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Liban : Aoun et Salam cadrent Washington après Islamabad

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Le président de la République, Joseph Aoun, et le Premier ministre, Nawaf Salam, ont fixé les constantes de la position libanaise avant la prochaine ronde de négociations prévue à Washington. Leur communiqué, publié après une réunion au palais de Baabda, replace le dossier du Liban dans la séquence ouverte par l’annonce d’un mémorandum de compréhension entre les États-Unis et l’Iran. Le message officiel tient en cinq exigences : un arrêt définitif du feu, le retrait des forces israéliennes des territoires qu’elles occupent, le déploiement de l’armée libanaise jusqu’aux frontières internationales, le retour des prisonniers libanais et le lancement de la reconstruction. Cette formulation n’est pas seulement diplomatique. Elle trace le cadre dans lequel Beyrouth veut éviter qu’une détente régionale ne se transforme en arrangement partiel sur son propre territoire.

Le communiqué intégral, traduit en français

Le président de la République, le général Joseph Aoun, a examiné avec le président du Conseil des ministres, le docteur Nawaf Salam, lors d’une réunion tenue au palais de Baabda dans la matinée, les développements locaux et régionaux actuels après l’annonce, hier, de l’accord sur un mémorandum de compréhension entre les États-Unis et la République islamique d’Iran, ainsi que l’évaluation des réactions à cet accord, en plus des contacts qui ont été menés avec le Liban dans ce cadre.

Les discussions ont également porté sur les préparatifs en cours en vue de la prochaine ronde des négociations libano-américano-israéliennes à Washington, prévue la semaine prochaine.

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Les présidents Aoun et Salam ont considéré que l’entente américano-iranienne constituait un facteur positif pour la baisse des tensions dans la région, qu’elle poussait vers des solutions pacifiques et vers la fin de l’état de guerre.

Les deux présidents ont confirmé la constance de la position libanaise dans les négociations de Washington, à savoir l’arrêt définitif du feu, le retrait des forces israéliennes des territoires qu’elles occupent, le déploiement de l’armée libanaise jusqu’aux frontières internationales, le retour des prisonniers libanais et le lancement du processus de reconstruction.

Le Liban veut verrouiller son mandat diplomatique

Le communiqué est bref, mais sa construction est précise. Il commence par la scène institutionnelle, avec une réunion entre le chef de l’État et le chef du gouvernement. Il poursuit avec la lecture régionale, centrée sur le mémorandum américano-iranien. Il introduit ensuite le canal de Washington, où doivent se tenir les négociations libano-américano-israéliennes. Il se termine par les constantes libanaises. Cet ordre a une portée politique. Il indique que Beyrouth ne veut pas aborder la négociation comme un simple appendice du dialogue entre Washington et Téhéran. Les autorités libanaises cherchent au contraire à inscrire leur propre mandat dans une séquence plus large, sans laisser les priorités nationales se diluer dans un accord régional.

La première donnée du texte est l’unité affichée entre Joseph Aoun et Nawaf Salam. Dans le système libanais, cette unité pèse. Les dossiers de souveraineté et de sécurité se heurtent souvent à des lectures divergentes entre institutions, partis et blocs communautaires. En présentant une position commune, la présidence et le gouvernement veulent réduire les marges d’interprétation. Le communiqué ne laisse pas entendre que Beyrouth arrive à Washington avec des demandes ouvertes ou une liste négociable à l’infini. Il affirme des constantes. Le mot est important. Il signifie que les cinq points ne sont pas des options tactiques, mais les bases minimales de la position libanaise.

Cette unité institutionnelle répond aussi à un risque intérieur. Toute négociation avec Israël, même indirecte ou encadrée par Washington, suscite des suspicions au Liban. Une partie de l’opinion redoute une normalisation déguisée. Une autre craint un accord qui maintiendrait le Hezbollah au centre de la sécurité du Sud. D’autres encore craignent que le Liban paie le prix de compromis conclus entre puissances extérieures. En rappelant que les négociations portent sur un cessez-le-feu final, un retrait, le déploiement de l’armée, les prisonniers et la reconstruction, le communiqué cherche à limiter ces soupçons. Il donne à la démarche une tonalité défensive et souveraine.

