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Glyphosate au Sud-Liban : les sols sous menace

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Le Liban accuse Israël d’avoir pulvérisé du glyphosate à forte concentration sur des villages frontaliers du Sud, avant de saisir l’ONU. Les analyses citées par Beyrouth évoquent des niveaux jusqu’à 20 à 30 fois supérieurs aux concentrations habituelles, avec un pic rapporté de 22 750 microgrammes par gramme de sol. Au-delà de la plainte diplomatique, l’affaire pose une question concrète : comment mesurer, contenir et dépolluer des terres agricoles déjà fragilisées par la guerre ?

Le Liban a officiellement porté devant l’ONU une accusation grave contre Israël : l’épandage aérien de glyphosate sur des villages frontaliers du Sud-Liban. Selon le ministère libanais des affaires étrangères, une plainte a été adressée au Conseil de sécurité et au secrétaire général des Nations unies, sur la base d’un rapport du Conseil national de la recherche scientifique libanais. Les analyses de sol évoquent des concentrations élevées dans plusieurs localités frontalières, notamment Aïta al-Chaab, Ras Naqoura et Dhayra.  

L’affaire dépasse le seul cadre environnemental. Elle touche à la souveraineté libanaise, au retour des déplacés, à la sécurité alimentaire et à l’usage de produits chimiques dans une zone déjà ravagée par les bombardements. Selon les autorités libanaises, l’incident remonte au 1er février 2026, avant l’élargissement de la guerre entre Israël et le Hezbollah au début du mois de mars. Des avions israéliens auraient alors pulvérisé une substance présentée à la FINUL comme non toxique, avant que des analyses libanaises n’identifient du glyphosate à des niveaux jugés anormalement élevés.  

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Les chiffres rapportés sont particulièrement préoccupants. Selon l’agence Xinhua, citant le ministère libanais, les tests en laboratoire auraient détecté jusqu’à 22 750 microgrammes de glyphosate par gramme de sol dans certains échantillons. Converti, ce niveau correspond à 22 750 milligrammes par kilogramme, soit 22,75 grammes par kilogramme de sol. Si cette unité et ce résultat sont confirmés par le rapport technique complet, il s’agirait d’un niveau massif de contamination ponctuelle, très supérieur aux résidus généralement observés après un usage agricole ordinaire.  

Des villages agricoles directement visés

Les localités mentionnées par les autorités libanaises se situent toutes dans la bande frontalière du Sud-Liban. Aïta al-Chaab, Ras Naqoura et Dhayra sont des villages liés à l’agriculture, à l’élevage, aux oliveraies, au tabac et aux cultures vivrières. Ces zones ont déjà été touchées par des destructions militaires, des incendies, des bombardements, des déplacements de population et des restrictions d’accès. L’épandage présumé de glyphosate ajoute une couche de pression sur des sols déjà fragilisés.

Dès février, les ministères libanais de l’agriculture et de l’environnement avaient parlé de concentrations 20 à 30 fois supérieures aux niveaux habituels relevés dans les usages agricoles. Le Guardian rapporte que ces ministères avaient averti d’effets directs sur la végétation, la production agricole, la fertilité des sols et l’équilibre écologique.  

Le Monde a également rapporté que les premiers niveaux élevés concernaient au moins Ras Naqoura et Aïta al-Chaab, distants d’une vingtaine de kilomètres. Les autorités libanaises évoquaient alors une première phase d’analyse, avant cartographie complète de la surface touchée. La ministre libanaise de l’environnement, Tamara El-Zein, indiquait que le couvert végétal avait déjà jauni dans les zones exposées, selon les témoignages d’habitants.  

La FINUL avait été informée par l’armée israélienne d’une opération aérienne visant à disperser une substance dite non toxique près de la Ligne bleue. Les Casques bleus ont dû se mettre à l’abri et suspendre des opérations pendant plus de neuf heures sur une partie de leur zone. La FINUL a ensuite jugé cette activité « inacceptable » et contraire à la résolution 1701 du Conseil de sécurité.  

