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Ceci est indéniable. La pandémie que nous subissons actuellement est la pire depuis la grippe dite « espagnole »*. En 1918-1919, à la sortie de la Grande Guerre, cette dernière, qui était très probablement d’origine chinoise également, aurait fait, d’après les analystes entre 50 et 100 millions de morts (de 2,5% à 5% de la population mondiale). A l’époque, deux vagues létales avaient meurtries le monde, la première en automne 1918, la seconde au printemps 1919, sans qu’aucun continent ne soit épargné. Aujourd’hui, c’est-à-dire au 25 avril 2020 en pleine (première ?) vague épidémiologique, le nombre de morts du nouveau coronavirus dépasse à peine le 200 000. Avec 7,7 milliards d’êtres humains sur terre, cela correspond à 0,003% de la population mondiale. Nous sommes pour l’instant, et j’insiste sur le « pour l’instant », loin des chiffres de la grippe espagnole. Mais la progression est très rapide.

Cela aussi est indéniable. La crise économique que nous commençons à ressentir sera probablement au moins aussi importante que la grande dépression de 1929. La chute du Dow Jones, indice de bourse de New York, a quant à elle été plus brutale et plus rapide en 2020 qu’en 1929 (le 9 et le 12 mars deux journées noires ont été baptisées les « pires de son histoire »). Les autres indices boursiers ont suivi. La chute de l’offre et de la demande engendrée par ce que certains commencent à appeler le Grand Confinement, mettra à genoux l’économie mondiale en 2020. Il ne fait pas bon vivre en 2020. Cette année s’apprête à cumuler les catastrophes historiques sanitaire, financière, et économique. Au milieu de ces débris, un seul élément positif semble tout de même émerger : la planète respire. La crise écologique sera retardée d’une année. Ouf !

Cela étant dit, je laisserai volontiers à d’autres, médecins, économistes, historiens, ou penseurs, le soin d’analyser plus profondément les impacts sanitaires et économiques de cette pandémie. Par la présente, je préfère tenter une ébauche d’analyse politique de la situation, ou plutôt un réquisitoire contre la gestion de crise par les états. La pandémie que nous vivons actuellement présente l’avantage, s’il est permis de parler ainsi d’un phénomène aussi abject, de mettre à nu les peuples et les états. Puisque tout le monde est logé à la même enseigne (ou presque), il est très intéressant d’observer les différentes réactions des nations. En théorie, il s’agit d’une menace identique à laquelle doit faire face chaque pays. Mais il y a tout de même un paramètre non négligeable, et qui biaise quelque peu notre analyse, qui est la date de déclenchement de l’épidémie au niveau national. Plus cette date est éloignée, plus la connaissance du virus et de ses conséquences est bonne, et donc plus la stratégie de combat devrait être efficace. L’anticipation est la meilleure arme, dirions-nous. Or, à l’exception de quelques cas notoires (Corée du Sud, Vietnam, Allemagne, Grèce…), peu de pays ont réussi à mettre à profit ce temps précieux pour anticiper. Bref. Cessons le bavardage insensé, et faisons plutôt un tour d’horizon à travers le monde.

Chine : L’empire du milieu est la source du malheur qui s’abat sur nous. Nous ignorons encore à l’état actuel, s’il faut accabler l’ignoble marché de Wuhan ou l’ambitieux, mais incompétent, laboratoire P4 de cette même ville. Quoiqu’il en soit le virus provient de Chine. Mais cela n’est, hélas ! pas l’unique reproche qu’on puisse faire au pays. Pendant un mois, les autorités locales du Hubei puis le PCC à Pékin ont tenté d’étouffer l’affaire. Peut-être pensaient-elles qu’en passant sous silence l’affaire, elle allait disparaitre d’elle-même. Erreur. Le virus n’a pas disparu, non. Ce qui a disparu en revanche, ce sont les activistes et lanceurs d’alerte. Médecins ou journalistes, tous ceux qui ont osé défier l’autorité de Pékin, le Big Brother confucéen, en proclamant l’alarmante vérité dans l’unique but de sauver des vies en Chine et ailleurs, se sont volatilisées. A côté de cela, la Chine s’enorgueillit d’avoir géré la crise mieux que quiconque. Une population de 1,4 milliards d’habitants où seulement 4 632 morts sont à déplorer (3 / 1 Million) ! Tout de même, avec cela s’il est interdit de parler d’exploit ! Conséquence : Xi Jinping se pavane et les articles et déclarations anti-occidentaux fleurissent. Mais un chiffre provenant de Chine reste un chiffre provenant de Chine. C’est-à-dire que sur une échelle de valeur qui mesurerait la vérité scientifique, il serait comparable à un tweet de @RealDonaldTrump. En d’autres termes, il n’a strictement aucune valeur. Comme dirait Cyrano de Bergerac : « Non Merci ! ». Ne soyons pas vaches tout de même et apprenons à être reconnaissants quand il le faut. Après avoir apporté le virus au monde, la Chine a apporté un élément de réponse. Remercions la pour cela. Le confinement de la population, la généralisation du port du masque, ou encore le traçage des infections s’avèrent, selon toute vraisemblance, être les bonnes réponses face à ce crapuleux virus. Mais jusqu’à quand ?

