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Israël frappe encore les secouristes au Liban

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Le nouvel épisode de Khirbet Selm et de Srifa replace les secouristes au centre de la guerre menée par Israël au Liban. Selon une dépêche de l’Agence nationale d’information, huit raids ont visé Khirbet Selm et ses environs, dont plusieurs frappes dans la zone dite du puits des chaînes. Une équipe d’ambulanciers qui se rendait sur place a elle-même été ciblée par un raid, ce qui l’a contrainte à se retirer. Le même jour, une frappe israélienne a touché un centre de défense civile lié à l’association Al-Risala à Srifa, dans le district de Tyr. Le secouriste Ali Abbas Najdi a été tué et deux autres ambulanciers ont été blessés. Ces attaques s’ajoutent à une série documentée de frappes contre des ambulances, des centres de secours et du personnel médical. Elles posent une question centrale : Israël mène-t-il des opérations compatibles avec le droit international humanitaire, ou installe-t-il une pratique de ciblage des secours pouvant relever de crimes de guerre potentiels ?

À Khirbet Selm, les ambulanciers forcés de reculer

La dépêche venue du Sud décrit une séquence classique des journées de guerre au Liban : plusieurs frappes en quelques minutes, des zones rurales ou semi-urbaines touchées, puis l’arrivée des secours. À Khirbet Selm, les raids ont visé la région de Dabsha, les abords de la station Al-Amana, le secteur d’Al-Ain et la zone du puits des chaînes. La répétition des frappes a laissé penser à une opération conduite sur plusieurs points, et non à un seul tir isolé. Dans ce contexte, l’intervention des ambulanciers ne relève pas d’un choix. Elle répond à une obligation humanitaire élémentaire : vérifier la présence de blessés, extraire les victimes, sécuriser les lieux et transférer les personnes atteintes vers les hôpitaux les plus proches.

C’est précisément au moment où cette équipe s’est dirigée vers le puits des chaînes qu’un nouveau raid l’a visée ou a frappé dans son environnement immédiat, selon la dépêche. Les ambulanciers ont dû se retirer. Ce détail est essentiel. Une frappe qui empêche les secours d’accéder aux victimes ne produit pas seulement de nouveaux risques pour les secouristes. Elle prolonge la souffrance des blessés, retarde leur évacuation et peut transformer des blessures survivables en décès évitables. Dans une guerre où les routes sont surveillées par drones et où les ambulances roulent sous menace permanente, le temps médical devient lui-même un champ de bataille.

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À Srifa, Ali Abbas Najdi tué dans un centre de secours

À Srifa, la situation est plus grave encore. La frappe a touché directement un centre de défense civile affilié à l’association Al-Risala. Ali Abbas Najdi, secouriste, a été tué. Deux autres ambulanciers ont été blessés. Le lieu visé n’était pas décrit comme une position de combat dans les informations disponibles, mais comme un centre de secours. Israël n’a pas apporté, au moment de la rédaction, d’éléments publics permettant d’établir que ce site avait perdu sa protection en raison d’un usage militaire. Dans ces conditions, la frappe soulève un soupçon sérieux de violation du droit de la guerre. Elle doit être documentée, examinée et versée à tout dossier d’enquête indépendant.

Le droit international humanitaire protège les personnels médicaux, les ambulances, les centres de soins et les unités de secours. Cette protection ne dépend pas de la nationalité, de l’opinion politique ou de l’affiliation administrative des secouristes. Un ambulancier peut relever de la Croix-Rouge, de la défense civile publique, d’une association locale, d’un organisme affilié à un parti ou d’une structure communautaire. Tant qu’il accomplit une mission médicale ou humanitaire, il doit être respecté et protégé. Cette règle constitue l’un des socles du droit de la guerre. Elle permet aux blessés d’être soignés même lorsque les combats continuent.

Ce que dit le droit de la guerre

Cette protection n’est pas absolue dans tous les cas. Une ambulance, un centre de soins ou une unité médicale peut perdre sa protection si elle est utilisée, en dehors de sa fonction humanitaire, pour commettre des actes nuisibles à l’ennemi. Mais cette exception est strictement encadrée. Elle ne peut pas reposer sur une accusation générale, une affiliation politique supposée ou une présence dans une zone contrôlée par un groupe armé. Elle exige des éléments concrets. Elle impose aussi, lorsque les circonstances le permettent, un avertissement préalable et un délai raisonnable avant toute attaque. En l’absence de preuve claire, la règle reste la protection.

