
Le président français Emmanuel Macron et la présidente du Conseil italien Giorgia Meloni ont annoncé, jeudi 25 juin, leur volonté de travailler à une coalition multinationale destinée à accompagner le Liban après la fin du mandat de la Force intérimaire des Nations unies au Liban. L’annonce a été faite à l’issue d’une rencontre bilatérale à Antibes, dans le sud de la France. Elle intervient alors que l’avenir de la FINUL est désormais encadré par un calendrier de retrait, après le dernier renouvellement décidé par le Conseil de sécurité.
Les deux dirigeants veulent préparer un dispositif international capable de soutenir la stabilité du Sud-Liban lorsque la mission onusienne cessera ses activités dans son format actuel. Emmanuel Macron a évoqué une coalition sur le mécanisme post-FINUL, en coordination avec l’Union européenne et les Nations unies. Giorgia Meloni a confirmé l’accord franco-italien sur cette orientation et a mentionné la possibilité d’une conférence internationale consacrée au dossier libanais.
La démarche reste à un stade préparatoire. Aucun mandat précis, aucune composition définitive et aucun calendrier opérationnel n’ont été annoncés. La France et l’Italie, deux contributeurs majeurs de la FINUL, cherchent toutefois à éviter un vide sécuritaire dans une zone frontalière marquée par les tensions entre Israël, le Hezbollah et l’État libanais. Paris et Rome placent l’initiative dans le cadre du soutien à la souveraineté du Liban et du renforcement des institutions libanaises.
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Paris et Rome veulent préparer l’après-FINUL
L’entretien entre Emmanuel Macron et Giorgia Meloni a replacé le Liban au centre de la coordination franco-italienne. Les deux pays disposent d’une présence ancienne au sein de la FINUL. Leur engagement militaire, diplomatique et humanitaire les place parmi les acteurs européens les plus concernés par l’avenir du Sud-Liban. La France conserve une relation historique avec Beyrouth. L’Italie est l’un des principaux contributeurs de troupes à la mission des Nations unies.
L’idée d’une coalition multinationale ne signifie pas encore la création d’une nouvelle force. Les termes employés renvoient plutôt à un dispositif à construire, susceptible d’associer plusieurs États, l’Union européenne et les Nations unies. Le rôle exact de cette coalition devra être défini. Il pourrait porter sur l’appui à l’armée libanaise, l’observation, la coordination sécuritaire, le soutien logistique ou la stabilisation des zones frontalières. Ces options restent dépendantes des décisions internationales et de l’accord des autorités libanaises.
Emmanuel Macron a insisté sur la coordination avec l’Union européenne et l’ONU. Cette précision montre que Paris ne veut pas présenter l’initiative comme une démarche strictement bilatérale. La France cherche à l’inscrire dans un cadre plus large, afin de donner une légitimité politique et opérationnelle au futur mécanisme. L’Italie partage cette approche, car la sécurité de ses soldats et le maintien d’une présence internationale organisée au Sud-Liban constituent des priorités pour Rome.
Giorgia Meloni a indiqué que les deux pays avaient discuté de l’organisation possible d’une conférence internationale. Une telle rencontre pourrait permettre de réunir les contributeurs potentiels, les partenaires européens, les représentants des Nations unies et les autorités libanaises. Elle pourrait aussi clarifier les moyens financiers, les règles d’engagement et le rôle des forces locales. Aucune date n’a été annoncée pour cette conférence.
Un calendrier fixé pour la mission onusienne
La FINUL est présente au Liban depuis 1978. Son mandat a été renforcé après la guerre de 2006, avec la résolution 1701 du Conseil de sécurité. La mission opère dans le Sud-Liban, entre le fleuve Litani et la Ligne bleue. Elle surveille la cessation des hostilités, accompagne l’armée libanaise et sert de canal de liaison avec les parties concernées. Son rôle a souvent été jugé indispensable par Beyrouth, mais critiqué par Israël, qui estime qu’elle n’a pas empêché le renforcement du Hezbollah dans la zone.
