La réunion entre le Président de la Chambre Nabih Berri et le premier ministre désigné Saad Hariri. Crédit Photo: Parlement Libanais
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Nommé hier par 65 voix sur 128 députés, Saad Hariri a débuté les consultations parlementaires en vue former son 4ème gouvernement. Il s’est ainsi rendu à la rencontre du Président de la Chambre Nabih Berri au siège du Parlement au centre-ville de Beyrouth.

Certaines sources indiquent que le premier ministre désigné souhaiterait former un gouvernement restreint composé de spécialistes. Il pourrait cependant faire face à d’importantes difficultés pour obtenir le vote de confiance, certains mouvements politiques s’interrogeant sur une telle possibilité alors qu’il est lui-même un homme politique.

Aussi, face à la crise économique, le Liban manque de temps. Les réserves monétaires disponibles s’épuisent et il ne resterait plus que moins d’un mois avant que le programme de subvention à l’achat des produits de première nécessité ne s’achève.

Premier bloc parlementaire à participer à ces consultations, celui du Courant Patriotique Libre, qui sera suivi des autres blocs parlementaires.

La tâche de l’ancien premier ministre semble être compromise avec l’absence d’un soutien clair en sa faveur à l’issue des consultations parlementaires obligatoires menées par la Présidence de la République et cela en dépit de quelques surprises comme le soutien des députés du Parti Socialiste Progressiste ou encore du Parti Social National Syrien.

De leurs côtés, le Hezbollah, le Courant Patriotique Libre, le rassemblement démocratique composé par les députés Al-Walid Sukreya, Faisal Karami, Adnan Trabelsi, et Abdel-Rahim Murad, ou encore les Forces Libanaises se sont abstenus, tout comme les députés indépendants Oussama Saad et Fouad Makhzoumi s’interrogeant sur le changement réel avec cette arrivée de Saad Hariri au Grand Sérail.

Tout comme ces derniers, la rue libanaise ne pourrait pas se satisfaire de cette nomination, avec des manifestations qui ont déjà eu lieu dès hier soir pour protester contre sa candidature. Des incidents ont notamment eu lieu Place des Martyrs avec ses partisans hier soir qui ont incendié le fameux Poing, symbole de la Révolution qui l’avait fait déjà quitter le pouvoir, le 29 octobre 2019.

Le dernier gouvernement Hariri avait mis 9 mois à être constitué en raison de différents entre les partis libanais. Cette différence s’est aujourd’hui accrue en dépit de la grave crise politique que traverse le Pays des Cèdres.

Et des conflits d’intérêts à venir

Tout comme son prédécesseur, le prochain premier ministre fera l’objet d’immenses pressions tant en interne en raison de la crise social économique que traverse le pays des cèdres mais également externes, avec le refus de la communauté internationale de débloquer une aide tant que les réformes économiques, monétaires ou encore financières ne sont pas mises en place, en raison des obstacles posés par une classe politique économique qui refuse ainsi de toucher à ses propres intérêts.

La principale mission sera en effet de débloquer les négociations avec le fonds monétaire international, des négociations jugées nécessaires à l’obtention de l’aide financière visant à relancer l’économie locale. Cependant, le déblocage de ces négociations est jugé difficile en raison du refus de certains intérêts, notamment à reconnaitre l’ampleur des pertes du secteur financier.

Son action sera aussi contradictoire avec la nécessaire restructuration du secteur bancaire qui doit être menée au détriment de ses intérêts même avec 10% des actions appartenant à sa famille. Il déclarait, il y a quelques mois à peine, que la mise en état de défaut de paiement n’était pas nécessaire, ce que réfutent de nombreux spécialistes financiers et même la communauté internationale, soulignant l’épuisement prochain des réserves monétaires disponibles servant à financer l’achat à l’étranger des produits de première nécessité.

L’association des banques du Liban ou encore le gouverneur de la Banque du Liban lui-même Riad Salamé, qui bénéficiait de la protection de Saad Hariri soulignant « son immunité » sortent ainsi définitivement renforcés par cette nomination alors même que la communauté internationale s’interroge sur la capacité de réformer un système financier par les personnes qui l’ont construit jusqu’à le mener à sa perte.

Sur le plan politique, la formation du prochain gouvernement pourrait s’avérer bien plus compliquée que ce qu’estime le nouveau premier ministre même s’il a déjà fait des concessions reconnaissant par exemple devoir nommer une personnalité chiite comme prochain ministre des finances.

L’impasse politique pourrait à nouveau mener à une paralysie institutionnelle. Dès aujourd’hui, certains partis politiques exigent ainsi la rotation de l’appartenance des ministères régaliens, une chose sur laquelle Mustapha Adib avait rapidement buté avant de se retirer et contredisant donc les engagements pris par lui devant le tandem chiite.

De nombreux dirigeants politiques mais également analystes s’interrogent ainsi sur sa capacité à former un gouvernement non partisan pour reprendre ses propres mots et obtenir la confiance de la chambre alors que beaucoup de personnalités politiques possèdent des intérêts contradictoires avec les réformes à mener, tout comme lui-même.

La situation économique toujours plus chancelante

Même en cas de formation rapide du gouvernement, Saad Hariri fera face à une situation économique désastreuse dont il est en partie responsable au final par l’incapacité de ses précédents gouvernements à avoir mis en oeuvre les réformes nécessaires.

La situation économique reste justement critique, avec un Liban à la croisée des chemins. Où le système politique évolue pour finalement prendre des décisions où le système politique ne peut évoluer, tout comme le système économique, avec le risque de voir le Liban être mis à l’écart du système financier global et devenir le havre de toutes les mafias afin de pouvoir continuer à se financer.

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