Ce que signifie le taux de 22 750 microgrammes par gramme

Le chiffre de 22 750 microgrammes par gramme doit être expliqué avec prudence. En chimie des sols, 1 microgramme par gramme équivaut à 1 milligramme par kilogramme. Le niveau rapporté correspond donc à 22 750 mg/kg. En proportion massique, cela représente environ 2,275 % du sol analysé, si l’échantillon est exprimé sur base sèche. Ce niveau est extrêmement élevé pour un résidu d’herbicide dans un sol agricole.

Il faut toutefois distinguer trois choses. D’abord, un pic de concentration dans un échantillon ne signifie pas que toute la zone contaminée présente le même niveau. Ensuite, les résultats doivent être interprétés selon la méthode de prélèvement, la profondeur de sol, l’humidité, la granulométrie et la distance par rapport à la zone de dépôt. Enfin, il faudra connaître les résultats complets : nombre d’échantillons, localisation, témoins non exposés, présence d’AMPA, marge d’erreur et protocole analytique.

La mention de concentrations « 20 à 30 fois supérieures » aux niveaux habituels indique une anomalie nette. Mais elle ne donne pas seule la masse totale de glyphosate déposée. Pour l’estimer, il faut connaître la surface touchée, la profondeur de contamination et la densité apparente des sols. Sans cette cartographie, il est impossible de chiffrer précisément la quantité totale de produit à traiter.

Ce point est crucial pour la dépollution. Une contamination concentrée en surface, sur quelques centimètres, peut être gérée par confinement, prélèvement ciblé ou traitement biologique. Une contamination plus diffuse, infiltrée dans des sols agricoles et entraînée par les pluies, demande une réponse beaucoup plus longue, avec surveillance des eaux de ruissellement, des puits, des cultures et des sédiments.

Glyphosate : un herbicide controversé

Le glyphosate est l’un des herbicides les plus utilisés au monde. Il agit en bloquant une voie enzymatique essentielle à la croissance des plantes. Il n’est pas sélectif : lorsqu’il est appliqué sur de la végétation non résistante, il provoque le dépérissement des plantes touchées. C’est précisément cette efficacité qui en fait un outil agricole courant, mais aussi un produit redoutable lorsqu’il est pulvérisé à forte dose sur des terres cultivées ou des zones naturelles.

Son risque sanitaire fait débat depuis des années. Le Centre international de recherche sur le cancer, rattaché à l’Organisation mondiale de la santé, a classé le glyphosate en 2015 comme « probablement cancérogène pour l’homme », groupe 2A. Cette classification repose sur des preuves limitées chez l’humain, des preuves suffisantes chez l’animal et des éléments forts sur la génotoxicité.  

D’autres agences ont adopté une lecture différente. L’Autorité européenne de sécurité des aliments a conclu en 2023 que son évaluation n’avait pas identifié de « domaine critique de préoccupation » pour la santé humaine, animale ou environnementale, tout en signalant des lacunes de données et des points non finalisés.  

Cette divergence ne rend pas le dossier anodin. Elle signifie que le niveau de risque dépend fortement du type d’exposition. Une exposition alimentaire à faible dose ne se compare pas à une pulvérisation aérienne concentrée sur un village, à une exposition de travailleurs agricoles, à l’inhalation de poussières contaminées ou au contact direct avec des sols récemment traités. Dans le cas du Sud-Liban, le problème principal n’est pas un usage agricole réglementé. C’est l’accusation d’un épandage transfrontalier, massif, non consenti et potentiellement utilisé comme outil de guerre environnementale.

Les risques pour la santé

Les risques pour la santé doivent être abordés sans exagération, mais sans minimisation. Le glyphosate peut exposer les populations par plusieurs voies : contact cutané avec les plantes ou les sols contaminés, inhalation de gouttelettes ou de poussières, ingestion indirecte via des cultures, contamination de l’eau par ruissellement ou transfert vers des puits peu profonds. Les personnes les plus exposées sont les agriculteurs, les enfants jouant dans les sols, les secouristes, les habitants revenant rapidement dans les villages et les éleveurs.

