​Depuis quelques années, une sorte de mouvement ou de mode, que sais-je, est en train d’envahir la société libanaise d’une manière tellement sûre et évidente que l’on ne sait vraiment plus à quel saint se vouer. Une tendance qui nous est imposée par le monde du marketing à coups de matraquage publicitaire et de lavage de cerveau au point même de mettre le grappin sur notre système éducatif et académique.

​​Ce qui en résulte est loin de former un citoyen cultivé, averti et responsable, mais c’est plutôt de faire plonger davantage dans le ridicule toute une population. Ce peuple sorti d’une guerre utérine et d’années d’hégémonies accablantes, qui tente (ou ne tente plus) tant bien que mal de se récupérer une identité, mais qui finit par succomber aux charmes des modes venues d’ailleurs, aux dépends de son propre bien, inconsciemment et en toute insouciance.

Black Friday, comme s’il ne nous manquait plus de dates noires dans notre Histoire.

Depuis le début du mois de novembre, on nous bassine avec les publicités du Vendredi noir, jour où toutes les grandes enseignes locales proposent des soldes à qui mieux mieux. Ce n’est pas une première, mais cela fait déjà presque un lustre que cette épidémie a infesté le marché libanais. Je ne sais pas si on demande à quelqu’un de la masse qu’est-ce que ce fameux Black Friday, s’il saurait expliquer que ça n’a rien de libanais, que c’est une opération commerciale le lendemain du repas du Thanksgiving et pour quelles raisons bizarroïdes nous sommes en train de faire pareil dans ce bled levantin.

Mais là n’est pas le problème. Les commerçants libanais auraient pu marquer le coup d’envoi des soldes de fins d’années avant les fêtes pour arrondir leurs fins du mois, en instaurant par exemple les soldes au lendemain de l’Indépendance, ou à l’aube des fêtes, ou Dieu sait quel slogan nos agences de pub super douées auraient pu inventer, sans avoir à calquer des évènements étrangers pour que ça sonne huppé ou original, alors qu’en réalité, on apparait tels des répliques de primates. 

Sans oublier l’impact écologique néfaste entraîné par ce flux engendré par une société de consommation, mais là vraiment, on en est bien loin pour se soucier effectivement de ce grand fléau planétaire… Il suffit ici d’être « trendy », et après moi le déluge.

Halloween ou la mort de notre Sainte Barbe locale.

Il fut un temps où nos aïeux nous racontaient allègrement leurs souvenirs de la Sainte Barbe, dans la soirée du 3 décembre. On s’amusait à les imaginer dans la peau de quel personnage historique ou légendaire ils auraient pu glisser et tenté d’imiter, et comment, en faisant le tour du village ou du quartier, ils passaient un bon moment avec les amis et la famille qui essayaient de deviner qui se cachaient derrière tel ou tel déguisement. Sans oublier ni le bon bol de blé cuit orné de mille et un délices d’orient, ni les étrennes symboliques ou souvent bien généreuses.

(cliquez sur ce lien pour en savoir plus sur les traditions locales de la Sainte Barbe, du même auteur)

Aujourd’hui, rares sont ceux qui fêtent encore la Sainte Barbe parce que plus personne n’ouvrirait ses portes à des personnages déguisés qui peuvent s’avérer être des bandits ou pire, des terroristes. De surcroît, il existe des commerces et, accrochez-vous bien, un certain nombre d’écoles, qui ont gommé le « Eid el Berbara » trop local et commun, pour fêter bêtement et sans discernement la veille de la Toussaint et la veille de la Sainte Barbe en désignant les deux par Halloween – le comble des gens pseudo branchés et ignares piochant à tous les râteliers.  

L’éducation à la mode de l’oncle Sam ou le jour où la Culture s’est effondrée

« Quel est le livre d’Histoire d’une civilisation le plus fin au monde ? » tel est la petite blague qui court dans certains milieux cultivés européens, pour faire allusion à l’Histoire des USA que l’on peut dire nés de la dernière pluie ;  mais qui font, avec leur empire du dollar et de l’armement, la pluie et le beau temps dans les quatre coins du monde. Il est inutile de faire une comparaison quand il s’agit de culture ou de sciences de l’Homme, face à un pays où le marketing et la technologie cassent tout et font la loi. Pas la peine de faire un dessin non plus pour voir quel système fait des têtes bien faites et lequel fait des têtes bien pleines ou pas, mais en fin de compte des têtes à l’image d’une éponge capable de gober tout ce qu’on leur fourre dans le crâne, le tout moulé par une logique qui change au fil des saisons.

