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Sud-Liban : 30 morts et 80 cibles frappées

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Le Sud-Liban a connu vendredi 19 juin une nouvelle vague de bombardements israéliens, malgré l’accord censé ouvrir une désescalade régionale. Le bilan libanais est porté à 30 morts. Israël affirme avoir visé plus de 80 « cibles » au Sud-Liban et deux centres de commandement dans la Békaa, après une embuscade du Hezbollah qui a tué quatre soldats israéliens près de Kfar Tebnit.

Le Sud-Liban a connu vendredi 19 juin une nouvelle journée de guerre, malgré l’accord censé installer une désescalade régionale. Le bilan libanais est désormais porté à 30 morts après une série de frappes israéliennes concentrées sur Nabatiyeh, ses environs et plusieurs secteurs du Sud. L’armée israélienne affirme avoir visé plus de 80 « cibles » liées au Hezbollah, dans la zone dite de sécurité et au-delà. Elle dit aussi avoir frappé deux centres de commandement dans la Békaa, où des membres du Hezbollah auraient été présents.

Cette opération intervient après la mort de quatre soldats israéliens dans une embuscade revendiquée par le Hezbollah près de Kfar Tebnit, dans le secteur de la colline d’Ali al-Taher. Parmi les militaires tués figure Dor Gedalia Ben Simhon, commandant du 52e bataillon de la 401e brigade blindée. Le Hezbollah affirme avoir détruit trois chars Merkava avec des missiles guidés, puis avoir frappé une force venue évacuer les victimes israéliennes. La riposte israélienne a été immédiate et massive. Au Liban, elle est perçue comme une nouvelle remise en cause de l’accord et comme un signal inquiétant sur les intentions israéliennes au Sud.

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Nabatiyeh frappée de nuit et au matin

Les bombardements ont commencé dans la nuit et se sont poursuivis dans la matinée. La région de Nabatiyeh a été la plus touchée. Des frappes ont été rapportées sur la ville, sur ses entrées, sur des quartiers résidentiels et sur des localités voisines. Kfar Tebnit, Kfar Sir, Harouf, al-Doueir, al-Charqiyé, Jibchit, Adchit, Toul, al-Qsaybeh, Kfar Dajjal, Kfarjouz, Kfar Roummane, Zibdine, Nabatiyeh al-Fawqa, Habbouch, Sajd et les hauteurs du Rihane figurent parmi les zones citées dans les informations locales et régionales.

Cette géographie montre l’ampleur de l’opération. Les frappes n’ont pas visé un seul point de contact militaire. Elles ont couvert un espace vaste, urbain et villageois, où vivent encore des habitants et où circulent des secouristes. À Harouf, une frappe sur une zone habitée a provoqué un bilan lourd. Entre al-Charqiyé et al-Doueir, une maison a été touchée dans le secteur d’al-Achamiya. À al-Doueir, un drone a visé une moto près de la municipalité. D’autres tirs ont été signalés sur des axes utilisés par les habitants et les équipes d’urgence.

À Nabatiyeh, la guerre se déroule dans une ville qui reste un centre de services pour tout le Sud. Les hôpitaux, les commerces, les routes et les bâtiments publics y jouent un rôle essentiel. Lorsqu’un bombardement touche cette zone, il ne détruit pas seulement une cible annoncée. Il perturbe l’accès aux soins, retarde les ambulances, coupe des trajets et pousse de nouvelles familles au départ. La ville devient ainsi le symbole d’un accord contredit par les faits.

Trente morts et un bilan encore incomplet

Le bilan de 30 morts côté libanais marque une aggravation brutale. Les premières annonces faisaient état d’au moins 18 morts et de plusieurs dizaines de blessés. Le chiffre a ensuite augmenté avec l’accès progressif des secours aux zones touchées. Les autorités sanitaires libanaises ont également signalé de nombreux blessés. Les hôpitaux de la région ont dû absorber une nouvelle vague d’urgences dans un système déjà fragilisé par la crise économique et par des mois de conflit.