À court terme, les formulations commerciales à base de glyphosate peuvent provoquer des irritations cutanées, oculaires ou respiratoires, surtout en cas de contact direct avec des doses élevées. Le risque dépend aussi des adjuvants présents dans le produit pulvérisé. Or les autorités libanaises ne doivent pas seulement rechercher le glyphosate pur. Elles doivent identifier la formulation complète : solvants, tensioactifs, additifs et produits de dégradation.

À moyen et long terme, la question la plus sensible concerne le cancer, notamment les lymphomes non hodgkiniens, au cœur des controverses scientifiques et judiciaires liées au glyphosate. La classification du CIRC en groupe 2A ne signifie pas que toute exposition provoque un cancer. Elle signifie qu’un danger cancérogène probable a été identifié dans certaines conditions d’exposition. Dans le cas libanais, ce sont donc les niveaux, la durée d’exposition et la répétition éventuelle des épandages qui doivent être documentés.

Les autorités sanitaires devraient aussi surveiller les eaux. Le glyphosate se fixe fortement à certaines particules du sol, mais il peut être transporté par ruissellement, surtout sur des sols nus, incendiés ou érodés. Son métabolite principal, l’AMPA, peut persister plus longtemps que la molécule mère dans certains contextes. Des travaux scientifiques rapportent pour l’AMPA des demi-vies dans les sols allant de 60 à 240 jours.  

Les risques pour les sols et l’agriculture

Pour les terres du Sud-Liban, le premier risque est visible : la destruction du couvert végétal. Lorsque les plantes jaunissent et meurent, les sols deviennent plus vulnérables à l’érosion, au ruissellement et à la perte de matière organique. Dans des villages frontaliers déjà touchés par les incendies et les bombardements, cette perte de végétation aggrave la dégradation des terres.

Le deuxième risque concerne la fertilité. Le glyphosate peut modifier l’activité microbienne des sols, selon la dose, le type de sol, l’humidité, le pH et la matière organique. Les sols agricoles ne sont pas de simples supports physiques. Ils abritent des bactéries, champignons, vers, insectes et micro-organismes qui participent au cycle de l’azote, du phosphore et du carbone. Une contamination élevée peut perturber ces équilibres, surtout lorsque les sols sont déjà stressés par les munitions, les métaux lourds ou les incendies.

Le troisième risque concerne les cultures. Les autorités libanaises devront décider si les récoltes situées dans les zones touchées peuvent être consommées, vendues ou exportées. Cette décision ne peut pas reposer sur l’apparence des plantes. Il faut des analyses de résidus dans les feuilles, les fruits, les graines, les tubercules, l’eau d’irrigation et le sol. Dans l’attente, la prudence impose de suspendre la récolte alimentaire dans les parcelles les plus exposées.

Le quatrième risque touche les pollinisateurs. Les abeilles et insectes utiles dépendent d’un couvert végétal diversifié. Si une bande entière de végétation est détruite, les ruches perdent des ressources. Le Guardian cite des responsables environnementaux libanais alertant sur les effets cumulatifs de ces attaques sur les insectes, les pollinisateurs et un secteur agricole déjà dévasté.  

Une possible stratégie de « zone stérile »

Au Liban, l’accusation est lue dans un contexte militaire. Les autorités et ONG environnementales y voient moins un incident isolé qu’un élément d’une stratégie de contrôle de la frontière. En détruisant la végétation, on réduit les caches naturelles, on améliore la visibilité militaire, on empêche certaines cultures et on rend le retour des civils plus difficile. Cette lecture rejoint les inquiétudes de la FINUL sur l’impact à long terme de ce type d’opération sur le retour des habitants et leurs moyens de subsistance.  

La résolution 1701 encadre depuis 2006 la cessation des hostilités et le rôle de la FINUL au Sud-Liban. Le mandat de la mission inclut l’appui au retour sûr et volontaire des déplacés, la surveillance de la cessation des hostilités et le soutien au déploiement de l’armée libanaise.  