Le mandat de la FINUL doit expirer le 31 décembre 2026. Après cette date, un retrait ordonné et sûr de son personnel doit être organisé sur une période d’un an, en consultation avec le gouvernement libanais. Ce calendrier modifie profondément l’équation sécuritaire. Il donne aux acteurs concernés quelques mois pour définir ce qui peut remplacer, accompagner ou compléter la mission actuelle. La proposition franco-italienne s’inscrit directement dans cette fenêtre diplomatique.
Le secrétaire général des Nations unies a recommandé le maintien d’une présence militaire internationale au Liban après la fin du mandat actuel. Cette recommandation ne revient pas nécessairement à prolonger la FINUL dans son format actuel. Elle souligne surtout le risque d’un vide dans une région où l’État libanais reste engagé dans un effort de déploiement et de consolidation. Le Conseil de sécurité devra arbitrer entre les attentes libanaises, les réserves israéliennes, les positions américaines et les préoccupations des pays contributeurs.
La France et l’Italie cherchent donc à peser tôt dans la discussion. Leur initiative vise à préparer des options avant l’échéance. Elle permet aussi d’envoyer un signal aux autorités libanaises, à Israël, aux Nations unies et aux autres partenaires européens. Le futur dispositif devra toutefois être accepté politiquement et sécurisé sur le terrain. Les attaques et incidents qui ont touché des positions de la FINUL ces dernières années ont rappelé la vulnérabilité des contingents internationaux.
Le Sud-Liban au cœur du dispositif envisagé
Le Sud-Liban reste le cœur du dossier. La région concentre les enjeux de souveraineté, de sécurité et de reconstruction. Les localités proches de la Ligne bleue ont subi des déplacements de population, des destructions et des restrictions d’accès. Les autorités libanaises cherchent à accompagner le retour des habitants, à rétablir les services essentiels et à renforcer la présence de l’État. La fin programmée de la FINUL ajoute une contrainte supplémentaire à cette séquence.
Le futur mécanisme devra tenir compte du rôle de l’armée libanaise. Les partenaires internationaux demandent depuis longtemps son déploiement effectif dans le Sud. Le gouvernement libanais insiste sur la nécessité de disposer de moyens humains, logistiques et financiers suffisants. L’armée doit assurer une présence visible, contrôler le terrain, coopérer avec les autorités locales et maintenir la coordination avec les partenaires étrangers. Sans renforcement de ses capacités, toute transition après la FINUL restera fragile.
La question de la Ligne bleue restera également centrale. Cette ligne de retrait établie par les Nations unies sert de référence pratique entre le Liban et Israël. Elle ne règle pas tous les différends frontaliers, mais elle structure les mécanismes de surveillance et les échanges indirects. La FINUL a longtemps joué un rôle d’interface autour de cette ligne. Un dispositif post-FINUL devra préciser qui surveille les incidents, qui transmet les informations et qui intervient en cas de tension.
La dimension politique ne peut pas être séparée de la dimension militaire. Le Hezbollah reste un acteur armé majeur au Liban. Israël continue de demander des garanties sur la sécurité de sa frontière nord. Le gouvernement libanais affirme son attachement à la souveraineté nationale et au rôle des institutions. Dans ce contexte, une coalition internationale devra éviter de devenir un objet de controverse interne. Elle devra être présentée comme un soutien à l’État libanais, non comme une substitution à ses autorités.
France et Italie, deux pays déjà engagés sur le terrain
La France et l’Italie connaissent les contraintes de la FINUL. Leurs contingents ont été exposés aux tensions du terrain, aux restrictions de mouvement et aux épisodes de violence. En octobre 2024, Paris, Rome et Madrid avaient condamné des tirs visant la mission, après des blessures parmi les casques bleus. Les trois capitales avaient rappelé que la protection du personnel onusien relevait du droit international. Cette séquence avait renforcé les demandes européennes de garanties de sécurité pour les soldats déployés.
L’Italie suit le dossier avec une attention particulière. Giorgia Meloni s’était rendue à Beyrouth en 2024 dans un contexte de fortes tensions régionales. Rome avait alors mis en avant la sécurité de ses soldats et la nécessité de préserver le rôle de la FINUL. La présence italienne au sein de la mission constitue un élément important de sa politique méditerranéenne. Elle donne aussi à l’Italie une légitimité pour participer à la définition de l’après-FINUL.
La France, de son côté, a joué un rôle diplomatique constant depuis le cessez-le-feu de novembre 2024. Emmanuel Macron s’était rendu au Liban en janvier 2025 pour soutenir les nouvelles autorités et encourager le renforcement de l’armée libanaise. Paris participe aux discussions sur la stabilisation du Sud, le retrait israélien, la souveraineté libanaise et la mobilisation des partenaires internationaux. L’initiative avec Rome prolonge cette ligne diplomatique.
Le rapprochement franco-italien sur le Liban intervient aussi après plusieurs périodes de tension entre Paris et Rome sur d’autres dossiers européens. La coordination annoncée à Antibes montre que les deux gouvernements veulent afficher une convergence sur la Méditerranée orientale. Le Liban devient un terrain de coopération opérationnelle, où les intérêts de sécurité, de stabilité régionale et de présence européenne se rejoignent.
Une coalition encore à définir
Le mot coalition recouvre plusieurs possibilités. Il peut désigner une structure politique de soutien, une mission d’assistance, un groupe de pays contributeurs ou un cadre de coordination. Pour l’heure, aucune autorité n’a annoncé la création d’une force militaire autonome appelée à remplacer directement la FINUL. Le gouvernement français a parlé d’un dispositif post-FINUL. Cette formulation laisse volontairement ouverte la nature du mécanisme.
La première option consisterait à appuyer davantage l’armée libanaise. Les pays participants pourraient fournir de la formation, des véhicules, des équipements de surveillance, des moyens de communication ou une aide logistique. Cette approche renforcerait la souveraineté libanaise tout en évitant la création d’une nouvelle force étrangère lourde. Elle nécessiterait cependant des financements importants et une coordination étroite avec les autorités de Beyrouth.
Une deuxième option pourrait prendre la forme d’un mécanisme international d’observation. Il suivrait les incidents, soutiendrait les canaux de liaison et fournirait des rapports aux Nations unies ou à un groupe de partenaires. Cette solution serait moins lourde qu’une force de maintien de la paix. Elle pourrait toutefois être jugée insuffisante si la situation sécuritaire se détériore ou si les acteurs locaux refusent de coopérer.
Une troisième option combinerait soutien à l’armée libanaise, présence internationale réduite et coordination politique. Elle correspondrait davantage à l’idée d’un mécanisme transitoire. Elle permettrait de préserver une présence étrangère sans reproduire exactement la FINUL. Elle dépendrait toutefois d’un accord politique délicat. Les Nations unies, les États-Unis, les Européens, le Liban et Israël devront accepter les paramètres du mandat.
Une initiative liée à la souveraineté libanaise
Emmanuel Macron a présenté l’initiative comme un moyen de renforcer la souveraineté du Liban. Cette notion occupe une place centrale dans le discours international sur le pays. Elle renvoie à la capacité de l’État à contrôler son territoire, à déployer son armée et à assurer la sécurité sans dépendre de forces armées non étatiques. Elle renvoie aussi à la protection des civils, à la stabilité des frontières et au fonctionnement des institutions.
Pour Beyrouth, la souveraineté implique aussi le respect du territoire libanais et la fin des violations. Le gouvernement libanais doit défendre cette position tout en négociant l’aide internationale. Il doit obtenir des garanties sans donner l’impression d’abandonner la décision nationale. Le futur mécanisme devra donc être construit avec les autorités libanaises. Sans leur accord, aucune présence durable ne pourra disposer d’une légitimité suffisante.