Le nombre de morts peut encore évoluer. Dans les bombardements de grande intensité, les bilans restent provisoires jusqu’à la fin des opérations de secours. Des corps peuvent rester sous les décombres. Des blessés graves peuvent succomber après leur transfert. Certaines familles sont aussi difficiles à joindre lorsque les réseaux, les routes ou l’électricité sont touchés. La publication des noms exige donc une confirmation par les municipalités, les hôpitaux ou les familles.

Une identité a été annoncée : Mahmoud Choueib, membre de la Défense civile au centre d’al-Doueir, tué avec des membres de sa famille dans une frappe visant le secteur d’al-Charqiyé. Son nom donne un visage à un bilan souvent réduit à des chiffres. Il rappelle aussi que les secouristes ne sont pas seulement exposés pendant leurs interventions. Ils vivent dans les mêmes villages que les habitants qu’ils tentent de sauver. Leur mort souligne le niveau de danger qui pèse sur les structures de secours au Sud-Liban.

La version israélienne : 80 objectifs et la Békaa visée

L’armée israélienne présente les frappes comme une réponse à des violations répétées du cessez-le-feu par le Hezbollah. Dans ses communiqués, elle affirme avoir frappé plus de 80 centres de commandement, positions de lancement, combattants et infrastructures dans la région de Nabatiyeh et dans d’autres zones du Sud. Elle dit également avoir éliminé des dizaines de membres du Hezbollah opérant dans ces sites.

L’armée israélienne affirme aussi avoir visé deux centres de commandement dans la Békaa, pendant que des combattants du Hezbollah s’y trouvaient. Elle ajoute que ses soldats poursuivent leur mission dans le Sud-Liban, avec un accent mis sur le démantèlement d’infrastructures souterraines stratégiques construites, selon elle, par le Hezbollah dans la zone du Beaufort. Cette mention du Beaufort est importante. Elle montre que l’opération israélienne ne se limite pas à une riposte ponctuelle. Elle s’inscrit dans une campagne plus large contre des structures que l’armée israélienne dit vouloir détruire durablement.

Israël affirme enfin avoir identifié dans la nuit des tirs de roquettes vers ses soldats opérant au Sud-Liban. Selon sa version, deux combattants auraient fui la zone de lancement à moto avant d’être tués par une frappe. Le lanceur aurait ensuite été détruit. Ces éléments forment le récit officiel israélien : une réponse à des attaques du Hezbollah et à des violations du cessez-le-feu. Au Liban, ce récit ne suffit pas à effacer l’autre réalité, celle des morts, des maisons touchées, des routes dangereuses et de la poursuite d’une présence militaire étrangère.

Le Liban face à un accord vidé de sa substance

La question centrale, pour Beyrouth, est celle de l’accord. Un règlement régional peut-il rester crédible si des frappes de cette ampleur sont menées quelques jours après son annonce ? Peut-il protéger le Liban si Israël conserve une liberté d’action militaire dans le Sud et au-delà, jusqu’à la Békaa ? Sur le papier, l’accord devait contribuer à l’arrêt des hostilités et à une baisse de la tension régionale. Sur le terrain, les avions, les drones et l’artillerie continuent de définir le quotidien.

La position libanaise repose sur un principe simple : la souveraineté ne peut pas être partielle. Israël affirme viser le Hezbollah. Mais les frappes ont lieu sur un territoire libanais, dans des villes et des villages où vivent des civils. Le Liban ne peut pas accepter qu’une zone dite de sécurité devienne une zone d’exception, où l’accord ne s’appliquerait plus. Il ne peut pas non plus accepter que la Békaa, Nabatiyeh et les villages frontaliers soient traités comme des espaces ouverts à des opérations permanentes.

