Depuis sa fondation en 1985, outre sa lutte militaire contre les Israéliens au Liban et plus récemment contre les djihadistes en Syrie, le Hezbollah s’est concentré sur son implantation économique et sociale dans la société libanaise. 

Le Hezbollah a participé à toutes les élections législatives depuis 1992 dans lesquelles il a toujours été allié au mouvement Amal mais a délaissé la participation au pouvoir exécutif jusqu’à la fin de l’occupation syrienne en 2005. 

En effet, depuis les élections législatives de 2005 durant lesquelles il s’est allié au Courant du Futur de Saad Hariri et Fouad Siniora, au mouvement Amal de Nabih Berri et au parti socialiste progressiste (PSP) de Walid Joumblatt mais aussi, et on l’oublie, au parti des Forces libanaises de Samir Geagea et Sethrida Geagea, au mouvement réformiste kataëb d’Amine Gemayel et Pierre Gemayel (respectivement père et frère de Samy Gemayel) et à Solange Gemayel (la mère de Nadim Gemayel) contre le Courant patriotique libre (CPL), le Hezbollah est représenté par des ministres.

En 2006, le document d’entente entre le Hezbollah et le CPL, exclu du pouvoir entre 1990 et 2008 et fer de lance de l’opposition à l’occupation syrienne entre 1990 et 2005, a rabattu les cartes. Depuis, le Courant du Futur, le PSP et le mouvement Amal sont obligés de composer avec cette nouvelle donne. Si ces trois formations politiques ont réussi à empêcher l’élection de Michel Aoun à la présidence de la République en 2008, le Courant du Futur s’est résigné en 2016 à voter pour lui mais à condition que Saad Hariri redevienne Premier ministre. Le PSP et le mouvement Amal ont voté contre. 

Parce qu’il n’est pas dirigé par le Courant du Futur (de Saad Hariri et de Fouad Siniora) ou par l’un de ses alliés (comme Tammam Salam), le gouvernement de Hassan Diab comme celui de Najib Mikati (entre 2011 et 2014) est qualifié de gouvernement du Hezbollah. Or, le gouvernement compte 20 membres (dont le Premier ministre Hassan Diab) dont six ministres désignés par le président Michel Aoun et le CPL, trois ministres désignés par Hassan Diab (plus lui-même donc au total 4 membres du gouvernement), deux ministres désignés par le mouvement Amal, deux ministres désignés par le Hezbollah, deux ministres désignés par le Courant Marada, un ministre désigné par le parti démocratique libanais de Talal Arslane, un ministre désigné par Nabih Berri à la demande de Walid Joumblatt (pourtant censé être dans l’opposition), un ministre désigné par la Rencontre consultative sunnite et une ministre désignée par le parti arménien Tachnag. S’ils sont tous des alliés du Hezbollah, aucun n’adhère à l’idéologie khomeyniste. 

Le gouvernement pourrait faire appel au Fonds monétaire international (FMI) alors que le Hezbollah n’y était pas favorable jusqu’à ce que le Coronavirus devienne une pandémie et que l’Iran soit lui-même obligé de faire appel à cet organisme international. 

Le mufti Abdellatif Deriane a appelé le 21 mars 2020 à la libération du millier de détenus membres d’organisations djihadistes anti-Hezbollah non plus par une loi d’amnistie générale (qui n’a pas pu être votée le 19 novembre 2019 grâce aux manifestants qui ont empêché la tenue d’une séance législative consacrée à ce projet de loi) mais en raison de la propagation du nouveau coronavirus. Il pourrait obtenir raison. Saad Hariri a fait le même appel le 27 mars 2020. 

Le libano-américain Amer Fakhoury, ancien geôlier de la prison de l’Armée du Liban-Sud (ALS) – l’ancienne milice libanaise pro-israélienne créé et dirigée par des officiers dissidents de l’armée libanaise et composée aux deux-tiers par des chiites – à Khiam, a été libéré. Alors qu’un appel du procureur du Tribunal militaire était en cours lui interdisant de sortir du territoire, Amer Fakhoury avait été exfiltré vers Chypre par un hélicoptère américain depuis le campus diplomatique des États-Unis à Awkar. 

Dans son discours à la suite de cette affaire, Hassan Nasrallah, le secrétaire général du Hezbollah a déclaré : « Nous ne sommes pas infaillibles mais tout ce qui a été dit était basé sur des suspicions, comme par exemple : comment le Tribunal militaire pourrait prendre une telle décision sans mettre Amal et Hezbollah au courant. Je vous le confirme : Ni nous ni le mouvement Amal n’étions au courant de la libération. Nous savions qu’une séance avait été fixée pour interroger et juger Fakhoury. Donc, il est possible que le Tribunal militaire statue une affaire sans notre connaissance. Certains pensent que le Hezbollah détient toutes les rênes du pouvoir. Ils savent qu’ils mentent et que nous sommes victimes de leurs mensonges. Mais ils cherchent toujours à nous attaquer. Ceux sont nos adversaires. Malheureusement, certains de nos amis croient à ces mensonges. Jamais le Hezbollah n’a dirigé le Liban. Jamais la prise de décision n’a relevé de lui. Aucune institution n’est aux mains du Hezbollah. Oui nous représentons une force majeure au Liban, mais certaines forces politiques libanaises sont plus influentes que nous sur la scène interne. (…). Une partie de la presse dit que même si nous n’étions pas au courant, nous avions au moins la capacité d’annuler ladite décision en faisant un nouveau 7 mai (2008). (…). Est-ce l’intérêt du pays qu’on procède ainsi ? (…). Est-ce bon d’entrer dans des accrochages avec les forces de sécurité pour Amer Fakhoury ? On nous a dit qu’il fallait abattre l’avion qui a transporté Fakhoury, ou de tendre une embuscade contre les forces de sécurité qui l’ont transporté vers l’ambassade… beaucoup de gens ont théorisé mais toutes leurs idées ne servent pas l’intérêt du pays. (…). Nous n’agissons pas par émotion et réaction. Notre parti est une véritable institution où on discute et on étudie calmement nos décisions. Celui qui misait sur une réaction émotionnelle de notre part a tort. Vous n’allez pas nous pousser à nous aventurer. »