Bref, après des années de système scolaire et universitaire local, façonné selon les méthodes française et européenne, qui a certes ses aléas dans sa version nationale mais qui a quand bien même formé des hommes de sciences et de lettres de bonne renommée, et pour des raisons de marketing, la plupart des établissements éducatifs sont en train de « switcher » vers le système américain (je parle de ceux qui sont à la base francophones).

Un article ne peut avoir la prétention de dresser d’une manière logique et exhaustive un tableau comparatif de ce qui est mieux adapté au système libanais, mais il suffit de regarder autour de soi et de voir dans quels draps sommeille la culture ainsi que les capacités au pays des cèdres et le niveau universitaire de la plupart des jeunes – oui il y a des gens qui brillent mais on parle là d’exceptions plutôt que de la règle générale. Peut-être bien s’ils appliquent ce système en l’adaptant correctement au contexte libanais (et ceci prendrait des années pour une telle transformation), peut-on un jour juger ou pas de son efficacité.

Mais l’essentiel dans toute cette issue, c’est de vouloir faire comme les autres en suivant des manières de faire ou de vivre qui ne nous ressemblent point, et sans rien comprendre par-dessus le marché. Pour ne citer que cet exemple pratique, sans aller dans les choses plus sérieuses, commencer les cours fin août alors que ni les conditions météorologiques ni les traditions estivales ou des vendanges d’une partie de la population dans le secteur agricole ne le permettent, et changer ainsi tout un mode de vie du citoyen afin de suivre « the american way of life ».

Tout compte fait, le seul espoir qui reste toujours, c’est de passer un de ces jours, par un instant d’éveil, national, culturel, éducatif, social, politique et idéologique. Et ceci n’est pas près de se lancer, avec tout un peuple qui a besoin d’être formé de nouveau, ou même de zéro, à son devoir et à ses droits de citoyens, à prendre compte et conscience de son Histoire qu’il n’a toujours pas su écrire, de son patrimoine qu’il massacre, ainsi que de son identité et de sa culture qui occasionnent moult querelles byzantines. Mais on n’arrêtera jamais de le dire, l’espoir fait vivre, et toute société qui touche le bas, finira bien un jour par remonter la pente …

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Marie-Josée Rizkallah est une artiste libanaise originaire de Deir-el-Qamar. Versée dans le domaine de l’écriture depuis l’enfance, elle est l’auteur de trois recueils de poèmes et possède des écrits dans plusieurs ouvrages collectifs ainsi que dans la presse nationale et internationale. Écrivain bénévole sur le média citoyen Libnanews depuis 2006, dont elle est également cofondatrice, profondément engagée dans la sauvegarde du patrimoine libanais et dans la promotion de l'identité et de l’héritage culturel du Liban, elle a fondé l'association I.C.H.T.A.R. (Identité.Culture.Histoire.Traditions.Arts.Racines) pour le Patrimoine Libanais dont elle est actuellement présidente. Elle défend également des causes nationales qui lui touchent au cœur, loin des équations politiques étriquées. Marie-Josée est également artiste peintre et iconographe de profession, et donne des cours et des conférences sur l'Histoire et la Théologie de l'Icône ainsi que l'Expression artistique. Pour plus de détails, visitez son site: mariejoseerizkallah.com son blog: mjliban.wordpress.com et la page FB d'ICHTAR : https://www.facebook.com/I.C.H.T.A.R.lb/

2 Commentaires

  1. Le libanais est champion pour copier et plagier stupidement ce qui se fait en occident, et se croire ainsi « évolué »…
    Il ne copie d’ailleurs que les artifices, le superficiel, le  » tendance  » ou l’absurde.
    Bien rarement les initiatives utiles, bien pensées et servant l’intérêt général ou la protection des valeurs nationales…
    Tel est son pauvre destin. De perroquet…

    P.S : je suis libanais. Je sais de quoi je parle. Et je sais que ma façon de le dire, bien moins élégante que la vôtre, chère Marie-Josee, va me faire allumer.
    Car en plus, ce perroquet ne supporte jamais la critique, imbu qu’il est de se prendre pour un aigle quand il cherche platement à ressembler à un ara…
    Allah yi seméhna !

  2. Bravo Marie-jose Rizkallah pour ton article ..tu as tres bien mis l accent comment les libanais sont en train de perdre leur identite cuturelle afin de copier aveuglément le pays de l Oncle Sam..et jusqu où ira cette dérive.?

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