L’histoire des Phéniciens, 1200-300 av. J.-C

Pour cette rentrée 2017/2018, la conférence sur « l’histoire des Phéniciens » organisée le 19 octobre 2017, par Mme Aurore Sabounji, fondatrice et Présidente de l’association  » Rencontre avec la langue française « , Lauréate des Palmes du Bénévolat 2016 échelon or, était particulièrement fort passionnante grâce à la qualité du conférencier, M. Bahjat RIZK, Attaché Culturel de la Délégation Libanaise à l’UNESCO, et l’exposition philatélique, marquée par l’émission premier jour des Timbres de Tyr et Elissar Princesse de Tyr, dans le cadre des émissions spéciales françaises par la Diaspora sur le Liban, de M. Elie Aouad, président de l’association LEBA.

Bahjat Rizk, et après sa projection d’extraits de la vidéo du National Géographic (2007) consacrée aux Phéniciens, aborde la localisation de la Phénicie qui fut une ancienne région qui abritait une civilisation centrée sur le Nord de l’ancienne Canaa, avec son centre le long des régions côtières, par référence aux textes proches-orientaux, notamment la Bible, qui parlent d’une région appelée Canaan. Ces termes couvraient un territoire qui correspond de nos jours au Liban, auquel il faut ajouter certaines portions de la Syrie et des territoires occupées de la Palestine, de l’actuelle Israël.

Ces peuples, après leur invasion de la mer, auraient fusionnés avec la population locale pour produire les Phéniciens. La question de leur origine exacte est délicate. Ils furent les premiers au niveau des Etats à faire un large usage de l’alphabet et ils sont crédités de l’avoir dispersé à travers le monde Méditerranéen. Il a été également questions des colonies Phéniciennes entre autres « Carthage ou civilisation Punique  » fondée par les Phéniciens sur les rives de l’actuelle Tunisie.

On est au IIe millénaire av. J.-C. 1200. Dégagées de la tutelle des anciennes puissances qui dominaient la région (nouvel empire égyptien-empire hittite), les cités phéniciennes disposent d’une période d’autonomie qui leur permet d’étendre leurs réseaux commerciaux. Ils connurent une expansion commerciale autour de la Méditerranée et jusqu’à la côte atlantique de l’Europe et de l’Afrique.
Fondation de cités : Chypre, Sicile, Sardaigne, Péninsule Italique, Péninsule ibérique et Afrique du Nord.
La Phénicie est la mère de presque toutes les colonies, dont les plus importantes sont Kition, la moderne Larnaca de Chypre, Carthage et Gadir, Cadix sur la côte atlantique de la péninsule Ibérique. Leur accomplissement le plus connu c’est l’alphabet.

A partir du VIII siècle, les cités phéniciennes perdent leur autonomie et sont dominées par les Assyriens, Les Babyloniens, Les Perses, Les Grecs et les Romains. Les implantations phéniciennes de la mer méditerranée occidentale tombent sous la coupe de Carthage (814-146 avant J.C) civilisation carthaginoise ou punique.

Qui étaient les Phéniciens ?
Phoinix (rouge ou pourpre) – Phénicien : un terme employé par les Grecs qui désignaient le peuple venu de la côte levantine, La Phénicie, dès au 1er millénaire av. J.-C.

Cette entité géographique s’étendait au nord jusqu’à la plaine de Jabbé en Syrie et, au sud, jusqu’au mont Carmel en Palestine. Elle était divisée en quatre royaumes : Arwad, Gubla (Byblos en grec), Sidon et Tyr. Les trois derniers royaumes, dont les capitales furent les cités phéniciennes les plus célèbres, occupaient toute la cote libanaise et formaient ainsi le noyau dur de la Phénicie.

