Coup de tonnerre ces derniers jours, avec l’ouverture d’une enquête d’une part puis le gel des avoirs suisses du gouverneur de la Banque du Liban, Riad Salamé. Une chose quasi-impensable même selon beaucoup, tant que la culture de l’impunité est forte au Liban. Il a finalement fallu que la Suisse, considérée pourtant comme un paradis fiscal pour beaucoup choisisse paradoxalement d’ouvrir les hostilités.

Cependant, il s’agit aussi d’un message adressé par la communauté internationale quelques semaines alors que le gouverneur de la BdL est déjà sur la défensive et que tarde à se concrétiser la restructuration du secteur financier local d’abord décidée pour juillet puis remise au 31 décembre pour finalement être reportée à février comme s’il s’agissait d’oeuvre en faveur de certains intérêts.

Ce message est que la patience de la communauté internationale vis à vis des dirigeants économiques libanais est parvenue à sa fin.

Beaucoup à l’étranger soulignaient justement, l’égo démesuré des dirigeants financiers et bancaires locaux alors que la population, elle, est confrontée à une crise économique dont le creux de la vague n’est pas encore atteint.

La banque centrale était au centre de ce système et le message à comprendre avec les difficultés judiciaires actuelles auxquelles le gouverneur de la Banque du Liban est confronté est le suivant:
“Vous avez beau placer votre argent à l’étranger et montrer ce dédain vis-à-vis de la population, ne pas faire ce qu’il s’agit de faire au bénéfice de la population.
Mais cette mansuétude est aujourd’hui terminée et il s’agit d’oeuvrer dans l’intérêt des citoyens libanais désormais et non dans l’intérêt de vos poches. Faute de quoi, vos fonds importants placés à l’étranger ne pourraient pas vous être disponibles quand la crise économique aboutira à votre chute et que vous devrez vous réfugier à l’étranger”.

Cette procédure judiciaire pourrait en étonner beaucoup mais en fait, elle était prévisible et même attendue par les observateurs du dossier libanais en dépit de l’assurance de certains sur le plan local. C’est simplement mal connaitre ce que pensent celles et ceux qui ont à trouver des solutions face à la crise financière libanaise, une crise d’une gravité extrême dont beaucoup au Liban continuent à nier l’ampleur.

Certains à l’étranger étaient, en effet, choqués de voir les sommes des comptes bancaires de dirigeants libanais, banquiers et hommes d’affaires, choqués de voir que les émoluments de simples membres du comité de direction d’établissements bancaires dépassaient même ceux de dirigeants de grandes banques internationales alors que l’essentiel de la crise économique n’est pas au final lié à la crise de la dette mais au système bancaire lui-même qui a siphonné les fonds publics année après année.

Imaginez donc, 400 millions de dollars gelés en Suisse, une fortune que certains vont estimer jusqu’à atteindre 2 milliards de dollars. Il s’agirait du gouverneur de banque centrale le plus riche au Monde alors que le Pays des Cèdres – pays déjà en crise – n’est pas très connu pour l’origine honnête de bien des fortunes … et la probité de ses banquiers ou encore hommes politiques … Il pourrait à lui tout seul, financer pratiquement 3 mois de la consommation des produits essentiels de la population, à savoir médicaments, produits alimentaires et même carburants sans rationnement.

Certains dirigeants de banques locales pensaient continuer à profiter de la manne d’une aide internationale ou via des opérations d’ingénieries financières. Or il est hors de question de voir l’argent du contribuable français, américain ou saoudien financer les pertes du secteur financier libanais – donc les dépôts des gens – et encore moins les actionnaires des banques libanaises qui comptent beaucoup d’hommes politiques.

Il est également hors de question pour la communauté internationale de ne pas accepter une restructuration d’un secteur financier aujourd’hui non seulement incapable de participer à la relance de l’économie libanaise même après restructuration, mais également coupable d’avoir participé à ce que beaucoup considèrent être un schéma de type Ponzi, ayant d’abord détourné l’argent de la classe moyenne, puis de la diaspora pour aujourd’hui penser détourner celui de la communauté internationale.

L’argent de dirigeants bancaires locaux fait aujourd’hui l’objet d’enquêtes des services fiscaux de pays étrangers dont les agents vont de surprise en surprise tant au niveau de l’origine de ces fonds qu’à celui des montants en jeu pour un pays en crise comme le Liban. Ce n’est qu’une question de temps pour que ce système s’effondre.

Aussi, sur le plan politique, certaines sources étrangères bien informées étaient choquées de voir l’attitude de responsables politiques mais aussi économiques, dont de grands patrons de banques, disposer d’avions prêts à partir au moindre incident depuis les manifestations du 17 octobre dernier ou au moindre ennui de santé quand la majorité de la population est elle confrontée à de nombreuses difficultés quotidiennes et dont la vie est aujourd’hui mise en danger par l’épidémie du coronavirus et dont les services hospitaliers sont aujourd’hui saturés.

Qui de la personne même du gouverneur de la Banque du Liban est mieux placée pour faire passer ce message? Lui qui avait fait bénéficier des banques de nombreux avantages, lui qui a permis à ces patrons de banques de violer librement la loi concernant les transferts financiers, lui qui était au centre de la polémique concernant l’audit juricomptable des comptes de la Banque du Liban et des opérations d’ingénieries financières, lui qui a couvert depuis des années, comme banquier, les détournements d’argent publics puisque les comptes de l’état sont au final hébergés par la Banque du Liban, lui qui a failli dans son rôle d’arbitrage entre banques et déposants, lui qui aurait bénéficié également de sa position dans le cadre de certaines opérations si on en croit les dépêches de Wikileaks sur base du témoignage de l’ancien ambassadeur des Etats-Unis au Liban Jeffrey Feltman, lui qui est en fin de compte au centre de tout par la fonction qu’il occupe … jusqu’à maintenant malgré tout.

La Banque du Liban en cela a failli à sa mission d’arbitrage et de surveillance du secteur financier bien gangréné aujourd’hui et moribond s’il n’est pas déjà décédé. C’est cette réalité qui s’impose aujourd’hui et non le déni auquel on nous a habitué depuis 25 ans.

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