Non ! S’opposer aux burkinis ou autres signes ostentatoires religieux ne signifie pas être islamophobe ou raciste ! Mais, il nous faut bien l’admettre, ceux-ci révèlent une problématique bien plus profonde qu’il nous faut désormais explorer. Peut-être serait-il temps de jeter un pavé dans la mare et de souligner quelques comportements, attitudes, ou interprétations affolantes. En toute sérénité, dotés d’une volonté de dialogue fructueux et sans être taxés d’islamophobes, retirons nos œillères et faisant face aux douloureuses questions qui secouent notre pays et agitent bien des esprits.

Suite à de nombreux échanges houleux sur mon mur Facebook, j’ai extrait deux citations qui ont effrayé certains d’entre nous.
« Les moslems de France s’organisent mais entre les fachos, les racistes et les soit disant musulmans qui ont leur propre vision de l’islam, il y a du boulot », m’a expliqué une internaute qui porte la burka. Et celle-ci d’ajouter lorsqu’elle a été traitée de rétrograde : « faudra vous y faire, nous commençons à être des milliers comme-ça. » Réaction d’un autre internaute, masqué derrière un profil semble-t-il anonyme, lorsque j’évoquais un islam proche-Oriental que je connais bien, bien loin d’abriter des idées intégristes : « Florence Ka, vous parlez des pays crées par les français et les anglais… Normal qu’ils fussent moins religieux. On les a poussés à trahir l’Empire Ottoman. Mais je suis désolé, le Yémen et l’Arabie (Saoudite) ont toujours pratiqué un islam orthodoxe et le fait que d’autres pays se remettent à l’islam orthodoxe, cela vous gêne. Le monde musulman ne s’est pas radicalisé, il a juste compris qu’on était décadents…. Moi, je suis français, je sais que mon pays est un pays libre ( enfin pas vraiment ) mais je me battrai contre les gens comme vous pour que les gens soient libres à leur manière, pas à la vôtre ».

Libre à chacun d’interpréter ces propos. Mais il relève désormais d’une grande évidence que l’écart se creuse entre les français, entre les communautés, entre les musulmans eux-mêmes très probablement également.
Soyons francs, de nombreux citoyens sont très inquiets et redoutent une guerre civile. Comment ne pas l’être lorsque l’on entend ou lit de telles réflexions ? Lorsque l’on sait, par exemple, que le 30 juin dernier, le conseil d’Etat ordonnait au maire de Nice d’autoriser l’ouverture d’une mosquée, une salle de prière de 950 m2, pouvant accueillir 800 fidèles et financée par… l’Arabie Saoudite ! L’Arabie Saoudite dont nous connaissons le respect pour les valeurs laïques, la tolérance, qui applique la Charia et restreint sérieusement les droits des femmes, toutes forcées d’être voilées, auxquelles il est interdit de conduire…
Autre exemple parmi tant d’autres… Comment ne pas être effrayés par les citations de Youssef El Qardaoui, prêcheur qatari renommé et très écouté dans de nombreuses communautés musulmanes, fondateur et doyen de la première université des études et sciences islamiques, guide spirituel des frères musulmans ? « L’Islam, a expliqué cet homme, est entré deux fois en Europe et deux fois l’a quittée… peut-être que la prochaine conquête, avec la volonté d’Allah, se fera par la prédication et l’idéologie. Toute terre n’est pas obligatoirement conquise par l’épée. »

Il n’est de secret pour personne que l’Arabie Saoudite et le Qatar financent bien des projets et sont très présents en France. Leurs discours religieux sont loin de rejoindre la politique de notre pays, notre liberté, nos droits fondamentaux. Quand allons-nous donc en prendre conscience et freiner ces élans (au risque de renoncer à des apports financiers conséquents) ? Il ne s’agit pas de sombrer dans la haine qu’affichent les fascistes, loin de là ! Pas plus de stigmatiser une population entière ou de faire des amalgames hâtifs, mais de comprendre que l’idée de conquête par les mœurs, les ventres de femmes ( comme cela a souvent été dit ), est bien présente dans l’esprit non seulement des terroristes mais de certains intégristes ou salafistes, par des wahhabites également. Et, plus les tensions seront vives, plus certains se radicaliseront. Il devient urgent de débattre du sujet en toute transparence en se dotant d’une véritable volonté d’apaiser les esprits et de rétablir une neutralité bénéfique à tous.
Nos dirigeants, toutes tendances confondues, tournent-ils autour du pot, par peur, par intérêt, à des fins électorales, par ignorance ?