Les philistins s’installent en Palestine (sud de la Phénicie). Araméens à l’Est et plus tard Israélites au Sud. Le phénomène de l’expansion de la méditerranée ne concerne que les ports de Phénicie. Le peu d’écrits et les sites fouillés, nous parlent de leur navigation et leurs talents de marchands ainsi que de la qualité des artisans et leurs productions.

En dehors des textes grecs qui les décrivent en termes négatifs, il n’y a pas de mention des « phéniciens ». Ils ne nous ont laissé aucun document décrivant leur vie quotidienne, leurs villes, leur religion et leur culture. Par contre, les sites phéniciens, eux, ont livré des inscriptions en Alphabet phénicien, La religion et l’art y sont aussi communs.

L’Organisation politique des Phéniciens :
Les Rois (Milk) étaient considérés comme étant les représentants terrestres de la divinité tutélaire de leur Royaume. Ils sont représentés portant un sceptre et également juges suprêmes du royaume, d’après les inscriptions rapportant activités religieuses (construction de temples). On note le rôle religieux très affirmé Ithobaal de Tyr, prêtre d’Astarté et 1er roi de Tyr (887-856 av J.C) qui a donné sa fille Jézabel en mariage au roi Achab d’Israël (présent dans les textes bibliques).

Les dignitaires assistaient le roi dans ses fonctions administratives, militaires et judiciaires. Au début de la période hellénistique les rois sont destitués et ce sont les institutions des magistrats qui prennent le relais.

Les villes Phéniciennes
Les cités étaient fondées sur des promontoires rocheux disposant souvent de deux ports au Nord et au Sud. Les îles voisines de la côte étaient également occupées. S’agissant des villes continentales, elles se divisaient souvent entre villes hautes et villes basses. Les nécropoles s’étendaient en dehors des zones habitées.

Byblos : on y retrouve les traces du premier alphabet, prestige religieux et intellectuel. Sidon : liée à Tyr entre le IX et le VIII siècles, on retiendra des liens entre les rois perses et grecs.
Tyr : île rocheuse pour assurer une protection lors des invasions, reliée à la côte lors du siège d’Alexandre.
Arwad : cité insulaire, a étendu son territoire sur le littoral voisin.
Beyrouth n’avait pas beaucoup d’importance à cette époque.

Les phéniciens face aux empires orientaux
La période Assyrienne (IX siècle) tribut, annexion et manque de solidarité entre les villes phéniciennes ; la période Babylonienne (VII siècle) ; les Perses (539, VI siècle). Durant la période Grecque, les monarques sont évincés pour être remplacés par des institutions civiques similaires à celles des cités grecques.

Les cités phéniciennes adoptent des aspects de la culture grecque dominante au Proche-Orient, l’usage de l’alphabet Grec, la religion Grecque, poètes et philosophes de langue Grecque (Zénon de Sidon, Diodore de Tyr) mais il n’y a pas, à proprement parler, d’hellénisation, l’influence concerne essentiellement les centres urbains.

Puis les Romains passent maîtres du Moyen-Orient en 64 av. J.-C. et les cités de Phénicie deviennent une province de Syrie. L’emploi du phénicien disparaît, supplanté par le Grec et de l’Araméen.

Les Phéniciens sont de Grands navigateurs
Les représentations des navires phéniciens sont rares. D’après les fouilles d’épaves, les navires commerciaux avaient une coque de forme pansu, un mât unique, une voile rectangulaire et carré et d’une Longueur entre 8 et 15 m.

Il s’agissait d’une navigation par cabotage, en suivant les côtes sur de courtes distances. Quant aux voyages de longue distance, ils se servaient de navires de fort tonnage. Différents ports émaillaient les routes pratiquées. Des comptoirs et colonies phéniciennes, avaient été choisis en fonction des qualités maritimes des sites et de la facilité à les défendre. Les grandes cités Tyr et Sidon avaient 2 ports avec de grands bassins.

Les Phéniciens ont mis également leurs talents pour les affaires militaires. Les rois Assyriens, Perses et Grecs les ont mobilisés pour renforcer leurs flottes de guerre.

