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Le gouverneur de la Banque du Liban a réitéré son opinion selon laquelle le Liban n’est pas en faillite, estimant que les foyers libanais possèderaient plus de 10 milliards de dollars cash. Riad Salamé a également annoncé le lancement d’une crypto-monnaie libanaise en 2021.

Riad Salamé, dont le rôle à la tête de la banque centrale est très critiqué aujourd’hui, s’est ainsi défendu, estimant qu’il s’agit de mettre en place un système visant à restaurer la confiance envers les banques et à préparer une digitalisation de la circulation de l’argent d’ici 2020 sur les marchés locaux et à l’étranger. Il s’exprimait devant une délégation de l’association des déposants libanais.

Selon le responsable de la banque du Liban, la situation aurait été induite par le coronavirus dont le premier cas s’est déclaré au Liban en février 2020 et par la situation de défaut de paiement en mars 2020 ce qui aurait affecté selon lui les flux financiers entrants. il a cependant fait ainsi l’impasse sur l’inversion des flux en janvier 2019, le début de pénurie de devises étrangères en mai de cette même année ou encore à la mise en place d’un contrôle informel des capitaux par l’Association des Banques du Liban en novembre 2019.

Le Liban n’est pas en faillite, estime ainsi Riad Salamé qui met en compte les difficultés actuelles du système financier sur les crises régionales et « une campagne visant le secteur financier ainsi que l’accumulation des déficits des comptes courants ou du budget public ». Il n’a pas évoqué les opérations d’ingénieries financières qu’il a menées entre 2016 et 2018 qui ont gonflé artificiellement les profits des banques à hauteur de 16 milliards de dollars financés par les réserves monétaires de la Banque du Liban ni les pertes de la banque centrale elle-même en raison de la couteuse politique de maintien de la parité entre livre libanaise et dollar ces 25 dernières années. Ces pertes ont été maquillées par l’enregistrement de profits fiduciaires dont les montants étaient unilatéralement décidés par lui.

Ces différents aspects du dossier font actuellement l’objet d’un audit juricomptable mené à la demande du gouvernement Hassan Diab par le cabinet Alvarez & Marsal. Pour rappel, le gouverneur de la BdL n’aurait répondu qu’à 43% des questions posées par le cabinet, se réfugiant sous la législation du secret bancaire, alors que les experts juridiques estiment ce motif invalide dans le cadre actuel.

Riad Salamé a cependant reconnu qu’il existe une importante différence entre taux officiels de la livre libanaise et taux au marché.

Cependant, il estime que 90% de la monnaie en circulation aujourd’hui se fait via le système bancaire, contenant pour l’heure le taux d’inflation, semblant oublier que ce taux a toutefois atteint plus de 124% selon le ministère de l’économie.

Toujours concernant le système bancaire, ce dernier a été maintenu à flot par la Banque du Liban qui aurait fourni d’importantes sommes sous forme de prêts tant en dollars qu’en livres libanaises. Cependant, les Banques, rappelle-t-il, doivent appliquer de manière stricte les circulaires de la banque centrale.

Il s’agit pour les banques et leurs actionnaires d’augmenter les fonds propres des établissements à hauteur de 20% des fonds totaux, de permettre le retour de 15% à 30% des fonds transférés à l’étranger ou encore de 3% des fonds présents au sein de banques correspondantes. Les banques qui ne respecteront pas ces obligations pourraient être acquises par la Banque du Liban, souligne-t-il.

Cependant, une circulaire impliquant déjà une hausse du capital à 20% des fonds propres avait déjà été adoptée l’année dernière et était parvenue à expiration en juillet 2020 sans avoir eu de conséquences sur les banques jusqu’à présent, la Banque du Liban s’étant contentée de publier une nouvelle réglementation prolongeant ce délai à février 2020.

Enfin, Riad Salamé s’est prononcé, pour l’heure contre la vente de l’or détenu par la Banque du Liban, estimant qu’il s’agit d’un des seuls actifs qui peut être vendu sur les marchés étrangers en cas de « crise grave inévitable ».

Pour rappel, le plan publié par l’Association des Banques du Liban prévoit la vente ou la mise en hypothèque de l’or de la Banque du Liban pour échapper à l’annulation des actions détenues par les actionnaires actuels afin de couvrir les importantes pertes du secteur bancaire.

Le Liban cumule les crises

Le Liban est, désormais, confronté à plusieurs crises, crise économique, crise liée au coronavirus, et désormais crise liée à l’explosion du port de Beyrouth, à laquelle s’ajoute désormais une crise politique en raison de la démission du gouvernement Hassan Diab.