Les partenaires européens savent que le dossier reste sensible au Liban. La FINUL a longtemps été acceptée parce qu’elle reposait sur un mandat du Conseil de sécurité et sur une demande libanaise. Tout mécanisme de remplacement devra préserver ce principe. Une coalition perçue comme imposée risquerait d’alimenter les divisions internes. Une coalition conçue comme un appui à l’État pourrait au contraire accompagner la transition, surtout si elle renforce les capacités de l’armée et des institutions.
La souveraineté libanaise sera également au cœur des discussions avec Israël. Le retrait de la FINUL ne résoudra pas les contentieux frontaliers ni les questions de sécurité. Un dispositif post-FINUL devra réduire les risques d’escalade, maintenir des canaux de communication et soutenir l’application des arrangements existants. Sa crédibilité dépendra de sa capacité à agir sans créer de nouvelles tensions.
Les prochaines étapes diplomatiques
L’annonce franco-italienne ouvre une séquence de consultations. Paris et Rome devront d’abord préciser leurs propositions avec les Nations unies. Elles devront ensuite convaincre d’autres partenaires de rejoindre l’initiative. L’Union européenne pourrait jouer un rôle politique ou financier, mais ses États membres devront s’accorder sur le niveau d’engagement. Certains pays contributeurs à la FINUL pourraient attendre des garanties de sécurité avant de s’impliquer dans un nouveau cadre.
La position des États-Unis sera déterminante. Washington a soutenu l’idée d’un transfert plus net des responsabilités vers l’État libanais et son armée. Les autorités américaines devront évaluer si la coalition proposée répond à cet objectif ou si elle risque de prolonger un modèle jugé insuffisant par Israël. Le Conseil de sécurité devra aussi être saisi si le mécanisme garde un lien formel avec l’ONU.
Israël observera les discussions avec attention. Ses autorités demandent des garanties sur la présence du Hezbollah au sud du Litani et sur la sécurité de la frontière. Elles pourraient refuser un dispositif qu’elles jugeraient trop proche de la FINUL actuelle. Elles pourraient en revanche considérer un mécanisme plus robuste de vérification ou un appui direct à l’armée libanaise, si celui-ci répond à leurs préoccupations sécuritaires.
Le Liban devra, de son côté, préciser ses demandes. Le gouvernement peut demander un soutien à l’armée, aux infrastructures et au retour des habitants. Il peut aussi défendre le maintien d’une présence internationale pour éviter un vide. Les autorités libanaises devront articuler ces priorités avec la reconstruction du Sud, la gestion des déplacés et les engagements pris dans le cadre des discussions de cessez-le-feu.
Une annonce qui lance une phase de négociation
La déclaration d’Antibes ne crée pas encore le mécanisme qui succédera à la FINUL. Elle lance une phase de préparation. La France et l’Italie veulent éviter que l’échéance du 31 décembre 2026 ne débouche sur une transition improvisée. Elles veulent aussi maintenir une présence européenne dans la stabilisation du Liban, au moment où la région reste exposée à des tensions militaires et politiques.
Les prochains mois devront clarifier les éléments essentiels. Il faudra savoir quels États participeront, sous quel mandat, avec quels moyens et dans quelles zones. Il faudra aussi déterminer la relation entre le futur dispositif, l’armée libanaise, les Nations unies et les mécanismes existants de suivi du cessez-le-feu. La question du financement sera tout aussi importante. Une coalition sans ressources suffisantes ne pourrait pas assurer une mission durable.
Le calendrier impose une décision rapide. La FINUL poursuit ses activités jusqu’à la fin de 2026, puis doit organiser son retrait pendant l’année suivante. Cette période peut permettre une transition graduelle. Elle peut aussi créer une zone d’incertitude si les discussions n’aboutissent pas. La France et l’Italie cherchent désormais à fédérer les partenaires autour d’un cadre commun, tandis que Beyrouth attend des garanties concrètes pour le Sud-Liban.