Les galères de combat phéniciennes apparaissent dans les représentations assyriennes à la fin du VIII siècle et au début du VII siècle ; Les bateaux ronds de commerce sont reconvertis en bateaux militaires, les  trirèmes, navires à trois rangées, quadrirèmes et quinquérèmes.

Les Phéniciens, ces marchands
Les aspects les mieux connus du commerce à longue distance sont la nature et la provenance des produits échangés :

Les tissus, les denrées alimentaires (vin et huile) et les métaux (cuivre, argent, plomb, fer), ces derniers, sont le moteur essentiel de l’expansion vers le bassin occidental. On note la présence de nombreuses amphores (sites archéologiques et épaves)

D’autres produits de valeur transformés ou bruts : Ivoire, bois, ébène, parfums, résines produits aromatiques, épices, bétail. Les vases en matière vitreuse, le bois notamment le cèdre du Liban, le commerce d’esclaves.
Les marchands gagnent de l’importance et perte de l’influence des rois. Les auteurs Homère et Hérodote donnent une image peu flatteuse des marchands.

A partir du V siècle, les cités phéniciennes frappent des pièces de Monnaie.

L’artisanat
Production d’objets de la vie courante, l’artisanat était de qualité. On note :
– Des tissus en pourpre, des objets en ivoire, des céramiques, des amphores, de la métallurgie (cuivre, bronze, fer) et des fours équipés de tuyères pour réaliser une température voisine de 1000 degrés. Des quartiers spécifiques y étaient consacrés suivant les spécialités.
– Des objets de luxe phéniciens, secteur privé de l’économie : Orfèvres, bijoux d’ornements de vaisselle en or ou en bronze, pierres précieuses (cornaline, lapis-lazuli)
– L’industrie du verre : Silicate de calcium servant à la réalisation de la pâte de verre abondant dans les sables des plages du Liban
– Le Pourpre (laine ou lin), de l’Huile d’olives et vin, des produits de pêche et salaisons

Carthage : la ville nouvelle
Dès le VII siècle elle étend son hégémonie sur les autres cités phéniciennes de la méditerranée occidentale au moment où la tutelle des cités de Phénicie ne peut plus s’exercer en raison de leur éloignement et leurs défaites face aux empires d’orient

Les rapports avec les nouvelles colonies grecques deviennent conflictuels ; Les cités phéniciennes de Sicile, Sardaigne, puis de l’est de la péninsule ibérique passent sous la tutelle de Carthage.
Carthage rentre en conflit avec Rome guerres puniques à partir de -264 (avant J.-C) jusqu’en 146 av. J.-C : destruction de Carthage.

Des influences différenciées
D’un point de vue technique, généralement plus avancé, les phéniciens ont une grande influence culturelle et ont très peu repris des populations autochtones. Parfois elle touche les élites parfois toute la population.
Même la Grèce sortant des âges obscurs autour de 800 av. J.-C. va emprunter aux phéniciens divers aspects de leur culture et surtout l’alphabet (milieu du VIII siècle avant JC) ainsi que les inspirations artistiques orientalisantes. Les Grecs ont reçu également l’influence de l’Egypte et de la Mésopotamie.

La religion phénicienne 
Les phéniciens adoraient une foule de divinités dont ils se disaient les serviteurs. Les personnalités de divinité semblent assez floues il est parfois difficile de distinguer deux figures divines aux traits similaires. Parfois il y a des associations Tanit- Astarté, Eshmun – Melqart, Baal- Baalat.

Les divinités sont liées à l’élément de la nature ou du Cosmos. Baal est lié au Dieu de l’orage (c’est le plus important du Panthéon Cananéen). Les divinités féminines sont liées à l’amour et à la fécondité.

