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Liban : le Sud frappé malgré Washington

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Liban : un bilan lourd au réveil

Le Liban se réveille ce mercredi sur un constat brutal : les assurances diplomatiques venues de Washington n’ont pas arrêté les bombardements israéliens au Sud. Le dernier bilan consolidé disponible fait état de 3 468 morts depuis le 2 mars dans la campagne israélienne au Liban, dont 35 depuis lundi, selon le ministère libanais de la Santé repris par une agence internationale. Plus d’un million de personnes ont été déplacées. Ce bilan national donne la mesure d’une guerre qui déborde désormais les seules lignes de front et pèse sur les routes, les hôpitaux, les villages et les quartiers encore habités.

Les dernières vingt-quatre heures ont été marquées par une double séquence. À Washington, les représentants libanais et israéliens se sont retrouvés pour une nouvelle session de discussions, la quatrième depuis le début de la guerre. Sur le terrain, l’armée israélienne a frappé une vingtaine de localités, selon des informations de presse, tandis que le Hezbollah a revendiqué des attaques contre des militaires israéliens présents au Sud-Liban. La formule américaine d’une désescalade paraît donc suspendue à une réalité militaire qui la contredit presque aussitôt.

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La famille Karam tuée sur la route Nabatieh-Khardali

Le drame le plus identifié reste celui de la famille Karam, originaire de Qlayaa, dans le caza de Marjayoun. Le docteur James George Karam, dentiste âgé de 61 ans selon des proches cités localement, a été tué avec sa fille Theodosia et son fils Tony dans une frappe de drone contre leur voiture sur la route Nabatieh-Khardali. La famille revenait d’examens et de démarches scolaires. Theodosia était étudiante. Tony était encore mineur. Aucun élément public vérifié, au moment de la rédaction, n’établit une fonction combattante des trois victimes.

La route Nabatieh-Khardali n’est pas un axe secondaire dans la vie du Sud. Elle relie les localités de Marjayoun aux routes de Nabatieh et sert aux déplacements familiaux, aux soins, aux études et aux trajets de ravitaillement. En temps de guerre, elle devient aussi un couloir surveillé par les drones. La frappe contre la voiture des Karam a donc provoqué une émotion particulière. Elle a frappé une famille qui se déplaçait pour des raisons civiles, dans un espace où la frontière entre circulation ordinaire et zone militaire s’efface chaque jour un peu plus.

Jibchit, Toul, Harouf, Marwaniyeh : les autres victimes

D’autres victimes ont été signalées dans plusieurs localités. À Jibchit, dans le gouvernorat de Nabatieh, deux ressortissants syriens ont été tués dans une frappe contre une pépinière où ils travaillaient. À Toul, une attaque de drone a touché le secteur d’une moto ou d’un véhicule, faisant deux morts selon les dépêches reprises par la presse internationale. Entre Harouf et Toul, une autre frappe contre une voiture a tué une personne. Les noms de ces victimes n’étaient pas confirmés publiquement dans les sources consultées au moment de la rédaction.

À Marwaniyeh, près de Saïda, les secouristes ont retiré six corps des décombres d’un bâtiment touché lundi soir. Les victimes appartenaient à la famille Hassan Abdullah, selon la Défense civile libanaise reprise par plusieurs médias. Le bilan fait état de deux enfants et d’une femme parmi les morts. Trois blessés ont aussi été extraits des ruines. Là encore, les prénoms complets des victimes n’étaient pas tous confirmés de manière suffisamment fiable pour être publiés sans réserve.

Ce point est important. Nommer les victimes permet de sortir d’un bilan abstrait. Mais publier un prénom non vérifié expose à une erreur grave, surtout lorsque les corps sont retrouvés après plusieurs heures de recherches. À ce stade, les noms confirmés avec le plus haut degré de fiabilité concernent James George Karam, Theodosia Karam et Tony Karam. Pour Marwaniyeh, l’identification par la famille Hassan Abdullah est rapportée, mais les détails nominatifs individuels restent à consolider. Pour Jibchit, Toul et Harouf, les sources donnent les lieux, le nombre de morts et parfois la nationalité ou le contexte de travail, mais pas les identités complètes.

Cinq morts mardi, quarante-huit blessés

Le bilan de mardi donné par les autorités sanitaires libanaises fait état de cinq morts et de quarante-huit blessés pour les frappes de la journée, dont un enfant parmi les morts. Parmi les blessés figurent un médecin et cinq employés de l’hôpital public de Tebnine. Ce chiffre ne se confond pas toujours avec les décomptes publiés par les agences, car certaines victimes ont été tuées lundi soir puis retrouvées ou annoncées mardi. La journée doit donc être lue en deux niveaux : le bilan sanitaire officiel quotidien, et le bilan élargi des attaques recensées sur vingt-quatre heures.

La carte des frappes montre une pression dispersée. Nabatieh, Nabatieh al-Fawqa, Kfar Roummane, Choukine, Kfar Tebnit, Jibchit, Toul, Harouf, Marwaniyeh, Qlaileh, Burj al-Chamali et les abords de Tyr apparaissent dans les signalements. Des tirs d’artillerie ont aussi touché des localités de la bande méridionale. Cette dispersion entretient un climat d’incertitude. Les habitants ne savent pas toujours si le danger vient d’une alerte publique, d’un drone invisible, d’un avion qui survole la zone ou d’une frappe sur un véhicule circulant devant eux.

Les hôpitaux du Sud sous pression

À Tyr, l’hôpital Jabal Amel a recommencé à fonctionner après une frappe israélienne sur un site proche qui avait blessé trente-neuf membres du personnel la veille. Les images et témoignages décrivent des vitres brisées, des chambres endommagées et des équipes médicales contraintes de remettre l’établissement en service dans l’urgence. Un hôpital ne devient pas seulement un lieu de soins dans cette guerre. Il devient un baromètre de la résistance civile. Quand ses équipes travaillent au milieu des débris, c’est toute l’architecture sanitaire du Sud qui fonctionne à la limite.

Le secteur de Tebnine ajoute une inquiétude supplémentaire. Les quarante-huit blessés de mardi incluent des personnels de l’hôpital public local, selon le ministère libanais de la Santé. Le nombre ne dit pas tout. Il signifie que les lieux de soins, déjà sollicités par les déplacés et les blessés, subissent eux-mêmes les effets de la guerre. Chaque médecin blessé, chaque infirmier absent, chaque ambulance endommagée réduit la capacité d’intervention dans les heures qui suivent. Au Sud-Liban, cette perte opérationnelle peut coûter des vies.

Nabatieh et Beaufort au centre de la pression israélienne

Nabatieh reste l’un des centres de gravité de la journée. L’armée israélienne a ordonné aux habitants de quitter des secteurs de la ville avant des frappes. Elle affirme vouloir renforcer son activité opérationnelle dans le Sud. Ce langage militaire accompagne une progression israélienne plus profonde vers les abords de Nabatieh et les hauteurs de Beaufort. Israël présente cette action comme un moyen de réduire la menace du Hezbollah contre le nord de son territoire. Au Liban, elle est perçue comme une extension dangereuse de la présence militaire israélienne.

Beaufort, ou Qalaat al-Chaqif, concentre une dimension stratégique et symbolique. Le site domine des vallées et des axes de circulation. Il avait déjà occupé une place forte dans la mémoire de l’occupation israélienne jusqu’en 2000. Le fait que les forces israéliennes y aient repris position ou progressé dans son environnement modifie la perception du conflit. Il ne s’agit plus seulement d’échanges frontaliers. La guerre se déplace vers des lignes intérieures du Sud, avec des conséquences directes pour Nabatieh, Marjayoun et les villages situés entre les deux.

Le Hezbollah a revendiqué des tirs contre des troupes israéliennes près de Beaufort et des attaques contre des véhicules militaires au sud de Nabatieh. Il a aussi affirmé avoir visé un char israélien près de Hadatha. Le mouvement distingue ces actions de tirs contre des civils israéliens. Israël affirme de son côté que le Hezbollah viole le cessez-le-feu et justifie ses frappes par la nécessité de neutraliser des infrastructures et des combattants. Cette divergence de lecture bloque toute stabilisation immédiate.

Beyrouth épargnée, mais toujours sous menace

La banlieue sud de Beyrouth reste en alerte, même si la frappe massive redoutée lundi n’a pas eu lieu. Le Premier ministre israélien avait menacé de viser Dahiyeh, bastion du Hezbollah, en cas de poursuite des attaques contre Israël. Cette menace a provoqué des départs et des fermetures de commerces. Mardi, des drones survolaient encore le secteur à basse altitude, selon des observations de presse. La capitale a donc échappé à une attaque majeure, mais elle n’a pas retrouvé la normalité.

C’est précisément ce point qui explique la fragilité de l’annonce américaine. Donald Trump a affirmé avoir obtenu de Benjamin Netanyahu l’engagement de ne pas envoyer de troupes à Beyrouth et, du côté du Hezbollah, une promesse de cesser le feu. Mais la formulation initiale a été rapidement contestée par les faits. Israël a continué de frapper le Sud. Le Hezbollah a poursuivi ses attaques contre les forces israéliennes présentes sur le territoire libanais. Benjamin Netanyahu a répété que l’armée israélienne continuerait d’opérer au Sud-Liban.

Washington : une quatrième session décisive

Les négociations de Washington sont donc au cœur du moment. Des délégations diplomatiques libanaise et israélienne se sont réunies mardi au département d’État américain. Il s’agit d’un format rare, car les deux pays n’ont pas de relations diplomatiques et restent techniquement en état de guerre. La session s’inscrit dans une série de rencontres entamées depuis avril. Washington veut transformer le cessez-le-feu fragile en processus politique et sécuritaire. Le département d’État a parlé de progrès sur ces deux volets et annoncé une reprise des discussions mercredi.

La délégation libanaise est portée par l’ambassadrice du Liban aux États-Unis, Nada Hamadeh Mouawad. La partie israélienne est représentée par l’ambassadeur d’Israël à Washington, Yechiel Leiter. Côté américain, la rencontre s’est tenue sous l’égide du département d’État, avec la participation de responsables de la Maison Blanche et de l’administration américaine. Marco Rubio n’a pas présidé directement la session, mais il a fixé le cadre politique : Washington veut dissocier le dossier libano-israélien des négociations avec l’Iran.

Ce découplage est contesté par Téhéran et, indirectement, par le Hezbollah. L’Iran considère que les frappes israéliennes au Liban font partie de l’équation régionale ouverte depuis l’offensive américano-israélienne contre l’Iran fin février. Les États-Unis affirment au contraire que le Liban doit être traité sur un rail distinct. Cette différence pèse sur les pourparlers. Si le Liban devient une variable dans la négociation irano-américaine, la marge de Beyrouth se réduit. Si le dossier libanais est isolé, le Hezbollah risque de rejeter un accord qui ne répond pas aux garanties exigées par son allié régional.

Des « zones pilotes » pour tester un cessez-le-feu

La piste discutée à Washington repose sur une approche graduelle. Un haut responsable libanais a évoqué des zones pilotes. Dans ces secteurs, les hostilités cesseraient, les troupes israéliennes se retireraient, puis l’armée libanaise se déploierait. L’objectif serait d’étendre progressivement ce modèle à l’ensemble du territoire libanais. L’idée répond à une difficulté pratique : personne ne semble aujourd’hui capable d’imposer immédiatement un cessez-le-feu complet. Washington cherche donc un mécanisme vérifiable, zone par zone.

Cette option comporte toutefois un risque politique. Une zone pilote peut ouvrir une voie vers le retrait. Elle peut aussi figer temporairement une présence israélienne ailleurs. Le Liban officiel veut éviter qu’un mécanisme de sécurité ne devienne une reconnaissance indirecte d’une zone tampon sous contrôle israélien. Le Hezbollah refuse de désarmer sous pression, même si le gouvernement libanais affirme lui aussi vouloir, à terme, le monopole de l’État sur les armes. Israël, lui, fait du désarmement du Hezbollah une exigence centrale.

Dans ce contexte, Nawaf Salam défend la négociation comme l’option la moins coûteuse pour le Liban. Cette formule résume le dilemme du gouvernement. Refuser de parler laisserait le terrain décider seul. Accepter de discuter expose Beyrouth aux critiques du Hezbollah et d’une partie de l’opinion, qui redoutent une négociation menée pendant que les frappes se poursuivent. Le chef du gouvernement cherche donc une ligne étroite : négocier pour réduire les pertes, sans donner l’impression de couvrir une pression militaire israélienne.

Nabih Berri conserve un rôle de passage. Le président du Parlement reste l’un des rares responsables libanais capables de transmettre des messages au Hezbollah tout en parlant aux interlocuteurs occidentaux. Le schéma annoncé par l’ambassade du Liban à Washington illustre cette mécanique indirecte : messages américains vers Beyrouth, relais institutionnel libanais, puis retour vers le Hezbollah. Cette architecture ne règle pas le problème de souveraineté. Elle montre au contraire combien l’État libanais dépend encore de médiations internes pour traduire une promesse diplomatique en décision militaire.

Au matin, l’écart entre la diplomatie et le terrain reste entier. Washington parle de progrès. Le ministère libanais de la Santé compte les morts. Les hôpitaux du Sud réparent les vitres et pansent les blessés. Les familles de Qlayaa pleurent James George Karam, Theodosia et Tony. À Marwaniyeh, la famille Hassan Abdullah est devenue un autre nom collectif de la journée. À Jibchit, deux travailleurs syriens ont été tués loin des communiqués militaires. À Toul et Harouf, d’autres victimes s’ajoutent aux listes encore incomplètes.

Le point du jour libanais ne tient donc pas dans l’annonce d’un cessez-le-feu, mais dans son test immédiat. Si les discussions de Washington débouchent sur un mécanisme territorial clair, les prochaines heures pourraient ouvrir une désescalade locale. Si Israël poursuit ses frappes autour de Nabatieh, Tyr, Marjayoun et Beaufort, et si le Hezbollah maintient ses attaques contre les troupes israéliennes engagées au Sud, le Liban restera dans cette zone grise où chaque promesse diplomatique arrive après le bruit des drones.

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