L’Organisation des Nations Unies(ONU) s’apprête à nommer  dans un mois, en septembre prochain, durant son assemblée générale et sur recommandation de son conseil de sécurité, son nouveau secrétaire général(le 9 ème depuis l’élection du premier,  début 1946, le  nouveau mandat débutera en janvier 2017), après les deux mandats de Ban ki-moon (dix ans) dont l’histoire ne retiendra pratiquement rien.

A part la figuration passive, on n’a pas l’impression qu’il a pu agir sur quoi que ce soit. Il n’est pas le seul d’ailleurs. Aujourd’hui nous n’avons plus de vrais décideurs car la décision devient de plus en plus aléatoire et risquée, dans un monde complexe et surmédiatisé.

Nous n’avons plus des acteurs, qui agissent sur les événements avec une vraie vision mais des acteurs, qui se conforment à des attentes prudentes, qui remplissent des rôles préétablis et répétitifs  .D’où la prolifération en parallèle, du discours populiste antisystème qui critique, se révolte, surenchérit mais ne propose rien non plus. C’est soit le dirigeant coincé par la réalité qu’il ne maîtrise plus, soit celui qui en vociférant, prétend tout changer. Le monde lui-même  a changé et nous n’avons plus ni les clés, ni les codes, ni les grilles de lectures, ni les solutions adaptées. Comment comprendre idéologiquement, notre monde d’aujourd’hui ? Comment appréhender efficacement et globalement, la mondialisation ?

Les élections se succèdent autant au niveau des nations qu’au niveau des instances internationales, en n’apportant rien de nouveau : un clou chasse l’autre mais le discours ne se renouvelle plus. L’idéologie qui est la dimension culturelle (cognitive, morale et normative), d’une institution sociale ou d’un  système de pouvoir, est essentielle pour l’action car elle fonde, notre façon de voir le monde. Or face à la révolution spectaculaire et inimaginable, des moyens de communication et à toutes les transformations, dont nous avons bénéficié et  que nous avons subies, avec la mondialisation, nous ne parvenons plus à nous situer.

Quel est le cadre conceptuel et idéologique de notre monde d’aujourd’hui ? Peut-on le gérer à travers le système actuel des  nations unies alors que la notion restrictive de nation est elle-même remise en question ?

Certes le nationalisme exacerbé crée la guerre car tout en structurant et en préservant, il développe un instinct de survie salutaire, qui ne tarde pas à se transformer, en instinct de puissance .Mais pour quelles valeurs culturelles et quels idéaux, sommes nous prêts encore  à nous battre et à donner notre vie ?

Comment évoluer dans ce monde interférent, à travers les nouveaux moyens technologiques  avec un espace public aussi saturé ? Qui peut encore prétendre être décideur ou leader d’opinion puisqu’à travers les médias sociaux, la démocratie a placé tout le monde  presque au même niveau ?

 A moins d’être un dictateur féroce qui continue à évoluer, dans un système idéologique dépassé, verrouillé et qui prend son peuple en otage. Ce sont surtout les démocraties occidentales qui se retrouvent le plus désarmées car ayant tout fondé sur l’individu, la cohésion du groupe et des causes collectives viennent à leur manquer. Les mondiaux de football et les jeux olympiques ne peuvent pas résoudre toutes les crises politiques. (C’étaient uniquement des trêves entre les cités grecques, y compris lors de leur création  dans l’antiquité).

Depuis la chute du mur de Berlin et de l’idéologie communiste, nos décideurs politiques  ne semblent plus avoir des causes à défendre. Et surtout on a l’impression que les hommes au pouvoir suivent l’évènement au lieu de le prévenir. Ils réagissent (ou pas) plutôt qu’ils n’agissent et passent leur temps à produire, des discours de circonstance ou de commémoration et des communiqués de presse.

Dans notre monde d’aujourd’hui les cultures sont devenues des idéologies et les conflits politiques sont essentiellement  des  conflits culturels. Comment réunir entre elles aux nations unies toutes ces cultures en tant qu’identités (langues, races, religions et mœurs) et non uniquement en tant que patrimoines et territorialité ? Et accepter le pluralisme culturel sans préjugés tant au niveau national qu’au niveau  international (mondialisé) ?

Ce que nous espérons attendre du nouveau secrétaire général des nations unies, plutôt que d’évoluer dans une bulle surprotégée, c’est d’apporter si possible, sept décennies après sa création, une nouvelle vision ample  du monde, qui prenne en considération son interdépendance, son expansion démographique et  sa mobilité.