Les phéniciens adorent également des divinités venues d’Egypte. Hathor assimilée à la dame de Byblos. Les deux divinités majeures de Carthage sont Baal Hammon et Tanit. Le premier devient universel et la seconde tutélaire de la ville de Carthage. Astarté, Melqart, Echmoun où l’on constate une correspondance avec les dieux phéniciens et grecs.

Des espaces sacrés, des temples maisons et des sanctuaires à ciel ouvert et aussi des clergés, chantres, acolytes, bouchers, boulangers, prêtre chargé de rituels sacrificateurs…

Principales fêtes : les adonies de Byblos et les jours d’ensevelissement et de résurrection de Melqart. Temples d’Astarté et prostitués des deux sexes.

Rite sacrificiel : Sacrifices d’enfants (descriptions dans les textes bibliques) Tophet. Des urnes contenant des enfants incinérés et stèles voués à baal Hammon et Tanit.
Croyances et pratiques funéraires

Les phéniciens ont personnifié la mort sous la forme d’une divinité nommée Mot (qui ne recevait aucun culte). Les cadavres devaient être purifiés, embaumement chez les élites et sarcophages, inhumation et incinération et tombes collectives.

Quant à la deuxième partie, consacrée à l’exposition philathélique d’Elie Aouad, Président de l’association Léba, elle fut marquée par l’émission premier jour des Timbres de Tyr et Elissar Princesse de Tyr, dans le cadre des émissions spéciales françaises par la Diaspora sur le Liban.

Elie Aouad, nous rappelle que durant le IIIe millénaire, le costume des levantins se rattache à celui de Sumer et à son grand châle drapé. Il perdure jusqu’au Ier millénaire. En Phénicie, Le châle est bigarré de couleurs bleues et rouges, décoré de fleurs et de rosaces. Quant au vêtement féminin par excellence, durant deux millénaires,  reste le grand châle drapé, ample et plissé à l’égyptienne.

Il, nous précise aussi, à travers ses timbres émis et sa collection sur les habits traditionnelles, que les Phéniciens transmirent la tunique de lin, dont ils furent vraisemblablement les inventeurs, aux Cariens. Elle a été portée à l’époque dans toute l’Asie Mineure. Longue pour le fêtes, cette tunique devient le chiton des Grecs, repris de kitoneh, mot sémite désignant le lin en araméen.

Jinane Chaker-Sultani Milelli

 

Aurore Sabounji, Fondatrice et Présidente de l’association « Rencontre avec la langue française », Lauréate des Palmes du Bénévolat 2016 échelon or, est depuis octobre 2016 déléguée bénévole de la  » Fondation du Bénévolat « dans les Hauts-de-Seine, en Île de France.

Son  parcours associatif est  riche et diversifié. Son association créée en 2006 encadrée par des animateurs bénévoles, est particulièrement dynamique. Sa vocation : Enseigner notre langue à tout adulte qui souhaite perfectionner son niveau à  l’écrit.

L’association se veut également une invitation au voyage et à la découverte de

L’histoire et de la culture françaises, dans un esprit de partage et de convivialité car elle propose également des ateliers thématiques hebdomadaires sur des sujets très variés comme l’histoire, l’art ou la littérature. De nombreuses manifestations ‘ en entrée libre ‘ sont proposées et organisées en cours d’année ainsi que des visites et sorties culturelles guidées.

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Jinane Chaker Sultani Milelli

Jinane Chaker-Sultani Milelli est une éditrice et auteur franco-libanaise. Née à Beyrouth, Jinane Chaker-Sultani Milelli a fait ses études supérieures en France. Sociologue de formation [pédagogie et sciences de l’éducation] et titulaire d’un doctorat PHD [janvier 1990], en Anthropologie, Ethnologie politique et Sciences des Religions, elle s’oriente vers le management stratégique des ressources humaines [diplôme d’ingénieur et doctorat 3e cycle en 1994] puis s’affirme dans la méthodologie de prise de décision en management par construction de projet [1998].