Dans la léthargie morose où me plonge le confinement, deux pleines pages de mon quotidien francophone viennent me gifler à pleine figure. J’ai d’abord tenté de comprendre l’utilité de ces pages. À part de faire entrer du fuel dans le moteur grippé de la presse (et j’espère que les quotidiens ont facturé de l’or ces deux pages), je n’en ai trouvé aucun. Mais comme quelqu’un a pris la peine de penser et de rédiger cet affront, je sors de mon incubation pour répondre à ma modeste mesure….

Ces messieurs estiment qu’il est aujourd’hui du devoir des banques de faire preuve de franchise à leurs clients et de leur expliquer les raisons fondamentales de la crise… Ceci est la phrase inaugurale du texte. Et à elle seule cette seule phrase est une insulte. D’abord parce que aujourd’hui vient 6 mois trop tard, ensuite parce que de devoir ces messieurs n’en ont jamais eu le sens et enfin parce que ces messieurs nous ont tellement menés en bateau que la franchise dont ils se prévalent, cette nouvelle vertu dont ils veulent s’habiller, nous la leur refusons. Pour les explications qu’ils condescendent à enfin nous donner, nous ne les avons pas attendus. Nous avons découvert sur les places, dans les agoras et sur les écrans des experts qui nous ont ouvert les yeux sur la farce dont nous avons été les dupes. Et on se demande comment en présence de gens de cette qualité, de conseillers de ce calibre les banques se retrouvent dans cet état. À moins que les avis ne soient tombés dans des oreilles délibérément sourdes. Les banques ont accordé des prêts à l’Etat durant trois décennies sans regarder où partait cet argent. Alors que le citoyen ordinaire à la recherche d’un prêt se voit scruté au microscope pour étudier sa solvabilité, les banques ont ouvert des vannes d’argent à un état notoirement défaillant sans hypothèques, sans regard quelconque. Pourquoi ?

Les banques ont fait des bénéfices monstrueux. Mais elles ne veulent pas mettre la main à la poche prétextant que cet argent a été réinvesti. Où ? Comment ?

Et voilà que les banques tirent à boulets rouges sur le pouvoir politique et l’Etat qui, disent-elles, est le responsable unique de la crise, alors que les deux sont complices du crime. Mais à l’approche du châtiment c’est à celui qui vendra l’autre le premier pour sauver sa peau.

Dans ce long plaidoyer le mot confiance revient sans cesse. Or, depuis le 17 Octobre et le décillement de nos yeux, et bien avant le garrot que les banques nous ont imposé, cette confiance leur a été durablement retirée. Par leurs clients et puis par la nouvelle génération locale et expatriée qui réfléchira par deux fois avant de le leur confier leurs pécules. À moins d’une révolution interne magistrale dans leur fonctionnement et leur mode de réflexion elles ne sont pas prêtes de sortir du bourbier. De même, ces messieurs attaquent l’Etat sur sa gestion désastreuse des institutions publiques et sur l’inflation des différents secteurs. Ceci relève de la plus grande hypocrisie car proportionnellement à sa superficie et à sa démographie, le Liban connait une inflation bancaire en nombre de banques, d’agences et d’employés. C’est l’hôpital qui se moque de la charité….

Et voilà que ces messieurs en appellent à la société civile afin de relever le pays. Pour l’appâter ils font miroiter la préservation des dépôts. Dépôts bloqués depuis des mois, convoités par l’Etat dans sa tentative de redresser l’économie, dépôts dévalués. Cet appel à la solidarité et à l’union sacrée pour forcer la main de l’Etat et le sacrifier à l’autel des culpabilités aurait été le bienvenu s’il n’avait été formulé par ces messieurs. L’appel du 18 Juin, libérateur de la France  fut écouté parce qu’il émanait d’un officier inconnu à la réputation indemne de toute tache. On ne saurait en dire autant de ces messieurs dont les magouilles, les unions d’affaires et les acoquinements avec la caste politique et les sphères d’influence sont notoires.

Pour finir de nous convaincre ces messieurs brandissent la menace d’un changement du régime économique du Liban. Or sur ce point-là et c’est presque le seul, nous sommes d’accord. Aucune mutation du gène libanais du commerce et d’une économie libre ne serait viable. Toute tentative de diriger l’économie, de la plier aux désirs des uns ou des autres, proches ou lointains est vouée à l’échec. Toute tentative de brider le génie et la créativité du libanais tournera court à plus ou moins long terme. 

Oui messieurs, les libanais ont connu des épreuves au cours de leur courte vie et jamais leur solidarité n’a fait défaut.Toujours leur salut n’est venu que d’eux-mêmes et des initiatives privées.Memes si elles se sont dévoyées en cours de chemin. Aujourd’hui plus que jamais la méfiance est de mise avec l’Etat, le pouvoir et les banques. Parce que oui messieurs ce n’est pas une question de sensation. C’est une réalité amère ; nous sommes en train de mendier à vos guichets. Devant vos fonctionnaires compatissants, des vieux ayant survécu aux pires horreurs de la guerre en sont à supplier pour quelques dollars, leurs dollars, pour pouvoir acheter au moins leur pain et leurs médicaments.Sauf que dans vos tours d’ivoire vous ne nous voyez pas humiliés devant vos guichets, jetés en pâtures aux changeurs qui se jouent de nous et profitent de nos besoins. Pas plus que vous ne voyez nos enfants en Europe ou aux Etats Unis  ou ailleurs obligés de restreindre leurs besoins pour assurer leur survie. Vous nous avez pris en otages, vous nous avez plongés dans la pauvreté et la mendicité, vous nous avez jetés dans une détresse psychologique pire que la guerre et pire que tout vous nous avez pris notre fierté, fonctionnaires, enseignants, ouvriers, médecins, entrepreneurs, petits et grands et pour cela vous êtes impardonnables et perdus pour nous, pour la justice terrestre et divine.

Alors oui le changement est proche.Partout.Et il vous touchera  à vous aussi…..Car oui il faut rendre à César ce qui est à Cesar.A la différence que César c’est enfin le peuple…..Ave…..

Dr Carine Chammas

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