Un arrêt définitif du feu, pas une simple trêve

Le premier axe concerne l’arrêt définitif du feu. La formule dépasse le simple appel au calme. Elle suppose la fin d’un état d’instabilité où les combats peuvent reprendre à tout moment. Pour les autorités libanaises, une trêve incomplète ne suffit pas. Elle peut réduire les pertes immédiates, mais elle ne permet ni le retour des habitants ni la reprise des activités économiques au Sud. Elle maintient les villages dans l’incertitude. Elle empêche les écoles, les municipalités et les services publics de fonctionner avec une visibilité minimale. Le Liban veut donc obtenir une cessation des hostilités qui ferme la séquence militaire, au lieu de la suspendre.

Cette exigence répond à une logique simple. Sans arrêt durable du feu, aucun autre point ne peut avancer. L’armée libanaise ne peut pas se déployer pleinement sous la menace de frappes ou d’incidents. Les prisonniers ne peuvent pas être traités dans un climat de tension permanente. La reconstruction ne peut pas démarrer dans des zones qui risquent d’être détruites de nouveau. La diplomatie libanaise place donc la cessation définitive du feu au début de la chaîne. Elle en fait la condition pratique de tout retour à l’autorité de l’État. La question centrale sera celle du mécanisme de contrôle. Un engagement politique aura peu d’effet si aucune procédure ne permet d’établir les violations et d’en tirer des conséquences.

Le retrait israélien, condition de souveraineté

Le deuxième axe porte sur le retrait israélien des territoires occupés. C’est le point le plus sensible du communiqué. Il traduit une exigence de souveraineté, mais aussi un calcul politique. Tant que des forces israéliennes restent sur le territoire libanais, l’État libanais apparaît empêché. Il peut revendiquer son autorité, mais il ne peut pas l’exercer complètement. Cette situation donne un argument aux acteurs armés qui soutiennent que la résistance reste nécessaire. Elle affaiblit aussi les forces politiques qui veulent défendre le monopole des armes par l’État. Pour Beyrouth, le retrait israélien n’est donc pas une clause secondaire. Il conditionne la crédibilité de toute solution.

Le communiqué évite les formules longues, mais il pose une équation claire. Le retrait israélien doit précéder ou accompagner le retour de l’armée libanaise jusqu’aux frontières internationales. Les deux éléments ne peuvent pas être séparés. Un retrait sans présence de l’État ouvrirait un vide dangereux. Une présence de l’armée sans retrait complet placerait l’institution militaire dans une position intenable. Elle serait appelée à protéger une souveraineté qui resterait incomplète. Les autorités libanaises veulent donc articuler les deux mouvements. Le départ des forces israéliennes doit ouvrir la voie à un déploiement effectif de l’armée, non à une compétition entre acteurs armés.

L’armée libanaise comme réponse institutionnelle

Le troisième axe, celui du déploiement de l’armée, répond aux attentes de plusieurs acteurs à la fois. Il rassure les partenaires qui veulent voir l’État libanais reprendre le contrôle du Sud. Il répond aux habitants qui demandent une sécurité plus stable. Il offre aussi une réponse politique à ceux qui redoutent que le retrait israélien profite seulement au Hezbollah. Mais cette mission reste lourde. L’armée doit agir dans un environnement dégradé. Elle devra couvrir des villages touchés par les combats, des axes fragiles et des secteurs où la méfiance demeure forte. Elle aura besoin de moyens, de coordination et d’un mandat clair. Le communiqué indique l’objectif, mais la négociation devra préciser les conditions de mise en œuvre.

Cette question des moyens ne peut pas être écartée. L’armée libanaise traverse depuis des années une crise matérielle liée à l’effondrement économique du pays. Ses soldats assument des missions nombreuses, de la sécurité intérieure à la surveillance des frontières. Un déploiement renforcé jusqu’aux frontières internationales exige des ressources supplémentaires. Il nécessite des véhicules, des équipements, du carburant, des communications, des infrastructures et une coordination étroite avec les forces internationales. En plaçant l’armée au centre de sa position, Beyrouth adresse aussi un message aux partenaires étrangers : la souveraineté libanaise ne se rétablira pas par déclaration. Elle devra être financée, protégée et organisée.