Dans ce cadre, un épandage chimique transfrontalier pose une question politique autant qu’environnementale. Si une armée étrangère rend des terres agricoles inutilisables, même temporairement, elle affecte le droit au retour, la subsistance des habitants et la souveraineté de l’État. C’est pourquoi Beyrouth parle de « crime environnemental et sanitaire » et de violation flagrante de sa souveraineté.

Peut-on dépolluer les sols ?

Oui, mais la réponse dépend du niveau réel de contamination, de sa profondeur, de la surface touchée et du calendrier agricole. Il n’existe pas une seule méthode de dépollution. Il faut d’abord cartographier précisément les zones contaminées. Cette phase doit associer le CNRS libanais, le ministère de l’environnement, l’armée libanaise, la FINUL, des laboratoires indépendants et, si possible, des experts internationaux.

La première étape consiste à interdire temporairement l’accès agricole aux parcelles les plus touchées. Il faut éviter le labour immédiat, qui pourrait mélanger la contamination dans des couches plus profondes. Il faut aussi empêcher le pâturage, la récolte et l’usage de végétaux contaminés comme fourrage. Les sols doivent être échantillonnés par grille, avec prélèvements à 0-5 cm, 5-15 cm et 15-30 cm. Les analyses doivent mesurer le glyphosate, l’AMPA, les adjuvants possibles, les métaux lourds et les résidus d’explosifs.

La deuxième étape peut reposer sur la dégradation naturelle surveillée. Le glyphosate est souvent dégradé par des micro-organismes du sol. Sa persistance varie fortement. Des synthèses scientifiques soulignent qu’il peut être relativement rapidement inactivé par adsorption et dégradation, mais que les conditions locales déterminent la durée réelle.  

La troisième option est la bioremédiation. Elle consiste à stimuler les micro-organismes capables de dégrader le glyphosate, par apport de matière organique, compost contrôlé, humidité, aération et parfois inoculation microbienne. Cette méthode est adaptée si la contamination est diffuse et surtout superficielle. Elle est moins brutale que l’excavation, mais elle demande du temps, des essais pilotes et un suivi régulier.

La quatrième option est la phytoremédiation. Elle consiste à utiliser des plantes et leurs rhizosphères pour stimuler la dégradation ou stabiliser les polluants. L’Agence américaine de protection de l’environnement décrit cette technique comme adaptée à des contaminations peu profondes, sur de grandes surfaces, lorsque les méthodes classiques sont trop coûteuses ou peu praticables. Elle souligne toutefois ses limites : durée longue, acceptation réglementaire, risques de transfert vers la chaîne alimentaire et besoin de suivi.  

La cinquième option est l’excavation des sols les plus contaminés. Elle doit rester ciblée, car elle est coûteuse, destructrice et difficile en zone frontalière. Elle peut être nécessaire autour des points de concentration extrême, surtout si le pic de 22 750 µg/g est confirmé. Les terres excavées doivent ensuite être traitées ou confinées. Les envoyer en décharge sans traitement déplacerait le problème au lieu de le résoudre.

Combien cela peut coûter ?

Il est impossible de donner un coût final sans connaître la surface et la profondeur contaminées. Mais des ordres de grandeur existent. Selon un rapport technique de l’EPA sur la phytoremédiation, les coûts de traitement par plantes et rhizosphère peuvent se situer autour de 10 à 35 dollars par tonne pour certains sols contaminés, contre 50 à 150 dollars par tonne pour une bioremédiation in situ, 120 à 300 dollars par tonne pour un lavage des sols, et 360 à 440 dollars par tonne pour une incinération.  

Ces coûts doivent être traduits en surface agricole. Pour un hectare contaminé sur les 10 premiers centimètres, avec une densité apparente moyenne de 1,3 tonne par mètre cube, le volume de sol concerné est d’environ 1 000 m³, soit 1 300 tonnes. À ce niveau, une phytoremédiation coûterait environ 13 000 à 45 500 dollars par hectare, hors cartographie, sécurité, surveillance, analyses, indemnisation agricole et pertes de revenus. Une bioremédiation in situ coûterait plutôt 65 000 à 195 000 dollars par hectare. Un lavage des sols monterait entre 156 000 et 390 000 dollars par hectare. Une incinération dépasserait 468 000 dollars par hectare.

