L’Iran durcit le ton. Selon l’agence Tasnim, citant une source informée, Téhéran pourrait annuler l’accord de cessez-le-feu de deux semaines conclu avec les États-Unis et ne pas participer aux pourparlers prévus à Islamabad si Israël continue de frapper le Liban. Cette mise en garde intervient après une journée de bombardements israéliens massifs sur Beyrouth, sa banlieue, la Békaa, Saïda et le Sud-Liban, alors même que le Pakistan, médiateur de la trêve, et l’Iran soutiennent que le Liban devait être inclus dans l’arrangement. Israël, au contraire, affirme depuis le début que le front libanais n’est pas concerné.
Une menace explicite de retrait de l’accord
D’après Tasnim, une source iranienne affirme que si les violations du cessez-le-feu se poursuivent, l’Iran annulera l’accord de trêve de deux semaines et n’assistera pas aux discussions prévues à Islamabad. La même source soutient que l’arrêt des combats sur tous les fronts, y compris contre la « Résistance islamique au Liban », faisait partie du plan approuvé, et que les frappes israéliennes menées contre le Liban depuis mercredi matin constituent une violation claire de cet accord. À ce stade, cette menace est relayée par l’agence iranienne et par des canaux proches des autorités, mais elle n’a pas encore fait l’objet d’un communiqué officiel public du ministère iranien des Affaires étrangères dans les mêmes termes.
Suivez les principaux indicateurs économiques en temps réel.
Cette nuance est importante. Ce qui est confirmé par des sources plus larges, c’est que l’Iran a accepté une trêve conditionnelle de deux semaines avec les États-Unis, que des pourparlers sont prévus à Islamabad à partir du 10 avril, et que le Pakistan présente cet accord comme incluant aussi le Liban. Ce qui reste plus disputé, en revanche, c’est le statut exact de la menace iranienne de retrait immédiat si Israël persiste au Liban. Elle s’inscrit toutefois dans une logique déjà visible : Téhéran refuse qu’Israël profite de la pause sur le front iranien pour continuer librement sa guerre contre le Hezbollah.
Le Liban au cœur de la fragilité du cessez-le-feu
Le problème central tient au périmètre même de la trêve. Israël a soutenu le plan américain de pause de deux semaines sur le front iranien, mais a immédiatement précisé qu’il ne concernait pas le Liban. Le bureau de Benyamin Netanyahu l’a dit clairement, et l’armée israélienne a répété que « la bataille continue » contre le Hezbollah. À l’inverse, le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif a publiquement déclaré que l’accord incluait aussi le Liban. Cette contradiction n’est pas un détail diplomatique. Elle touche au cœur du cessez-le-feu, puisqu’elle détermine si les frappes israéliennes au Liban relèvent d’un front séparé ou d’une violation de l’équilibre négocié.
C’est dans cet espace de désaccord que l’Iran place désormais sa pression. Si Téhéran considère que le Liban fait partie de la trêve, alors la poursuite des bombardements israéliens devient, à ses yeux, non pas une simple continuation d’une campagne distincte, mais une remise en cause directe de l’accord. Des médias internationaux ont relevé que la question libanaise est devenue l’un des principaux points de friction de la séquence ouverte par la médiation pakistanaise. Plus Israël insiste sur l’exclusion du Liban, plus Téhéran est poussé à durcir sa position pour ne pas apparaître comme ayant abandonné son allié libanais.
Les frappes israéliennes ont immédiatement ravivé la crise
La menace iranienne intervient après les plus lourdes frappes israéliennes de cette phase de guerre au Liban. Des agences internationales ont rapporté qu’Israël avait lancé ses frappes les plus intenses depuis le début du conflit actuel avec le Hezbollah, avec plus de 100 cibles annoncées à Beyrouth, dans la Békaa et dans le Sud-Liban. D’autres comptes rendus ont décrit des frappes sur des zones centrales et densément peuplées de Beyrouth, en plus des bombardements au sud et dans l’est du pays. Les autorités libanaises ont fait état de dizaines de morts et de centaines de blessés dans les premières heures, avant que d’autres bilans locaux ne s’alourdissent encore.