C’est là que le dossier libanais devient inquiétant. Depuis la reprise de la guerre le 2 mars, les attaques contre les personnels de santé se sont répétées. Des organisations de défense des droits humains, des agences internationales et des médias occidentaux ont documenté des frappes visant des ambulances, des centres de secours et des structures médicales dans le Sud. Les chiffres varient selon les dates de bilan. En mars, les autorités sanitaires libanaises faisaient déjà état de dizaines de soignants et secouristes tués. Fin mai, un décompte local cité dans la séquence évoque au moins 125 secouristes tués, plus de 303 blessés et plus de 154 attaques contre des équipes d’ambulance depuis le début de l’offensive israélienne actuelle.

Une accumulation qui change l’analyse

Même si chaque incident doit être vérifié séparément, l’accumulation change l’analyse. Un tir isolé peut être présenté comme une erreur, une mauvaise identification ou un dommage collatéral. Une série de frappes contre des ambulances et centres de secours dans des localités différentes appelle un examen plus lourd. Elle oblige à se demander si les procédures israéliennes de ciblage protègent réellement les services médicaux, si les allégations d’usage militaire sont étayées, et si les secouristes libanais sont traités par l’armée israélienne comme des acteurs humanitaires ou comme des éléments hostiles par défaut.

Le cas de Hanouiyeh et Deir Qanoun al-Nahr, quelques jours plus tôt, avait déjà déclenché l’alerte. Des frappes israéliennes y ont tué plusieurs secouristes, dont des membres d’associations médicales liées au Hezbollah ou au mouvement Amal. Les autorités israéliennes ont affirmé viser des infrastructures du Hezbollah. Le ministère libanais de la Santé et des organisations humanitaires ont dénoncé des attaques contre des personnels protégés. Le débat ne porte pas seulement sur l’identité politique des associations. Il porte sur la fonction exercée au moment de la frappe. Un secouriste qui intervient auprès de blessés ne devient pas une cible militaire parce que son organisation entretient des liens politiques avec un parti.

La peur des doubles frappes

La pratique dite du double tap, ou double frappe, est particulièrement redoutée par les équipes de secours. Elle consiste à frapper un site, puis à viser la même zone après l’arrivée des secouristes, des proches ou des habitants. Les témoignages recueillis dans le Sud du Liban décrivent des interventions retardées, des ambulances maintenues à distance et des équipes obligées d’attendre une autorisation locale ou une baisse du survol de drones avant d’avancer. À Khirbet Selm, l’équipe d’ambulanciers a dû se retirer après avoir été ciblée ou placée sous attaque dans la zone d’intervention. Cette situation crée un effet paralysant. Les secouristes savent que leur arrivée peut être suivie d’un nouveau tir.

L’effet humain est immédiat. Quand les ambulances n’approchent plus, les blessés restent plus longtemps au sol. Les familles tentent parfois d’évacuer elles-mêmes les victimes, avec des voitures civiles non équipées. Les routes sont empruntées sans coordination, sous drones, dans la confusion. Les hôpitaux reçoivent des blessés plus tard, dans un état plus grave. Les secouristes, eux, vivent avec une angoisse constante. Ils doivent choisir entre leur devoir d’intervention et le risque de mourir au moment même où ils accomplissent une mission protégée par le droit international.

Un système de santé attaqué dans sa capacité de réponse

Cette pression détruit aussi le système de santé par épuisement. Le Liban ne dispose pas d’un appareil hospitalier capable d’absorber indéfiniment des vagues de blessés tout en perdant ses ambulances, ses postes avancés et ses personnels formés. Chaque secouriste tué représente une famille brisée, mais aussi une compétence perdue. Chaque ambulance détruite réduit la capacité de réponse de tout un secteur. Chaque centre de défense civile frappé allonge les délais d’intervention pour la prochaine attaque. La guerre ne tue donc pas seulement par l’explosion. Elle tue aussi en désorganisant les chaînes de secours.

Israël soutient généralement que ses frappes visent le Hezbollah, ses infrastructures, ses dépôts ou ses combattants. Cet argument ne peut pas être écarté sans examen. Le Hezbollah est un acteur armé. Il opère dans des zones civiles. Il entretient des réseaux politiques, sociaux et sanitaires. Il utilise parfois des espaces mêlés aux communautés locales. Mais ce contexte ne donne pas à Israël le droit de frapper les services médicaux sans preuve précise. Le droit de viser un objectif militaire ne permet pas de neutraliser par avance toute structure située dans un environnement jugé hostile. La distinction reste obligatoire. La proportionnalité reste obligatoire. La précaution reste obligatoire.

Pourquoi la qualification de crime de guerre est posée

Les frappes contre les secours doivent donc être analysées sous trois angles. Le premier est celui de la distinction : la cible était-elle militaire ou humanitaire ? Le deuxième est celui de la proportionnalité : le dommage prévisible pour les civils et les secouristes était-il excessif au regard de l’avantage militaire attendu ? Le troisième est celui des précautions : l’armée a-t-elle vérifié la cible, choisi un moyen moins dangereux et donné un avertissement lorsque cela était possible ? Si ces conditions ne sont pas remplies, une frappe contre des ambulanciers ou un centre de secours peut relever d’une violation grave, voire d’un crime de guerre.