Iran : Après la Chine, l’Iran a été frappée de plein fouet par l’épidémie. Dans un premier temps en tout cas. Alors que la courbe des infections et des morts prenait la malheureuse forme exponentielle en février, tuant des éminents membres des hautes sphères de la république islamique, elle s’est assez rapidement aplatie en mars, alors même qu’aucun strict confinement n’a été imposé par le régime. Cela a de quoi surprendre. Les spécialistes occidentaux estiment avec légère satisfaction que la crise a été gérée de manière désordonnée et chaotique, et que les chiffres sont très sous-estimés. A cela vient s’ajouter la chute historique des cours du baril. Pour un pays qui détient 10% des réserves mondiales de pétrole, il y a de quoi faire perde la barbe à l’Ayatollah ! Cela emmène certains à penser que le régime islamique instauré en 1979, à la suite du renversement du Shah, pourrait y laisser sa peau. Restons prudents tout de même. La fin du régime a été annoncée tant de fois dans le passé sans que cela soit suivi de résultat concret. Il s’agit bien souvent de ce que les américains appelleraient whishful thinking

Italie : Le premier pays européen à avoir été impacté par le mortel virus est notre sœur latine, l’Italie. A son arrivée sur la botte, qui comprend la population la plus vieillissante du continent, le covid-19 a fait des siennes. Le pays de la dolce vita a connu l’hécatombe. Progressivement, et sous ordre du gouvernement, la population s’est calfeutrée. De régional, le confinement est devenu national. Les italiens se sont mis à chanter sur les balcons. Verdi aurait été fier de voir son peuple affronter avec une telle bonhommie un événement aussi tragique. Mais derrière ce masque de bonne humeur, l’Italie n’était pas préparée. Elle manquait de tout : de respirateurs, de masques, de tests, et même de personnels soignants. Dépassée, elle implora l’aide européenne. Cependant, très peu ont répondu présents à l’appel. En observant ce qui se déroulait chez leur voisin du sud, les reflexes nationaux ont pris le dessus sur le projet européen. La menace était donc là à la porte de la France, de l’Espagne, de l’Allemagne et des autres pays de l’Union. Chacun pour soi et tant pis pour l’Italie ! Elle n’avait qu’à mieux se préparer. 

Espagne : Après l’Italie, la vague s’abattit sur l’Espagne. La patrie de Don Quichotte avait désormais autre chose à combattre que des moulins à vent ! De Madrid elle s’étendit sur toutes les régions. Là non plus le pays n’était pas préparé. Après quelques tergiversations l’état décida de confiner, et de le faire très strictement. Ainsi, en Espagne, il n’est pas possible de sortir, même pour une heure et autour d’un rayon d’un kilomètre comme chez les gaulois. Mais cela n’a pas été suffisant, et à l’heure actuelle l’Espagne a dépassé l’Italie en nombre de morts par habitant. Triste réalité d’un pays qui aurait très certainement pu éviter tant de morts s’il avait su écouter les signaux d’alertes venant de l’Italie voisine. Mieux vaut toujours agir que réagir.

France : « Le coronavirus en France ? Vous rigolez j’espère ! Le risque est très faible et la situation totalement maitrisée » Voilà une ineptie qui aurait pu être prononcée par la porte-parole la plus insupportable que le peuple français n’ait jamais connu, Sibeth Ndiaye. Mais, à son crédit, le moins qu’on puisse dire est qu’en tant que porte-parole elle aura bien joué son rôle. Revenons aux faits : Le virus poursuit son voyage fulgurant pour arriver chez nous un beau jour de février 2020. Le gouvernement de France l’apprend. Peu après, il apprend également que le stock de masques national prévu pour lutter contre une épidémie a été dilapidé sous le mandat précédent. Peu importe. Il ne s’en soucie guère. Il en prend note simplement, et garde le secret. Les mauvaises nouvelles arrivant d’Italie s’accumulent, mais la France continue de ne rien faire. Elle prend note. Les morgues sont saturées Outre-alpes, mais le Président de la République va au théâtre avec sa femme, en invitant son peuple à faire de même. Quoi de plus merveilleux que la culture ?! Et de prendre note. Mi-mars, les cas se multiplient sur notre fier territoire, mais ce n’est pas une raison pour annuler le banquet des municipales ! La France vote. Tout va bien dans le meilleur des mondes. Il fait beau. Les Buttes Chaumont sont noires de monde.  Le printemps est presque là, lorsque…. Soudain… un homme émerge de l’ombre et clame haut et fort : « NOUS SOMMES EN GUERRE !! ». Manu a frappé. Il entend endosser ainsi l’habit de Churchill pour sauver la nation. Or, en ce début du XXIème siècle, l’habit ne fait plus le moine. N’est pas Churchill, de Gaulle, ou Napoléon qui le veut. La pièce de théâtre jouée par le Président et sa troupe gouvernementale ne fait plus rire grand monde. Elle tourne à l’aigre. Alors Manu comprend. Il invite son lieutenant Edouard, moins théâtral, plus humble que lui, à prendre les devants, le temps qu’il se fasse oublier avant le prochain discours. Qui sait, peut-être qu’une barbe blanche reste aujourd’hui plus que jamais signe de sagesse ? « Coronavirus en France ? Circulez. Il n’y a rien à voir ! ».