Cette contradiction menace directement le règlement global. Si chaque attaque contre des soldats israéliens entraîne une vague de frappes sur plusieurs dizaines de points au Liban, l’accord devient inapplicable. Si chaque frappe israélienne provoque une nouvelle riposte du Hezbollah, la désescalade devient théorique. Le front libanais risque alors de faire échouer un arrangement régional plus large, non par une annonce officielle, mais par l’accumulation de violations, de morts et de faits accomplis.

L’embuscade de Kfar Tebnit change le rapport de force

L’embuscade près de Kfar Tebnit a donné à la journée une dimension militaire particulière. La mort de quatre soldats israéliens, dont un commandant de bataillon blindé, représente le plus lourd bilan reconnu par l’armée israélienne depuis le début de son assaut au Sud-Liban, selon des médias israéliens et régionaux. Le Hezbollah a rapidement mis en avant cette opération pour montrer sa capacité à frapper des unités israéliennes engagées sur le terrain.

Le mouvement chiite affirme avoir tendu une embuscade à une force qui avançait près d’Ali al-Taher à l’aube. Il dit avoir détruit trois Merkava au moyen de missiles guidés. Il affirme aussi avoir pris pour cible une force de secours israélienne venue évacuer les soldats tués ou blessés. Ces déclarations s’inscrivent dans une guerre de communication. Elles visent à présenter les forces israéliennes dans le Sud comme vulnérables, malgré leur supériorité aérienne et technologique.

Pour Israël, cette attaque a provoqué une pression politique immédiate. Des ministres de la droite radicale ont appelé à une escalade. Le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, a déclaré que « tout le Liban doit brûler ». Le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, a affirmé qu’il était temps de « parler avec le feu » et « d’ouvrir les portes de l’enfer ». Au Liban, ces formules sont lues comme des menaces contre un pays entier, pas comme de simples déclarations de colère.

Une rhétorique israélienne qui inquiète Beyrouth

Les propos de Ben Gvir et Smotrich ont aggravé la portée politique de la journée. Ils ne visent pas seulement une position militaire du Hezbollah. Ils désignent le Liban comme espace de punition. Pour les Libanais, cette rhétorique brouille volontairement la distinction entre une organisation armée, l’État, les villages et les civils. Elle pèse aussi sur les efforts diplomatiques, car elle donne le sentiment qu’une partie du gouvernement israélien cherche l’élargissement de la guerre plutôt que son encadrement.

Cette dimension est centrale dans la lecture libanaise. Le Liban est divisé sur le Hezbollah, sur ses armes et sur sa place dans la décision nationale. Mais ces divisions n’annulent pas le refus d’une menace visant l’ensemble du pays. Les habitants de Nabatiyeh, de Harouf, de Kfar Sir ou d’al-Doueir ne peuvent pas être réduits à des objectifs militaires. Les secouristes, les familles déplacées, les patients des hôpitaux et les enfants des villages ne sont pas des variables dans une stratégie de pression.

Le langage des responsables israéliens a donc un effet concret. Il renforce la peur d’une campagne plus large. Il alimente l’idée que les frappes ne cherchent pas seulement à répondre à une opération du Hezbollah, mais à imposer un coût collectif au Liban. Il affaiblit aussi les responsables libanais qui défendent une issue diplomatique. Lorsqu’un ministre israélien appelle à faire brûler tout le pays, les arguments en faveur de la confiance dans l’accord deviennent plus difficiles à porter.

Maroun al-Ras et le soupçon d’un fait accompli

La crainte d’une occupation durable reste présente autour de Maroun al-Ras. Des informations libanaises ont fait état d’une position israélienne nouvellement établie dans ce village frontalier, situé sur une hauteur stratégique. Le Hezbollah a affirmé avoir visé ce site ces derniers jours. Les éléments disponibles ne permettent pas d’affirmer avec certitude qu’une base permanente est déjà en construction. Mais la présence signalée d’une installation militaire israélienne dans un secteur aussi sensible suffit à nourrir l’inquiétude.