Rappelons que l’article 6 (les Libanais en Israël) du document d’entente entre le Hezbollah et CPL signé en février 2006 dispose : « Étant convaincus que la présence de tout Libanais dans son pays est préférable au fait de le voir chez l’ennemi, la solution au problème des Libanais présents en Israël requiert une action rapide pour leur retour au pays en tenant compte de toutes les circonstances politiques, sécuritaires et économiques afférentes à ce sujet. C’est pourquoi nous leur lançons un appel afin qu’ils reviennent rapidement dans leur pays. Nous rappelons à cet égard le discours de Sayyed Hassan Nasrallah après le retrait israélien du Liban-Sud, ainsi que le discours du Général Michel Aoun à la première session du Parlement. »

Hassan Nasrallah avait alors appelé en mai 2000 les miliciens de l’ALS à se livrer : « Ils connaîtront le même sort que ceux des collaborateurs qui se sont déjà rendus. Il n’y a pas eu, il n’y aura pas d’acte de violence ni de liquidations. Ils seront remis à l’État libanais pour qu’ils soient équitablement jugés. (…). Même les habitants se sont comportés avec beaucoup de responsabilités ne se sont pas allés à des actes de vengeance. (…). Ceux qui se livrent sont évacués hors des zones sensibles. Cela est d’ailleurs mieux pour eux, ils seront ainsi en sécurité, car il y a eu beaucoup d’exactions (de la part de l’ALS) contre les habitants. »

D’après certaines sources, le Hezbollah essaierait d’obtenir des Américains la libération de patron de Congo Futur, Kassem Tajeddine, arrêté en 2017 et extradé du Maroc aux États-Unis. Le groupe de la famille Tajeddine couvre le BTP, l’agroalimentaire, le bois, le plastique et la grande distribution. Une partie des revenus servirait à financer le Hezbollah. 

Toutefois, le 22 mars 2020, un homme a été retrouvé assassiné par balle dans son magasin dans le quartier de Mié Mié, dans la banlieue est de Saïda au Liban-Sud. D’après le site internet d’Al-Manar, la chaine de télévision du Hezbollah, il s’agirait de « l’ancien bras droit » d’Amer Fakhoury. Deux inconnus auraient ouvert le feu sur l’officier à la retraite Antoine Hayek qui se trouvait dans son magasin avant de s’enfuir. Ayant reçu deux balles dans la tête, il a succombé à ses blessures. Le maire de la localité a fait savoir que Hayek a été abattu avec deux revolvers différents. L’enquête est ouverte. Hayek avait fui le Liban en 2000, puis y est retourné ultérieurement pour être jugé et acquitté par le Tribunal militaire, après le renoncement aux poursuites contre lui pour prescription en 2003. D’anciens détenus de la prison de Khiam l’accusent d’avoir tué deux détenus dans cette prison, en jetant une bombe contre eux. Probablement en représailles, le 5 avril 2020, Mohammad Ali Younès a été assassiné. Ce cadre du Hezbollah aurait été tiré de sa voiture, poignardé, abattu et éliminé près de Nabatieh, dans le sud du Liban. Il était en charge des opérations de traque des espions israéliens et de ceux soupçonnés de collaborer avec Israël et des agences de renseignement étrangères. Son corps a été retrouvé gisant à côté de sa voiture, criblé de coups de feu et coups de couteau.

Le 26 mars 2020, dans une interview diffusée par la chaine de télévision Al-Manar, le Président du Conseil Exécutif du Hezbollah, le cheikh Hashem Safieddine a indiqué que le mouvement chiite a alloué 3 500 milliards de livres pour combattre l’épidémie. Certains ont interprété cela comme une volonté du parti de s’imposer comme partenaire de l’État mais en réalité ce que le Hezbollah a fait, les autres formations politiques (le mouvement Amal, le parti socialiste progressiste, le Courant du Futur mais aussi le Courant patriotique libre, le parti des Forces libanaises, le Courant Marada, le parti Kataëb et le parti arménien Tachnag) et différentes associations (comme par exemple Nawraj) le font aussi, chacun avec les moyens qu’il a. Mais le Hezbollah a toujours délaissé la politique au profit de sa puissance militaires et de son implantation économique et sociale, y compris par des hôpitaux. 

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