Dans le même temps, le Hezbollah a suspendu ses attaques, selon trois sources proches du mouvement citées par Reuters. Le groupe n’a pas formellement validé publiquement la trêve américano-iranienne, mais il n’a plus revendiqué de frappes contre Israël après l’annonce du cessez-le-feu. Cette asymétrie pèse politiquement. Elle permet à l’Iran et au Hezbollah de dire qu’ils ont respecté, au moins dans les faits, l’esprit de la désescalade, tandis qu’Israël aurait choisi de l’affaiblir en poursuivant la guerre au Liban.
Téhéran relie désormais ouvertement le Liban et Ormuz
Un nouvel élément accroît encore la pression. Selon Al Arabiya, l’Iran a annoncé que le détroit d’Ormuz resterait fermé tant que le cessez-le-feu ne serait pas respecté par Israël. Cette information n’a pas, à cette heure, été confirmée dans les mêmes termes par Reuters ou AP, qui continuent de décrire une situation où le statut d’Ormuz reste fragile, partiellement rouvert selon certains récits, mais toujours soumis à des conditions iraniennes et à de fortes incertitudes sur la navigation.
Si cette ligne iranienne se confirme, elle marquerait une escalade politique majeure. Elle signifierait que Téhéran ne sépare plus seulement le sort du Liban de la trêve avec Washington, mais qu’il relie aussi directement le respect du cessez-le-feu au régime de circulation dans le détroit d’Ormuz. Autrement dit, l’Iran ferait du Liban un test non seulement diplomatique, mais aussi énergétique et maritime. Ce serait une manière de rappeler que la désescalade régionale ne peut pas, selon lui, coexister avec une guerre maintenue contre le Hezbollah. Cette lecture reste toutefois conditionnelle tant qu’elle n’est pas confirmée par des sources plus larges.
Islamabad, prochain test de la trêve
La menace de non-participation iranienne aux pourparlers d’Islamabad donne une portée concrète au bras de fer. Les discussions prévues au Pakistan doivent précisément servir à transformer la pause militaire en début de cadre politique plus large. Si l’Iran refuse de s’y rendre, ou conditionne sa présence à un arrêt des frappes au Liban, cela signifiera que la question libanaise n’est plus périphérique mais centrale dans le devenir de l’accord. Reuters rapporte déjà que l’ambassadeur iranien auprès de l’ONU à Genève aborde ces pourparlers avec une grande prudence, dans un contexte de profonde méfiance.
Le choix d’Islamabad comme lieu de discussions n’est pas anodin. Le Pakistan a été l’un des rares acteurs capables de parler simultanément à Washington et à Téhéran dans cette séquence. Si même ce canal se bloque sur la question libanaise, cela reviendra à dire que le cessez-le-feu n’a pas résisté à son premier test régional. Le Liban, dès lors, ne serait plus seulement un front secondaire de la crise. Il en deviendrait le point de rupture.
Une trêve suspendue à la guerre du Liban
Le paradoxe est désormais complet. Le cessez-le-feu entre les États-Unis et l’Iran a été conçu pour empêcher une escalade générale, sécuriser au moins partiellement Ormuz et ouvrir des négociations. Mais, en quelques heures, la poursuite des frappes israéliennes sur le Liban a replacé la guerre du Hezbollah au centre de l’équation. Tant que cette guerre continue, l’Iran peut soutenir que l’accord est vidé de son sens. Et tant que Téhéran lie le respect de la trêve au sort du Liban, toute violation sur ce front menace de contaminer l’ensemble du dispositif.
C’est pourquoi la menace iranienne de retrait doit être prise au sérieux, même si sa formulation exacte n’est pas encore reprise mot pour mot par toutes les grandes agences. Elle révèle une réalité simple : la trêve n’est pas solidement installée. Elle repose sur un désaccord fondamental entre Israël, qui veut exclure le Liban, et l’Iran, qui entend l’y maintenir. Entre les deux, Islamabad et Ormuz deviennent les prochains indicateurs de survie ou d’échec de l’accord.