Maroun al-Ras n’est pas une localité ordinaire dans l’imaginaire du Sud. Sa position dominante, son histoire militaire et sa proximité avec la frontière en font un symbole. Toute plateforme, tout poste avancé ou toute infrastructure consolidée y serait interprété comme un signe de maintien, même si Israël parle de nécessité sécuritaire. Les habitants du Sud connaissent la différence entre une opération temporaire et une présence qui s’installe. Leur mémoire reste marquée par les années d’occupation et par les zones de contrôle imposées dans le passé.

C’est pourquoi la question de Maroun al-Ras dépasse le village lui-même. Elle renvoie à l’avenir de tout le Sud-Liban. Si Israël conserve des positions, même limitées, l’accord régional risque d’être perçu comme un gel du rapport de force plutôt que comme un mécanisme de retrait. Les déplacés ne rentreront pas durablement tant qu’ils verront des postes israéliens, des drones et des frappes autour de leurs villages.

Les civils paient le prix de la guerre des versions

Entre la version israélienne des « cibles » et la version du Hezbollah sur l’embuscade, les civils libanais restent au centre de la crise. Les habitants du Sud ne vivent pas une guerre de communiqués. Ils vivent l’attente des bilans, l’incertitude sur les routes, la peur des drones et l’angoisse de ne pas retrouver un proche. Les familles déplacées sont confrontées à des choix impossibles. Rester loin du village coûte cher et désorganise la vie familiale. Revenir expose au danger.

Les bombardements de vendredi aggravent cette réalité. Ils touchent une région déjà meurtrie par des mois de guerre. Nabatiyeh a vu ses cérémonies, ses marchés, ses écoles et ses quartiers transformés par la peur. Les villages alentour ont perdu des maisons, des commerces et des terres. Le Sud vit au rythme de l’urgence, avec des ambulances qui partent dès qu’un calme relatif le permet et des habitants qui apprennent à reconnaître le bruit des drones.

Le bilan humain ne se limite pas aux morts. Les blessés garderont des séquelles. Les enfants porteront la mémoire des nuits de bombardement. Les familles qui perdent leur maison rejoindront une population déplacée déjà très nombreuse. Les secouristes devront continuer à intervenir dans des zones où les signes de protection ne suffisent plus toujours à rassurer. Cette accumulation transforme la guerre en crise sociale durable.

Une journée qui menace toute la séquence diplomatique

La journée du 19 juin risque de peser sur toute la séquence diplomatique régionale. Les discussions liées au règlement global étaient déjà fragiles. L’escalade au Sud-Liban ajoute un obstacle majeur. Si le front libanais reste actif, aucun accord régional ne pourra être présenté comme stable. La situation est d’autant plus sensible que le conflit dépasse désormais la frontière sud : la Békaa a aussi été visée, selon l’armée israélienne, ce qui élargit le périmètre de l’affrontement.

Pour le Liban, l’enjeu est de ne pas devenir le maillon sacrifié du règlement. Un accord qui calmerait d’autres fronts tout en laissant Israël agir au Sud ne serait pas acceptable pour Beyrouth. Il renforcerait l’idée que la souveraineté libanaise reste négociable. Il donnerait aussi au Hezbollah un argument supplémentaire pour maintenir ses opérations tant que les forces israéliennes restent présentes.

Le règlement global ne pourra donc tenir que s’il répond à trois questions concrètes. Les frappes israéliennes doivent-elles cesser sur tout le territoire libanais ? Les forces israéliennes doivent-elles se retirer de toutes les positions occupées au Sud ? Les civils pourront-ils rentrer dans leurs villages avec des garanties réelles ? À Nabatiyeh, Kfar Tebnit, Maroun al-Ras et Harouf, ces questions ne sont pas abstraites. Elles déterminent déjà la prochaine nuit.

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