Pour l’heure, le déblocage de l’aide internationale est conditionné au résultat des négociations entreprises avec le FMI qui exige que se soient mises en place des réformes nécessaires, les réformes économiques et monétaires notamment. En effet, de nombreuses sources ou encore personnalités impliquées dans le dossier multiplient les déclarations indiquant que la communauté internationale n’accordera « pas de chèque en blanc au Liban », suite au non-respect par Beyrouth de ses promesses et de son engagement à effectuer les réformes nécessaires à la relance économique déjà lors des conférences Paris I, II et III dans les années 2000.

La crise du secteur bancaire, bien que maquillée par les opérations d’ingénieries financières menées par la Banque du Liban, avait débuté bien plus tôt, en dépit des profits colossaux annoncés par les banques libanaises jusqu’à l’année dernière. En réalité, la Banque du Liban a ainsi reversé près de 16 milliards de dollars entre 2016 et 2018, vidant ainsi une grande partie de ses réserve monétaires en faveur des établissements bancaires.

Sur le plan économique, la crise qui a débuté en 2018 s’est révélée au grand jour durant l’été 2019 avec une pénurie en devises étrangères pourtant nécessaires à l’achat de produits de première nécessité notamment. Cependant, un inversement des flux financiers avait été constaté dès janvier 2019. Cette crise s’est ensuite accentuée suite à l’imposition de manière unilatérale par les banques libanaises d’un contrôle des capitaux, bloquant ainsi l’accès aux comptes.

Par ailleurs, la dégradation des conditions socio-économiques a abouti à de nombreuses manifestations dès octobre 2019, les manifestants dénonçant une classe politique considérée comme corrompue et en exigeant le départ.

Après la démission de l’ancien premier ministre Saad Hariri, le 29 octobre 2019, un nouveau gouvernement présidé par son successeur Hassan Diab a été constitué le 17 janvier 2020. Dès mars, les autorités libanaises ont annoncé un état de défaut de paiement sur les eurobonds arrivant à maturité. Par ailleurs, le Liban a ouvert les négociations avec le FMI en vue d’obtenir une aide économique d’un montant espéré de 10 milliards de dollars.

Cependant, les négociations, aujourd’hui suspendues, ont rapidement achoppé sur la capacité des autorités libanaises à mener les réformes nécessaires pour le déblocage de l’aide internationale ainsi que sur le dossier du chiffrage des pertes du secteur financier. Les autorités libanaises estiment ainsi que ses pertes atteindraient 241 000 milliards de livres libanaises sur la base d’un taux de change de 3600 LL/USD, soit 80 milliards de dollars environ, ce que refusent les banques locales via l’association des banques du Liban ou encore la Banque du Liban elle-même.

L’association des banques du Liban a ainsi activé ses relais présents au sein du parlement via la commission parlementaire des finances et du budget. Cette dernière, où sont présents certains actionnaires et représentants de banques locales, n’ont chiffré les pertes financières qu’à 81 000 milliards de livres libanaises sur la base d’un taux de change de 1507 LL/USD.

Désormais, ce chiffrage des comptes de la Banque du Liban devrait être mené par les cabinets Alvarez & Marsal pour l’audit juricomptable et par KPMG et Oliver Wyman pour l’audit normal. Pressenti dans un premier temps pour mener l’audit juricomptable, le cabinet Kroll, spécialisé dans la matière a été écarté suite aux pressions du président de la chambre Nabih Berri, estimant l’entreprise liée à l’état hébreu.

Parallèlement, l’association des banques du Liban a présenté un plan de sauvetage rejeté par le FMI et les autorités libanaises, prévoyant la vente d’une partie de l’or du Liban et la session pour une durée déterminée de biens publics. Ce plan est également rejeté par les spécialistes qui estiment que la vente de biens publics ne pourrait se faire qu’en les bradant en raison des circonstances actuelles.

Certaines sources évoquent désormais des pertes pour le secteur financier qui dépassent les 100 milliards de dollars, estimant que le Liban nécessiterait désormais un plan de relance de 63 milliards de dollars mais que seulement 26 milliards au maximum sont disponibles. Selon ces mêmes sources, toutes les banques libanaises sont aujourd’hui insolvables.

La situation économique s’est, par ailleurs, encore dégradée avec la détérioration de la valeur de la livre libanaise et la mise en place de différents taux de change : taux de change officiel à 1507 LL/USD, taux de change dit du-marché pour les agents de change ou encore certaines entreprises fixées par la banque du Liban, aujourd’hui à 3900 LL/USD et taux de change au marché noir, qui a fluctué jusqu’à atteindre les 9000 LL/USD, au mois de juin.