Les prisonniers libanais, un volet humain

Le quatrième axe concerne le retour des prisonniers libanais. Cette mention donne au communiqué une dimension humaine. Elle rappelle que la fin d’une guerre ne se limite pas au silence des armes ou aux cartes militaires. Elle touche aussi les familles, les mémoires et les blessures individuelles. Le retour des prisonniers possède une forte valeur symbolique dans un pays où les dossiers de détention, de disparition et de captivité ont souvent accompagné les crises régionales. En intégrant ce point au mandat de Washington, Aoun et Salam indiquent que le Liban ne veut pas laisser ce dossier à une phase ultérieure incertaine. Il doit faire partie du règlement.

Cette dimension humaine peut aussi faciliter l’acceptation politique d’un accord. Les habitants du Sud et les familles directement concernées attendent des signes concrets. Une négociation qui n’apporterait que des formulations générales serait vite contestée. Le retour de prisonniers, s’il se concrétise, donnerait une matérialité à la détente. Il montrerait que le processus touche les personnes, et pas seulement les chancelleries. Mais il exigera une méthode précise. Il faudra établir les listes, vérifier les identités, clarifier les statuts et déterminer les modalités du retour. Ce dossier peut avancer dans la discrétion, mais il ne peut pas être abandonné dans le flou.

La reconstruction, test concret de l’accord

Le cinquième axe est la reconstruction. Il arrive à la fin du communiqué, mais il représente le test social de toute la démarche. Un cessez-le-feu sans reconstruction laisserait les habitants dans les ruines. Un retrait sans réparation des dégâts ne suffirait pas à rétablir la vie locale. Les villages touchés ont besoin de routes, de réseaux, de logements, d’écoles, de dispensaires et d’activités économiques. La reconstruction n’est pas seulement un programme financier. Elle conditionne le retour des familles et la restauration de l’autorité publique. Plus l’État tarde à reconstruire, plus les réseaux partisans ou communautaires occupent le terrain de l’aide.

En parlant de lancement du processus de reconstruction, les deux présidents n’annoncent pas un chantier immédiat. Ils posent une exigence de calendrier. Il faudra d’abord sécuriser les zones, évaluer les dégâts, mobiliser les financements et coordonner les municipalités. Mais l’inclusion de ce point dans le communiqué montre que Beyrouth veut lier la diplomatie à des résultats visibles. La population ne jugera pas la négociation à la longueur des textes ou au nombre de réunions. Elle la jugera à la possibilité de rentrer, de réparer les maisons, de rouvrir les commerces et de reprendre les terres agricoles. C’est là que la crédibilité du processus se jouera.

L’accord américano-iranien change le rythme

Le passage consacré au mémorandum américano-iranien mérite aussi attention. Aoun et Salam le qualifient de facteur positif pour la baisse des tensions, les solutions pacifiques et la fin de l’état de guerre. La formule reste mesurée. Elle reconnaît l’effet possible d’une détente entre Washington et Téhéran, sans présenter cet accord comme une solution automatique pour le Liban. Cette prudence est logique. Le dossier libanais dépend en partie des rapports régionaux, mais il possède ses propres contraintes. Le Sud-Liban n’est pas seulement un front lié aux équilibres iraniens. C’est aussi un territoire habité, une frontière contestée, un espace institutionnel fragile et un enjeu de souveraineté nationale.

Le communiqué montre donc une double stratégie. Beyrouth accueille favorablement la baisse de tension régionale, car elle peut réduire les risques d’escalade. Mais Beyrouth rappelle aussi que toute désescalade doit se traduire par des mesures concrètes sur le territoire libanais. C’est l’enjeu de la prochaine ronde de Washington. Les discussions ne pourront pas se limiter à saluer l’ambiance nouvelle créée par le mémorandum. Elles devront tester la capacité des médiateurs à convertir cette dynamique en arrêt définitif du feu, en retrait, en déploiement de l’armée, en retour des prisonniers et en reconstruction. Sans ce passage au concret, le Liban resterait suspendu à des décisions prises ailleurs.

Washington face aux cinq constantes libanaises

Le format libano-américano-israélien mentionné dans le communiqué illustre cette tension. Il donne aux États-Unis un rôle central de médiation et de garantie. Il place Israël face à des demandes libanaises formulées par les institutions. Il oblige aussi Beyrouth à présenter un mandat clair. Mais ce format reste politiquement délicat. Le Liban doit éviter l’impression d’une normalisation directe. