Le premier est d’ordre social. Nous avons là un gouvernement soutenu, en tout, ou partie, par les organisations politiques, leurs clans, leurs factions et têtes pensantes religieuses. De l’autre, un virus, virulent, mais dont les effets sont largement inférieurs aux méfaits du premier.

Prenons l’exemple d’un vol Londres-Beyrouth censé rapatrier des citoyens libanais dans les conditions sanitaires exigées par la situation. Le résultat frôle l’admiration. Un vol low cost à 1 200 livres anglaises en aller simple, plateau-repas et promiscuité assurés. À l’arrivée des passagers, on entendra le ministre de la Santé dire que tout cela est lié au « relâchement de la population ». C’est un peu comme Trump qui parle du virus chinois échappé d’un laboratoire chinois, pendant que près de 1 000 citoyens américains périssent, par jour, en moyenne depuis plus d’un mois. Le démarrage de l’économie américaine étant son seul credo devant ce nouveau « Pearl Harbour ».

Monsieur Hamad Hassan, ministre de la Santé, est une valeur sûre. N’est-il pas passé en grande pompe (cirée) sur France24 arabe pour expliquer tous les bienfaits de sa politique et celle de son gouvernement face à la pandémie ? Les réseaux sociaux et les sites en ligne afficheront que le virus se propage à nouveau avec ces Libanais de l’extérieur. Le gouvernement proposera encore une fois le confinement total. Les chaînes de transmission du virus dans le pays en tremblent.

Cela donne une image négative de la communauté libanaise à l’étranger. D’habitude, elle réconforte ses proches au pays, par l’envoi de fonds pour les moments difficiles. Dans le cas présent, le gouvernement par son incurie provoque une tendance inverse : procurer un vecteur de propagation voire de décès par la transmission potentielle du virus lors de l’arrivée au pays de ses propres citoyens. Le virus social est décidément plus mortel que celui de la pandémie.

Sur la place publique, le gouvernement frappe fort. Ainsi en une quinzaine de jours, il fait arrêter une cinquantaine de changeurs avec leur président. Les autorités feront signer et libérer ceux opérant « dans la légalité » avec l’engagement de ne plus « manipuler le taux de change ». Les « illégaux » seront déférés devant la justice. Monsieur le gouverneur de la Banque du Liban ne figurait sur aucune des deux listes. Pourtant n’est-il pas le changeur numéro un dans le pays ?

Le parlement ne siège pas souvent ces derniers temps dans son périmètre barricadé. La députée Paula Yacoubian soulève un coin sur un contrat « secret » entre l’État libanais, la Sonatrach algérienne et l’Électricité du Liban. Un contrat dont le résultat est tout de même un peu de carburant défectueux livré aux centrales libanaises. Des bruits circulent que l’enterrement du dossier est déjà à l’ordre du jour. Une réactivité exemplaire qu’on aurait voulu percevoir dans le traitement du coronavirus.

Dans le dossier on cite, au hasard, le dénommé Farid Bedjaoui, neveu de l’ancien ministre des Affaires étrangères algériennes, interlope de nationalités multiples dont la Libanaise. Il en a bénéficié en 2018 par décret du président Michel Aoun. L’homme est au « chaud » à Dubaï avec mandat d’arrêt et autres gâteries judiciaires à son actif. Deux « individus » au Liban, l’une, directrice de l’énergie, l’autre directrice de laboratoire sont visées par des mandats d’arrêt pour « falsification » de rapports au sujet du fioul frelaté, au bénéfice de la Sonatrach et de la compagnie locale ZR Group. La justice a aussi « entendu » dans le cadre de l’affaire deux anciens ministres du Courant patriotique libre et du Hezbollah. Tarek Faoual, représentant de la Sonatrach au Liban, est visé par un mandat d’arrêt. Le ministre de l’Eau et de l’Énergie a évoqué le dossier avec l’ambassadeur algérien.

Autre bonne nouvelle, les églises ouvrent bientôt leurs portes et dire le gouvernement veut empêcher les gens de flâner dans les rues. Décidément, ses voies sont insondables.

Cette situation montre à quel point la situation attend un confinement définitif des élites locales toutes tendances confondues. Face au drame social, économique et sanitaire en cours, l’impuissance organique et historique des élites locales ainsi que leur incurie, mérite un nécessaire soubresaut de l’histoire.

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1 COMMENTAIRE

  1. Attention. Citer Paula Yacoubian comme référence enlève une bonne part de sa crédibilité à l’article.
    Personnellement, je n’ai pas oublié que la dénommée Yacoubian s’est prêtée il n’y a guère à une sinistre comédie consistant à interviewer un otage dénommé Saad Hariri en faisant croire aux téléspectateurs crédules qu’il s’exprimait librement. Ça la classe une fois pour toutes. Et ça déclasse définitivement tous ceux qui se réfèrent à quelque propos qu’elle pourrait tenir sur quelque sujet que ce soit.

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