Enfin, l’explosion du port de Beyrouth, qui a ravagé également une grande partie de la capitale libanaise, a encore aggravé la situation, avec des dégâts estimés entre 10 à 15 milliards de dollars.

Ainsi, si le taux de croissance du produit intérieur brut est estimé à -14 % avant cette explosion, de nouvelles estimations font état d’une récession économique de – 24 % en 2020.

Parallèlement, le Liban est également touché par le coronavirus. Les mesures prises par les autorités se sont révélées être aujourd’hui insuffisantes et le pays des cèdres risque de perdre le contrôle de l’épidémie, avec une augmentation quasi incontrôlée du nombre de cas, notamment après l’explosion du port de Beyrouth. Désormais, les capacités hospitalières actuelles sont saturées depuis 2 semaines, amenant également à l’augmentation du nombre de décès depuis la fin du mois d’août.

Pour l’heure, certains experts proches du dossier notent avec inquiétude que les intérêts politico-économiques sont plus importants pour certains partis que l’intérêt général à bénéficier d’une aide économique face à la crise, jusqu’à estimer que les divisions traditionnelles des partis politiques se sont effacées au sein du parlement en faveur du parti des banques et des autres.

Aussi, certains de ces intérêts seraient allés même jusqu’à menacer d’une guerre civile si les réformes demandées par la communauté internationale étaient menées. Cependant, celle-ci demeure ferme sur ce dossier.

Lors de son déplacement au Liban à l’occasion du centenaire de la proclamation de l’état du Grand Liban, le 1er septembre 2020, au lendemain de la nomination de Mustafa Adib comme premier ministre, le président de la république française aurait ainsi remis aux dirigeants libanais, une feuille de route pour la mise en place des réformes économiques jugées nécessaires et en premier lieu, un diagnostic des pertes de la Banque du Liban. Cette feuille de route prévoyait également la mise en place d’ici 2 semaines, d’un gouvernement capable de mener ces réformes. Cependant, 15 jours après, suite à l’expiration du délai imparti, les autorités libanaises semblent avoir échoué à la mise en place d’un nouveau cabinet, suite notamment à l’annonce par Washington de sanctions économiques visant Ali Hassan Khalil, bras-droit de Nabih Berri et ancien ministre des finances, les autres partis politiques ayant accepté le principe de rotation des portefeuilles ministériels régaliens, à savoir la défense, l’intérieur, les affaires étrangères et les finances.

Le 21 septembre 2020, le président de la République estime que le Liban se dirige actuellement « en enfer » en raison de la dégradation des conditions sociales et économiques, reconnaissant par ailleurs que les réserves de la Banque du Liban – subventionnant actuellement l’achat de produits de première nécessité – seront épuisées d’ici peu.

Le 26 septembre, prenant donc acte de son échec, le premier ministre désigné annonce sa démission depuis le perron du Palais de Baabda, plongeant un peu plus le Liban dans la crise.

Pour sa part, le gouverneur de la Banque du Liban Riad Salamé annonce, au mois d’août, la fin des subventions aux produits essentiels d’ici 2 à 3 mois en raison de la diminution des réserves monétaires de la Banque Centrale.

Cette annonce intervient alors que les négociations avec le Fonds Monétaire International sont toujours suspendues et que se déroule un audit juricomptable de la Banque du Liban.

Coup de tonnerre, le cabinet d’Alvarez & Marsal annonce son retrait de la procédure d’audit juricomptable, le 20 novembre 2020 après que la Banque du Liban ait refusé de répondre à 57% des questions posées, sous le prétexte du code du crédit et de la monnaie ou encore des législations liées au secret bancaire, plongeant le Liban dans l’incertitude. En effet, cet audit est désormais considéré comme essentiel pour l’obtention de l’aide de la communauté internationale. Le ministère des finances ou encore celui de la justice estimaient que le contrat ne violait pas les textes en vigueur.

Dans son allocution prononcée à l’occasion de la 77ème commémoration de l’indépendance du Liban, le Général Michel Aoun indique que la procédure devrait pourtant aller jusqu’au bout et envisage donc le recours au parlement pour forcer la Banque du Liban a obtempérer alors que le gouverneur de la Banque du Liban Riad Salamé se trouverait à Paris afin, indiquent certaines sources, de trouver un accord avec la France, chef de file de la communauté internationale qui reste jusqu’à présent intraitable sur la nécessité de mener un audit juricomptable des comptes de la banque centrale.

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