Après plusieurs semaines de pénuries, le gouverneur de la Banque du Liban, Riad Salamé, a finalement admis devant le haut conseil de La Défense ne plus pouvoir subventionner l’achat de carburants, amenant de facto à la fin des subventions accordées à ce secteur pourtant essentiel, indique la chaine de télévision Al Jadeed.

La fin du programme de subvention était attendue pour la fin de l’été avait pourtant promis Riad Salamé après une réunion, il y a un mois et demi au palais présidentiel de Baabda, durant laquelle avait été décidé, en contrepartie, la modification de la parité utilisée dans le cadre de ce programme qui est ainsi passé de 1507 LL/USD à 3900 LL/USD.

Pour leur part, les autorités libanaises s’étaient engagées à maintenir ce programme jusqu’à la mise en place du programme de rationnement aux populations les plus vulnérables.

Faute de financement, le prix accordé au carburant devrait s’aligner sur les prix mondiaux, soit équivalent aujourd’hui à 15 ou 20 dollars selon le type d’essence, provoquant ainsi une nouvelle hausse de l’inflation au Liban.

Cette information intervient également alors que plusieurs hôpitaux ont déjà indiqué manquer de fioul pourtant nécessaire au fonctionnement de leurs générateurs en raison des coupures chroniques de l’électricité publique, rationnée à hauteur de 4 heures par jour après que la Banque du Liban ait échoué à également financer le mazout nécessaire aux centrales. Ainsi, l’EDL n’est plus en mesure d’assurer que 800 Mgw de production contre une demande qui dépasse 3000 Mgw et une capacité de production de seulement 2000 Mgw.

Une conséquence en cascade, le prix des abonnements des générateurs devrait également s’envoler.

Pénurie de Médicaments et un risque de voir le prix du pain s’envoler

Désormais, les yeux se tournent vers les secteurs des médicaments ou encore de la fabrication du pain.

Concernant les boulangeries, le prix du pain est ainsi indexé sur plusieurs facteurs dont le prix du fioul mais également sur le prix de la farine également subventionnée par la Banque du Liban. En cas d’arrêt de ces subventions, le prix du pain pourrait également s’envoler. Au Nord du Liban les minotiers ont déjà annoncé la fermeture de leurs établissements. Ils devraient être suivis par les boulangeries.

Chose encore plus critique, les patients souffrant de maladies chroniques, voire même de cancers, trouvent de plus en plus de mal à obtenir leurs médicaments.

Pour rappel, la banque centrale indiquait hier avoir déjà payer 536 millions de dollars d’importation de médicaments au 30 juin 2021, alors que la valeur soumise pour approbation préalable était estimée à 445 millions de dollars. La facture totale des importations atteindrait donc à cette date, 1.5 milliards de dollars alors que la Banque du Liban aurait financé pour 1 173 millions de dollars de médicaments en 2020. Par conséquent, la BdL n’aurait pas réglé un solde de 445 millions de dollars jusqu’à aujourd’hui, même si elle avait accepté de poursuivre le programme à hauteur de 50 millions de dollars par mois, contre une demande de 150 millions de dollars à l’origine, une chose qui, pour l’heure, n’aurait pas été mise en oeuvre par la banque centrale.

Un programme dont les heures étaient déjà comptées

Pour rappel, le programme de subvention devait s’achever fin avril pour les carburants et fin juin prochain pour les produits comme les médicaments ou encore la farine, selon une lettre du gouverneur de la banque du Liban, Riad Salamé, adressée en mars dernier au ministre des finances Ghazi Wazni, faute de réserves monétaires disponible pour continuer à le financer. On ignore pour le moment comment la Banque du Liban a réussi à poursuivre le programme sans en retardant l’approbation de certaines lignes de crédit notamment pour l’achat de carburants et de fioul.

Le coût du programme était de 700 millions de dollars durant la période précédentes à la crise actuelle. Il est tombé à 500 millions de dollars actuellement, soit 6 milliards de dollars par an dont 3 milliards de dollars pour les carburants seulement. Des interrogations portent également sur la réalité des 16 milliards de dollars de réserves brutes de la Banque du Liban principalement constituées par les sommes disponibles par les 15% de réserves obligatoires sur les dépôts bancaires. 

La mise en place d’un programme de cartes prépayées serait cependant tributaire de l’approbation par le parlement puisqu’il s’agirait alors d’un prêt annuel pour un montant d’un milliard de dollar de la Banque du Liban contre 6 actuellement. Ce programme serait à destination de 800 000 familles maintenant.

En effet, plus de 75 % de la population se trouverait aujourd’hui vivant en dessous du seuil de pauvreté, soit avec moins de 6 dollars par jour. Le taux d’inflation aurait même atteint 155 % au cours de l’année 2020, les prix de certains produits essentiels mais non subventionnés ayant même atteint une hausse de 400%, alors que la livre libanaise aurait perdu plus de 90% de sa valeur depuis octobre 2019. 

En mars dernier, le ministre sortant des finances Ghazi Wazni a, pour sa part, estimé qu’il s’agirait de réduire le nombre de produits subventionnés de 300 à 100 produits, de réduire les subventions accordées à l’achat de carburants et de médicaments et à instaurer une carte de rationnement en faveur de 800 000 familles, induisant une réduction annuelle de moitié les subventions actuelles qui passeraient de 6 à 3 milliards de dollars. 

La mise en place d’un programme de cartes prépayées serait cependant tributaire de l’approbation par le parlement.

La création de ce programme de filet de sauvetage visant à remplacer le programme de subvention a été adopté par le parlement libanais le 12 mars dernier et signé par le Président de la République le 8 avril avant d’être publié dans le journal officiel. 

Ce programme vise à mettre en place une carte de paiement prépayée qui serait ainsi remise aux foyers vulnérables à la crise économique. Elles recevraient ainsi 100 000 Livres par mois par personne environ durant un an, souhaitait la Banque du Liban alors que la Banque Mondiale avait indiqué exiger que ces sommes soient rendues disponibles au taux réel de la monnaie locale.

50% du programme de subvention aux carburants

Les carburants représentent à eux seuls, 50% du programme de subvention de la Banque du Liban a indiqué le ministre sortant de l’énergie. En dépit d’une augmentation du prix de l’essence plus de 50 % au Liban, un bidon d’essence coûte trois dollars environ alors qu’au Syrie, le même bidon coûterait entre 7 à 13 dollars, amenant à un trafic entre les 2 pays, ce qui pourrait amener à une inversion des flux de contrebande entre les 2 pays.

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