Si la contamination atteint 30 cm de profondeur, ces montants peuvent être multipliés par trois. Si elle reste limitée à une bande de surface, les coûts peuvent être réduits par traitement ciblé. Si les sols sont aussi contaminés par métaux lourds, phosphore blanc, explosifs ou hydrocarbures, les coûts augmentent nettement, car il faut traiter une pollution mixte.

Il faut aussi ajouter le coût de l’urgence. Une campagne d’analyses sérieuse peut coûter plusieurs centaines de milliers de dollars si elle couvre plusieurs villages. La surveillance des eaux, des cultures et des sols pendant deux ans peut coûter davantage. Les indemnisations agricoles, pertes de récoltes, fourrages détruits, ruches affectées et revenus interrompus peuvent dépasser le coût technique de la dépollution.

Une réponse libanaise en cinq temps

La réponse la plus réaliste devrait suivre cinq étapes. D’abord, sécuriser et documenter. Les zones touchées doivent être balisées. Les habitants doivent recevoir des consignes simples : ne pas récolter, ne pas faire paître, ne pas brûler les végétaux contaminés, ne pas déplacer de terre, ne pas utiliser les eaux de ruissellement avant analyse.

Ensuite, cartographier. Il faut produire une carte publique par village, avec niveaux de contamination, profondeur, zones agricoles, points d’eau, habitations, routes et parcelles prioritaires. Cette carte doit distinguer les zones très contaminées, les zones suspectes et les zones non touchées. Sans cartographie, la peur s’étend à toutes les terres et frappe même les agriculteurs dont les parcelles ne sont pas contaminées.

Troisièmement, choisir le traitement selon les niveaux. Les zones à faible contamination peuvent être suivies par dégradation naturelle et cultures non alimentaires de couverture. Les zones moyennes peuvent recevoir bioremédiation et phytoremédiation. Les points très concentrés peuvent exiger décapage superficiel, confinement ou traitement ex situ.

Quatrièmement, protéger les filières alimentaires. Les productions des zones exposées doivent être analysées avant commercialisation. Il faut éviter que la contamination réelle ou supposée ruine durablement la réputation des produits du Sud-Liban. Cela suppose des certificats d’analyses, des contrôles publics et une communication transparente.

Enfin, demander réparation. Si la responsabilité israélienne est confirmée par des analyses indépendantes et reconnue par les instances internationales, le Liban peut documenter les dommages, évaluer les pertes agricoles et demander une compensation. Cette demande devra inclure les coûts de dépollution, de suivi sanitaire, d’indemnisation des agriculteurs et de restauration écologique.

Le Sud-Liban face à une pollution de guerre

Le dossier du glyphosate s’ajoute à une liste déjà lourde : phosphore blanc, munitions non explosées, incendies, métaux lourds issus des bombardements, sols brûlés, oliveraies détruites, routes coupées et villages vidés. Le Guardian cite des ONG libanaises décrivant des impacts cumulatifs sur des écosystèmes déjà dégradés par des mois de guerre.  

Cette accumulation rend la dépollution plus difficile. Un sol sain peut absorber, dégrader ou immobiliser certains polluants mieux qu’un sol brûlé, compacté ou saturé de résidus militaires. Dans le Sud-Liban, les terres touchées ne sont pas un laboratoire agricole ordinaire. Ce sont des sols de guerre. La réponse doit donc être à la fois scientifique, sanitaire, agricole, juridique et diplomatique.

L’urgence est désormais d’obtenir le rapport complet du CNRS libanais, de le faire expertiser par des laboratoires indépendants, de publier les cartes de contamination et de mettre en place un plan de protection des habitants. Le chiffre de 22 750 microgrammes par gramme, s’il est confirmé, impose une réponse immédiate sur les points les plus touchés. Le Liban a saisi l’ONU. Les villages concernés attendent maintenant moins une condamnation générale qu’un protocole précis pour savoir où cultiver, quoi consommer, quelles terres éviter et combien de temps il faudra pour rendre les sols à nouveau vivants.

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