En déplacement en Turquie à l’invitation de son homologue Erdogan pour y assister à une conférence extraordinaire des pays membres de l’OCI pour y discuter de la reconnaissance par les USA de Jérusalem comme étant la capitale d’Israël, le Président de la République Libanaise s’en est vivement pris à la fois à l’État Hébreu, aux États Unis et aux autres pays arabes accusés d’être divisés et d’alimenter des conflits internes.

Le Président de la République Libanaise a dénoncé la judaicisation de Jérusalem visant selon lui à effacer le Christianisme et l’Islam de cette ville.

 » Ceux qui ont été persécutés en Europe sont devenus des persécuteurs au Moyen-Orient, en dépit du fait que la Déclaration Balfour interdisait clairement tout acte qui porterait atteinte aux droits civils et religieux dont jouissent les communautés non juives. Cependant, les Israéliens pratiquaient les pires épurations ethniques sur la terre de Palestine. » a déclaré le chef de l’état avant de poursuivre:

« Pourtant, Israël se déclare un Etat juif et tente de le réaffirmer en judaïsant Jérusalem et en en faisant sa capitale, abolissant ainsi l’identité universelle de la Terre Sainte et éliminant expressément deux messages divins auxquels croient plus de la moitié de la population mondiale. C’est une blessure à la civilisation et à l’humanité, qui conduira à un nouveau déplacement, à un nouveau nettoyage ethnique et à la création de futures guerres. Jérusalem et toute la Palestine rassemblent les repères les plus sacrés du christianisme et les plus importants monuments islamiques – ils sont une destination de pèlerinage pour les deux religions universelles. Peut-on imaginer les chrétiens et le christianisme sans Jérusalem, Bethléem, l’église de la Nativité et l’Église de la Résurrection? Peut-on imaginer l’islam et les musulmans sans la mosquée al-Aqsa et les sites sacrés de la Palestine? »

Le Président de la République a ensuite énuméré les différentes résolutions de l’ONU concernant Jérusalem qui ne sont pas respectées par l’Etat Hébreu pour ensuite dénoncer la décision américaine:

« Un membre du Conseil de sécurité, quel qu’il soit, a-t-il le droit de renverser individuellement une décision prise par le Conseil? Le Conseil de sécurité acceptera-t-il de violer sa décision sur les États membres qui sont liés? Et si cela se produisait: cela ne mettrait-il pas fin à son existence? Qu’est-ce qui a changé aujourd’hui? Qu’est-ce qui a poussé les États-Unis à prendre cette position en contournant le droit international et les Nations Unies sans se soucier des droits des musulmans et des chrétiens dans le monde entier, ni de leurs sentiments ou des répercussions qui peuvent en résulter? »

Le chef de l’Etat s’en est également pris aux Pays Arabes, dont les conflits actuels notamment entre chiites et sunnites ne peuvent que bénéficier à Israël.

« Les événements qui ont frappé les mondes arabe et islamique ces dernières années, les trébuchements et la confusion de leurs peuples ont brisé les relations entre certains pays amis et fraternels, créé des barrières psychologiques, creusé les fossés entre eux et entraîné l’esprit de solidarité. Par conséquent, ces événements ont transformé les conflits arabo-israéliens et islamo-israéliens en conflits arabo-arabes et islamo-islamiques en alimentant le conflit sectaire entre sunnites et chiites. Et nous savons tous que la division est une faiblesse et que la faiblesse mène à la réclusion, pas étonnant que l’un de nos proverbes arabes les plus importants soit «diviser pour régner». »

Le général Michel Aoun s’est enfin prononcé sur la nécessité de mettre fin aux conflits interarabes et intermusulmans – allusion au conflit larvé entre l’Arabie Saoudite et l’Iran – et pour le dialogue. Il a appelé à l’Union des Pays Arabes face à la crise posée par la reconnaissance par les USA de Jérusalem comme étant la capitale d’Israël.

Ainsi, selon le chef de l’Etat, les Pays de la Ligue Arabe et des membres de l’Organisation des Etats Islamiques devrait:

  1. Déposer une plainte urgente auprès du Conseil de sécurité et des Nations Unies au nom de l’Organisation de la coopération islamique pour saper la décision américaine et faire respecter par les États-Unis l’annulation de celle-ci.
  2. Mener une campagne diplomatique visant à accroître le nombre d’États reconnaissant l’état de Palestine et le considérant comme un État membre des Nations Unis, tout en prenant toutes les mesures juridiques, politiques et diplomatiques nécessaires pour déclarer Jérusalem capitale de la Palestine.
  3. Prendre des mesures punitives, unifiées et progressistes aux niveaux diplomatique et économique contre tout pays qui considère Jérusalem comme la capitale d’Israël.
  4. Appelant les populations à agir afin de créer une pression publique pour soutenir une pression politique et diplomatique.
  5. Maintenir l’Initiative Arabe pour la Paix dans toutes ses dispositions, sans aucune exception, et assigner un facilitateur international juste pour renforcer ladite initiative afin de ne pas reculer, sachant qu’un tel acte aura de nombreuses répercussions.

 

A l’issue de cette conférence, les pays arabes réunis à l’OCI ont estimé dans un communiqué que cette reconnaissance par les USA et le changement de statut de Jérusalem – qu’ils considèrent comme nulle et illégale en regard du droit international – retirait aux USA, le rôle de principal sponsor du processus de Paix Israélo-Arabe. Ils ont également appelé la communauté internationale à désormais reconnaitre Jérusalem-Est comme étant la capitale occupée par Israël de l’État Palestinien.