« Un miracle est arrivé«  ce week-end à Tripoli, le train est entré en gare. Le G20 vieux de plus d’un siècle « est enfin arrivé à la gare ferroviaire » où une foule enthousiasmée l’attendait. Plus de 15 000 visiteurs venus des quatre coins du Liban étaient au rendez-vous, s’y promenant et surveillant au loin « la fumée noire de ce train à charbon«  qui a marqué leurs vies. Le WE du 23 et 24 Juin étaient chargés de tous les souvenirs de la gare de train de Tripoli.

Il s’agissait, en effet, de la troisième édition des Journées tripolitaines des patrimoines (JPT) que l’association française « Patrimoine Tripoli Liban » organise chaque année, plus connues sous le nom de Tourathi-Tourathak©, le nom qui désigne aussi le programme éducatif appliqué depuis déjà trois ans dans les écoles publiques du Liban-Nord, sous la tutelle du ministère libanais de l’Education.

Après les succès des deux versions précédentes – à Khan el Askar, le plus beau caravansérail de la ville, puis à la Tour des Lions, une citadelle croisée -, l’association a choisi la gare ferroviaire de Tripoli pour y organiser des manifestations culturelles diverses et variées, dont la table ronde, avec la participation des universités libanaise et la LAU, des acteurs de l’association Train Train dont la mission est de réhabiliter la voie ferroviaires au Liban et des universitaires sur les projets de réhabilitation de la gare qui a été, dans la chaufferie de la gare, le pôle d’attraction de tous les amoureux de cette gare, et ce malgré la chaleur écrasante de cette salle brute et sans climatisation.

Simultanément, une autre table ronde prenait place dans le hangar d’entretien de la gare où la styliste Rouba Mokaddem avait installé avec beaucoup de finesse sa rétrospective, « L’Intemporelle, 20 ans déjà ». Un débat d’idées a alors pris place autour de la mode et le développement durable, animé par Rita Lamah Hankash, personal-shopper, et la journaliste Hadia Sinno.

Parallèlement à cela, des expositions des travaux des élèves et des artistes occupaient  les 1000 des 100 000 m représentant la superficie totale de la gare. Les visiteurs pouvaient déambuler entre les différents pavillons pour y admirer les belles photos artistiques de l’artiste franco-libanais Haytham Daezly, une exposition intitulée « Tripoli, espaces fantômes » qui a attiré les regards de tous les amateurs de photos. Dans la salle d’à côté, le designer Christian Mouawad, redessine le caftan et le revisite avec un patchwork de tissus et de couleurs avec un talent exceptionnel, et Carole Faddoul créé de beaux sacs en crochets . Eddy Choueiri signait alors son ouvrage intitulé «  Liban sur Rails ».

Le troisième pavillon était occupé par les photos de Sara Abou Mrad, une jeune et talentueuse photographe, qui a organisé une exposition ayant pour thème la gare et a partagé cet espace avec l’artiste Nada Karam qui a présenté des aquarelles et des sculptures d’une splendeur inégalée.

La plus grande attraction fut le musée du train. Des locomotives datant de 1902 gisaient au milieu d’un hangar en ruine, mis en valeur par l’association pour l’occasion. D’heureux parents aidaient leurs progénitures à escalader les hautes marches pour les photographier à bord de la cabine du conducteur.

A l’entrée, une photo ancienne des anciens conducteurs et une belle peinture du célèbre artiste tripolitain Fadl Ziadeh, et de la photographe Hayat Nazer.

De part et d’autre, une exposition de photos anciennes et des études faites par l’association Train-Train qui milite depuis une décennie pour la sauvegarde des chemins de fer au Liban et partenaire de l’événement. Simultanément, des visites guidées gratuites étaient proposées toutes les demi-heures, menées par M. Bassam Nahas qui parcourait avec les visiteurs la station pour en montrer les curiosités.

Les sifflements de train, qui se sont fait entendre vers 19 h, ont signalé l’arrêt des tables rondes, suivis de l’hymne national libanais, puis les discours de l’inauguration de la présidente de l’association, Mme Joumana Chahal-Tadmoury, du Directeur général des chemins de fer au Liban, M. Ziad Nasr, et celui du Directeur général du ministère de l’Education, M. Fady Yarak, qui nous a permis l’application du projet éducatif dans les écoles.

De nombreuses personnalités du monde politique étaient présentes, dont les anciens ministres Dr. Ahmad Fatfat, Samir Jisr, Achraf Rifi, Raya el Hassan et Sélim el Sayegh, la députée Dima Jamali, ainsi que le député Samy Gémayel et président du parti Kataeb. Mme Nada Mikati, quant à elle, représentait le Premier ministre Najib Mikati, et un représentant du jeune député Tony Franjieh.  M. Ali Samad, DG de la Culture, et M. Abdelghani Kabbara, représentant du courant du Futur à Tripoli, étaient également présents.

Un bel hommage a ensuite été rendu aux anciens employés de la gare, et des trophées offerts en présence de M. Ziad Nasr.

L’orchestre philharmonique national a ravi, en début de soirée, l’auditoire grâce à un répertoire choisi de la musique libanaise et internationale, puis la Fête de la musique s’est poursuivie tard dans la soirée avec le chanteur national, Rabii Hajjar, qui a envoûté jeunes et grands par sa voix et son talent. Ce programme a été offert par l’Institut français de Tripoli, partenaire du projet.