Royaume Uni : Bojo sert des mains à l’hôpital. Bojo n’a peur de rien. Bojo invite à chanter deux fois « joyeux anniversaire » en se lavant les mains. Bojo pense avoir raison quand il adopte la stratégie d’immunité collective. Le NHS tiendra, il en est sûr. Puis, un beau jour, alors que les hôpitaux londoniens sont saturés, Bojo tombe malade. Il tombe malade, comme tout le monde, de ce même virus qu’il traitait avec mépris. Soudain, la stratégie change. On braque nos baïonnettes. Le confinement est de mise. La Reine qui aurait presque pu connaitre la grippe espagnole parle et rassure, sans changer une seule fois d’expression. Ce sera très probablement l’unique fois où le Royaume Uni aura eu tort là où d’autres ont eu raison. Faire comme les Allemands, les Français, les Italiens, les Espagnols ! Très peu pour les britishs ! Il faut savoir raison garder et admettre que les Anglais ont réussi une chose : Nous faire passer, nous Français, pour de bons élèves dans cette gestion de crise. 

Etats-Unis : Covid-19 prend le bateau, puisque les avions sont désormais limités, et traverse l’océan Atlantique. Il arrive devant la statue de la Liberté. Il est à la recherche de l’American dream, mais à sa manière. Il ne se soucie guère d’avoir un VISA ou une Green Card. Il est désormais maître chez lui aux quatre coins du monde et entend exercer son droit, tel un empereur romain faisant l’honneur de rendre visite à un territoire tout juste conquis. Il attaque l’Amérique. Trump riposte. Ce n’est pas une « pauvre petite gripette » qui va faire trembler l’Amérique. Alors, il sort le grand arsenal en bloquant les frontières avec l’Europe. Le virus esquive, et s’engouffre dans le métro de New York. Bientôt il fera des ravages. L’île des morts s’affaissera sous le poids des cadavres. Trump est déboussolé. Il crie au complot, accuse l’Europe, puis la Chine, l’OMS, les démocrates, les communistes, les pauvres, les obèses, les vieux, les écologistes, les noirs, les latinos, les féministes, les homosexuels, tous les damnés de cette terre en somme. Tout cela, oui, et même plus ! tout cela, pour ne pas voir la vérité en face : Les Etats-Unis d’Amérique n’étaient pas prêts. Trump a géré la crise comme à son habitude, c’est-à-dire comme un adolescent déraisonnable et imbu de sa personne. A coup de tweets qui ne se basent sur rien d’autre que son instinct, il a voulu régenter. Or son instinct semble défaillir en temps de crise. Nourri par les complots et les contre-vérités de tout genre, Trump déraille. Il appelle à « libérer le Minnesota, le Michigan, et d’autres états », après avoir appelé à la discipline face à l’ennemi invisible. Il propose très sérieusement d’injecter du gel désinfectant dans un corps, ou de bronzer à l’UV pour lutter contre le virus. Trump fait du Trump. Pendant ce temps, l’Amérique obèse des fast-food, l’Amérique de la loi du marché, l’Amérique de la surconsommation, l’Amérique telle qu’on la connait, souffre, et les morts s’accumulent. 

Russie : « v rossii net korony » (il n’y a pas de Corona en Russie).

Voici une idée de ce qui se passe dans le monde en temps de coronavirus (et plus précisément en ce 25 avril 2020). L’arrivée de cet être vivant minuscule ne fait en réalité qu’accentuer les traits des peuples et gouvernements en place. Tous les gouvernements sont fidèles à eux même. La Chine donne des leçons alors qu’elle est à l’origine du malheur. L’Iran tremble mais ne veut pas perdre la face. L’Italie n’a rien vu venir et se lamente.  L’Espagne est dépassée. La France joue « Le médecin malgré lui » à la Comédie, et espère empocher le Molière. Le Royaume Uni pense tout savoir mieux que tout le monde. Les Etats-Unis trouvent des boucs émissaires en la terre entière. La Russie n’enregistre pas de cas, tout comme la Corée du Nord d’ailleurs. 

*Les esprits taquins me feront remarquer une chose, et à juste titre : Je n’ignore pas l’existence des autres pandémies marquantes du XXème siècle (grippe asiatique, grippe de Hong Kong, Sida), mais les deux premières ayant fait au total près d’un million de morts, et la troisième étant aujourd’hui traitée efficacement, je me suis permis cette affirmation, qui, je l’espère, sera infirmée.  

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