l’Assemblée générale des Nations Unies). Le Sultanat d’Oman, quant à lui, a adopté le concept de neutralité positive, consistant à avoir une politique d’ouverture envers toutes les puissances régionales et internationales. Ce statut ne lui a pas été reconnu internationalement, néanmoins il lui a permis de jouer un rôle diplomatique de médiateur auprès des États-Unis et de l’Iran. La neutralité positive du Liban devrait permettre à notre pays de se prémunir contre les ingérences néfastes et destructrices de nos voisins.

Je souhaite également la mise en place d’une décentralisation de type régionalisme à l’espagnole ou à l’italienne qui donnerait à la population la possibilité de trouver des solutions aux problèmes les plus élémentaires, comme la santé et l’éducation.

Sur un autre plan, il est impératif d’instaurer une loi électorale plus juste et équitable en instaurant le scrutin majoritaire sur la base de la circonscription uninominale et de soumettre le projet de loi sur l’indépendance de la justice à la Commission de Venise afin que le système judiciaire soit réellement libre et indépendant de tout pouvoir politique.

Par ailleurs, il devient urgent d’unifier le statut personnel dans le Code civil, afin de renforcer le sentiment de citoyenneté, avec intégration dans la Constitution d’une charte avec tous les articles de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme et ceux de la Convention sur l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes.

Enfin, il faut réaliser un audit juri-comptable et une restructuration du secteur bancaire public et privé (incluant la Banque du Liban), indispensables à l’obtention des fonds du FMI et de CEDRE. Je termine en rappelant qu’il faut donner les moyens à l’armée libanaise, ainsi qu’aux autres forces armées de l’État, de remplir leur mission et leur réserver, à elles seules, le monopole des armes sur notre territoire. 

Comment comptez-vous engager les réformes que vous appelez de vos vœux ?

J’entends les exposer et expliquer leur bien-fondé pour notre pays. C’est la raison pour laquelle je les ai présentées dans cet ouvrage et dans la presse lorsqu’on me donne l’occasion de m’exprimer, comme vous le faites, ce dont je vous remercie. Ces idées que j’avance, je les défends, pour la plupart, depuis des années. Je suis heureux de constater que d’autres les reprennent désormais à leur compte. Ainsi, le patriarche Rahi a-t-il fait de la neutralité son cheval de bataille depuis quelque temps, ce dont je me félicite.

Ensuite, il est essentiel que les élections municipales, parlementaires et la présidentielle se tiennent cette année pour laisser une chance au changement de s’opérer. Les Libanais doivent prendre leur destin en mains et la première étape est d’aller voter massivement. Je ne veux pas que nous réitérions la mauvaise expérience de 2008 quand nous avons enregistré 50 % d’abstention. Les forces d’opposition doivent se rassembler et proposer de vrais projets, pour supplanter les partis politiques traditionnels.

Croyez-vous encore ces changements possibles ?

Je crois en mon pays et en sa jeune génération. Depuis sa création voici un siècle, notre État fait face à d’importantes difficultés, c’est vrai. Je ne nie pas que sa formule de coexistence – qui est un modèle et un exemple pour les autres nations – a été mise à mal. Mais je me suis toujours battu, et je continuerai de me battre, pour ce « Liban message » où cohabitent dix-huit communautés – il est temps de supprimer la lutte de pouvoir entre elles qui paralyse le pays et favorise la corruption – et où les chrétiens veulent vivre en toute liberté, sécurité, dignité et égalité avec tous leurs partenaires. J’insiste sur ce point : les chrétiens sont le ciment du Liban puisque sur nos 1611 villages, très peu sont mixtes entre sunnites, chiites, druzes et alaouites, alors que les chrétiens vivent avec tous. Ils ont donc un rôle irremplaçable à jouer.

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