J’ai interviewé il y a 6 ans un homme, français, né en France, dont les parents étaient d’origine tunisienne. Cet homme a refusé de me serrer la main, a refusé que je boive du vin à sa table alors que nous étions dans un restaurant dans le sud de la France. Nous débattions alors de l’affaire de Sakineh, cette femme condamnée à la lapidation pour adultère en Iran. Lorsque je lui ai demandé s’il jetterait la première pierre à cette femme, il m’a répondu : « La Charia, c’est la charia. Bien sûr, je ne serais pas ravi de le faire, mais la loi, c’est la loi. S’il y a eu adultère, il nous faut l’appliquer. Donc, oui, je jetterais la première pierre ». Lorsque je l’ai interrogé au sujet des attentats du 11 septembre, je n’ai été que brièvement soulagée lorsqu’il m’a dit qu’il condamnait ces attentats… ce à quoi il a rajouté, « un musulman ne tue pas un autre musulman. Il fallait d’abord s’assurer qu’il n’y avait pas de musulmans dans ces tours… ». Cet homme, homme d’affaire, était habillé simplement, sans tenue vestimentaire particulière, il vivait dans la banlieue parisienne, était propriétaire d’un pavillon et de belles voitures… Ce n’est pas la vision de l’islam que j’ai toujours eue, pacifiste et généreuse, tolérante. Autant dire que j’en ai été choquée. Qui plus est dans notre pays.
Autre interview, autre exemple, un chauffeur de taxi parisien qui m’expliquait que les versets mecquois et pacifistes étaient « abrogés » par les versets médinois, ultérieurs, et bien plus durs…

Pour conclure avec l’affaire des burkinis. Sur neuf femmes qui ont été approchées par la police sur une plage de la Côte d’Azur et dont la mairie en avait interdit le port, six d’entre elles ont retiré leur burkini et se sont retrouvées en maillot de bain pour éviter d’être verbalisées et ont poursuivi leur baignade. Trois d’entre elles ont quitté la plage… Que doit-on en penser ? Provocation ? Marqueur identitaire ?

Nous avons pu le constater ces dernières années, les tenues vestimentaires musulmanes en France, les restaurants hallal, les réclamations dans les cantines, les marqueurs identitaires se sont multipliés. Dans certaines communes il a été demandé que des enfants pourtant en bas âge puissent respecter le ramadan et ne soient pas nourris pour le déjeuner. Tout cela est nouveau. Comment l’expliquer ? Pourquoi certaines jeunes filles témoignent, sous anonymat, être forcées par leurs frères ou pères à porter le voile ? Pourquoi une jeune fille de Nice s’est-elle vue agressée lors du ramadan parce qu’elle servait de l’alcool ?

Ne sont-ce pas des atteintes aux libertés ? Ne sont-ce pas les graves indices d’une « orthodoxie » ( pour ne pas dire radicalisation) plus importante ? Avons-nous vu des burkinis les années précédentes sur nos plages ? Pourquoi notre Etat, par exemple, a-t-il voulu « laïciser » le pays au point de supprimer les crèches séculaires de Noël qui enchantaient pourtant les enfants de toutes confessions ?

Peut-être serait-il temps d’entrer dans le vif du sujet et d’en débattre sereinement avant d’atteindre un point de non retour et des conflits sans précédent. Encore une fois, j’ai de nombreux amis musulmans, j’ai grandi au Liban avec des musulmans, je leur voue une grande affection… mais jamais, même en temps de guerre, un tel écart culturel et cultuel ne s’est creusé, jamais nous n’avons vu une telle radicalisation. Comment rétablir un dialogue et nous éviter ces doctrines destructrices pour tous ?


mouans 2014Florence Ka

Ancien journaliste, auteur deux romans  » Et les larmes d’or jaillirent…  » et « Ton jihad et le mien », publiés aux éditions Ovadia.

Florence est née et a vécu plus de trente au Liban.