Le terme crime de guerre ne doit pas être utilisé comme un slogan. Il renvoie à des qualifications juridiques. Les attaques délibérées contre du personnel médical, des ambulances ou des unités sanitaires protégées peuvent constituer des crimes de guerre. Les attaques indiscriminées ou disproportionnées peuvent aussi entrer dans cette catégorie. La qualification finale appartient à des enquêteurs, des procureurs et des juridictions compétentes. Mais le rôle du journalisme est de nommer les éléments qui justifient l’ouverture d’enquêtes : répétition des faits, nature des cibles, absence de preuves publiques d’usage militaire, décès de secouristes identifiés, entrave aux évacuations et déclarations officielles minimisant les dommages.

Le devoir libanais de documenter

La responsabilité du gouvernement libanais est également engagée. Beyrouth doit documenter chaque frappe contre les secours avec une rigueur maximale. Il faut conserver les noms des victimes, les coordonnées des sites, les heures des raids, les images des dégâts, les trajectoires des ambulances, les communications radio, les témoignages des survivants et les rapports médicaux. Ces éléments doivent être centralisés par le ministère de la Santé, la défense civile, la justice militaire ou civile et les organismes compétents en droit humanitaire. Sans dossier solide, les accusations restent vulnérables aux dénégations et aux récits concurrents.

Le Liban doit aussi protéger les secouristes dans l’immédiat. Cela implique des itinéraires sécurisés, des protocoles de coordination, des équipements de protection, des moyens de communication et des alertes rapides. Mais aucune mesure technique ne suffit si les ambulances sont considérées comme des cibles possibles. Les partenaires internationaux doivent donc exiger d’Israël des garanties concrètes sur le respect des services médicaux. Une trêve qui ne protège pas les ambulanciers n’est pas une trêve humanitaire. Elle laisse les blessés dépendre du courage d’équipes envoyées dans des zones où elles peuvent être frappées à leur tour.

Des alertes déjà lancées par les ONG

Les organisations humanitaires ont déjà alerté sur le danger. Amnesty International a demandé l’arrêt des attaques contre les soignants, les installations médicales et les premiers répondants. Human Rights Watch a parlé d’attaques israéliennes contre des soignants et des structures de santé pouvant constituer des crimes de guerre apparents dans des dossiers antérieurs. L’Organisation mondiale de la santé a aussi signalé des attaques ayant tué des ambulanciers et forcé la fermeture ou la réduction d’activité de nombreuses structures de soins. Ces alertes forment un arrière-plan qui rend les événements de Khirbet Selm et de Srifa plus graves encore.

Le choix des mots compte. Dire que les secouristes ont été tués ne suffit pas. Il faut dire où, comment, dans quelles circonstances et avec quelles conséquences. Ali Abbas Najdi n’est pas seulement un nom ajouté à une liste. Il représentait une fonction vitale dans une zone frappée. Les deux secouristes blessés à Srifa ne sont pas seulement des victimes collatérales. Ils appartiennent à une chaîne de secours que les habitants appellent lorsque les missiles tombent. L’équipe contrainte de se retirer à Khirbet Selm incarne la peur la plus concrète : celle d’une ambulance qui ne peut plus arriver jusqu’aux blessés.

Quand les ambulances deviennent un indicateur de guerre

La guerre au Liban se joue donc aussi dans ce silence après les frappes, quand les sirènes hésitent à approcher. Les habitants savent que les premières minutes sont décisives. Ils savent aussi que les secouristes ne peuvent pas sauver des vies s’ils deviennent eux-mêmes la cible. La répétition de ces épisodes crée une zone grise mortelle, où les victimes attendent et où les ambulanciers calculent le risque d’une deuxième frappe. C’est cette zone grise que le droit humanitaire cherche précisément à empêcher.

Le prochain test sera celui de la réaction. Si les frappes de Khirbet Selm et de Srifa sont traitées comme des incidents ordinaires, la protection des secours continuera de s’éroder. Si elles donnent lieu à une documentation indépendante, à des démarches diplomatiques et à des demandes de comptes, elles pourront devenir des pièces dans un dossier plus vaste sur la conduite israélienne de la guerre au Liban. Pour les secouristes du Sud, l’enjeu est plus immédiat encore : savoir si leur uniforme, leur ambulance et leur mission les protègent encore, ou si chaque départ vers une zone bombardée les expose désormais au même danger que les victimes qu’ils tentent de sauver.

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