Des stands de patrimoine culinaire organisés par la jeune Hoda Chmaytelli, blogueuse bien connue sous le nom de « Spoon to mouth », a enchanté les papilles ; et les stands des métiers d’art ont fait des heureux qui ont pu trouver ici et là quelques objets de cuivre rappelant notre patrimoine immatériel tripolitain, ou du savon naturel.

Le dimanche, dès 8 h du matin, de nombreux visiteurs sont venus visiter cette gare dont ils ont entendu parler la veille, bien avant l’ouverture annoncée vers  14 h.  Les mêmes expositions et visites ont été reconduites, et le programme artistique très riche a démarré avec l’arrivée du comédien Badih Abou Chacra, idôle des jeunes. Il a eu un franc succès, et après avoir fait le tour des exposants, il est monté sur scène pour clamer son amour pour la culture et la ville de Tripoli où avaient grandi ses parents. Il a présenté ensuite le défilé des caftans du designer Christian Mouawad, accompagné par la créatrice de magnifiques sacs en crochet, Carole Faddoul, sous les applaudissements et l’émerveillement de plusieurs milliers de spectateurs heureux de se retrouver au cœur de cette gare.

Un documentaire du metteur en scène, Yahya Saddik, sur cette gare a été présenté ensuite et a émerveillé les présents.

Une belle performance de la pianiste tripolitaine Nelly Akkari-Rehouli a enchanté le public avec les airs de Chopin et de Massenet qu’elle a joués avec une virtuosité sans égale.

Vint ensuite le tour de la troupe « Sada » qui a joué un spectacle d’avant-garde basé sur des interactions avec le public et des improvisations sur le ressenti des gens en rapport avec le lieu et la situation.

Le programme musical a ensuite pris place avec la Soprano tripolitaine Mona Hallab dont la voix a envoûté le public.  Le baryton Fadi Jeanbart a pour sa part ému par son talent, son charme et sa voix.

La soirée s’est terminée, vers minuit, par une superbe performance intitulée « PianoDou, improvisation sur tous les temps » créée, dirigée et accompagnée au Piano par Fadia Doumani, auteure, compositeur et interprète. La scène représentait un quai de gare où les voyageurs dont 20 artistes chantaient ensemble un message de réconciliation, d’amour et de paix. Les styles et  les voix s’entremêlaient et ont résonné bien au-delà de la gare. Il venaient de tout bord ;  Frida (auteure, compositeur et interprète ) avec Patrick à la percussion, tous deux de Beyrouth, Ziad El Dick d’El Mina, Yasser Darwich refugié de Syrie,  Hamza (14 ans) originaire de Palestine,  Mona Hallab (Soprano ) de Tripoli et Fady Jeanbart (Baryton) de Beyrouth, Mehsen Azizi (percussionniste professionnel) de Zghorta, Alma (Guitare et voix), Ramzi (Percussion et voix) et leur père Nabil Doumani (Guitare basse, activiste de l’association Train-Train et frère de Fadia) originaires de Tripoli, et enfin la troupe de danse folklorique « Fersane Loubnane » dirigée par Hussein Othman originaire de la Bekaa.

En guise de clôture du concert, « Yalla Nenchor El Salam » (Allons semer la paix) (écrite et composée par F. Doumani en 2017) et « J’entendrai siffler le train » (composée en 1962 etréécrite par F. Doumani à cette occasion – texte ci-dessus), ont été interprétées par tous les artistes qui ont mis le feu sur scène dans une symbiose extraordinaire et ont tellement ému et réjoui les visiteurs qu’ils les ont gardés jusqu’à cette heure tardive.

La présidente de l’association, Joumana Tadmouri, a clôturé la soirée en remerciant chaleureusement un à un, les sponsors, les acteurs, les membres organisateurs, les amis et visiteurs, avant de conclure sur une note positive en promettant de poursuivre les actions conduisant à des jours meilleurs pour cette gare. Elle a aussi émis le vœu que les prochaines Journées patrimoniales ne se limitent pas à deux jours seulement, regrettant de n’avoir pas eu une aide financière suffisante permettant de prolonger ces moments magiques dans un lieu qui doit ouvrir ses portes au public, afin que ces Journées ne soient pas juste des moments éphémères sans suite.

J’entendrai siffler le train

Paroles : Fadia Doumani (Tripoli, le 23 Juin 2018)
Inspirées du texte original de Jacques Plante « J’entends siffler le train » (1962) 

J’ai pensé qu’il valait mieux, retrouver l’esprit des lieux

En chantant au rythme de nos quais de gare

J’entendais siffler le train, J’entendais siffler le train

Que c’est doux un train qui siffle dans le soir

On ne peut imaginer, ces wagons, abandonnés

Et les quais, sans la cohue des « au revoir »

J’entendais siffler le train,  J’entendais siffler le train

Qu’il fait bon quand il s’éloigne des regards

Je voudrais courir vers toi, je voudrais crier pour toi

Toi qui m’avais bercé(e) dans tes souvenirs

Que c’est loin où tu iras, au plus loin que tu voudras

C’est à peine si je pourrais te retenir !

J’ai pensé qu’il valait mieux, retrouver l’esprit des lieux

Et je vois l’espoir dans vos yeux revenir

Et j’entends siffler le train, et j’entends siffler le train

J’entendrai siffler le train toute la vie

J’entendrai siffler le train de Tripoli

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