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On assiste ces derniers jours à une série de déclarations d’organismes économiques qui accusent les autorités sanitaires d’être à l’origine de la presque totalité des problèmes auxquels font face les secteurs productifs en raison des mesures de confinement liées à l’épidémie du coronavirus, comme s’il s’agissait de choisir entre santé et aspect pécunier. Un vrai dilemme moral posé à de nombreuses personnes.

Que cela soit le gouverneur de la Banque du Liban imputant la crise à l’état de défaut de paiement qui aurait nui aux flux financiers entrants comme si une personne rationnelle aurait investi au Liban avec prenant le risque de voir ses capitaux captifs en raison du contrôle des capitaux, ou encore des organismes économiques comme la chambre de commerce de Beyrouth ou celle de Tripoli et l’Association des Industriels qui dénoncent le secteur hospitalier, pourtant mal-en-point par les délais de remboursement des dettes de l’état et qui montent à 1.3 milliards de dollars depuis des années. Si certains établissements ne font que faire face aujourd’hui à des difficultés financières, les hôpitaux y font face, eux depuis bien des années.

C’est vite oublier certains détails importants comme le fait que la récession économique a débuté dès 2018, que les flux financiers se sont inversés en janvier, que la pénurie de devises a débuté durant l’été 2019, avec notamment les pénuries d’essence ou encore l’imposition par les banques d’un état de contrôle informel dès novembre 2019.

La crise économique est bien antérieure à la crise du coronavirus, même si cette dernière a contribué à une dégradation complémentaire. Il serait mal-aise aujourd’hui de faire la différence d’une dégradation de l’économie liée à la crise financière elle-même, au coronavirus ensuite ou encore aux conséquences de l’explosion du Port de Beyrouth qui a également impacté la situation que nous traversons.

Le nombre de personnes au chômage a augmenté de 29% depuis l’apparition de la maladie au Liban, selon un rapport de la Banque Mondiale.

Le Liban ne possède pas de statistiques économiques officielles publiques fiables. Nous ne pouvons que nous appuyer sur des données indirectes comme celles de la Banque Mondiale ou du Fonds Monétaire International pour ce qui est de l’étranger et de divers agrégats dont ceux du ministère de l’économie pour ce qui concerne l’inflation ou de la Banque du Liban elle-même pour d’autres données.

Cependant, les projections de croissance ou plutôt dans le cas actuel, de récession économique induisaient un taux de 17% à 20% avant la crise covid pour 2020. Aujourd’hui, ces mêmes sources font état d’une récession de 20% à 25% selon les différentes sources. Le coronavirus a donc indirectement ou directement contribué à une perte de 3% à 5% du PIB.

Certains secteurs ont effectivement souffert du COVID, comme en premier lieu le secteur de la restauration ou du tourisme, avec des pertes estimées à 1 million de dollars pour la Middle East Airlines mais qui aurait eu l’esprit tranquille à festoyer également alors que le pouvoir d’achat diminuait de 80% en parallèle?

D’autres secteurs d’activités sont malades depuis plus longtemps, comme celui de la construction. Si les ventes immobilières ont fortement augmenté ces derniers mois parce que les gens tentaient ainsi de sauver leurs épargnes bloquées par les banques en investissant dans l’immobilier, certaines régions ayant connu des augmentations de vente de plus de 100%, l’indice concernant la livraison de ciment, lui, chute de plus de 50%.

Quand le BTP va, soit-disant tout va? Or, il ne va pas bien, bien au contraire et cela a débuté depuis 2013.

D’autres états ont mis en place des plans de soutien à leurs économies respectives, comme en Europe ou aux Etats-Unis. Au Liban, que nenni en raison des difficultés financières, ce qui est peut-être compréhensible vu la situation actuelle mis-à-part le plan du ministre de l’économie Raoul Nehmé de la mise en place d’un filet de sauvetage pour les personnes les plus vulnérables, difficilement approuvé par le parlement. Cependant, des gestes étaient possibles notamment par le contrôle des marges des importateurs, généralement des agences exclusives, cela afin de diminuer ou du moins de tenter de contrôler les prix.

Par ailleurs, après une période de confinement ou de reconfinement, suit toujours un rebond. Dans le cas local, si les autorités politiques et le gouvernement sortant tentent de mettre en place un plan de filet de sauvetage d’un montant de 1200 milliards de dollars, 800 millions de dollars au taux officiel ou 160 millions de dollars au marché noir, la Banque du Liban et les banques privées, elles, tentent au contraire de limiter la masse monétaire sous couvert de lutter contre l’inflation, notamment en imposant des limitations de retrait en livre libanaise aujourd’hui après avoir imposé un contrôle des capitaux en novembre 2019.

Une clientèle morte ne se remplace pas comme une marchandise. Au lieu d’attaquer des mesures visant à sauver des vies, les chambres de commerce seraient plus avisées de s’en prendre plutôt aux mesures de contrôle des capitaux ou encore à l’Association des Banques du Liban afin de stimuler la consommation, à moins qu’elle ne soit pas indépendante au final des désirata de certains.

À moyen et plus long terme, qui penserait par exemple faire du shopping ou la fête quand ses comptes en banque sont gelés? Les petits et grands commerçants devraient penser à ce facteur avant de se ruer sur les brancards des hôpitaux qui se démènent face à la pandémie.

Par ailleurs, les banques elles-même, souffrent de la crise économique et leurs dirigeants sont certainement satisfaits et soulagés qu’on ne les accuse pas d’avoir contribué à la contraction de la demande interne, parce qu’en réalité, ces fonds ne sont pas aussi disponibles qu’ils ne le prétendent et cela les épargne de la vindicte populaire dont ils étaient jusque là, à juste titre, la cible. En effet, ils multiplient les discours faisant état d’une sauvegarde des dépôts de la population qui ne peut y accéder mais certains modèles économiques suggèrent que ces dépôts en réalité n’existent plus.

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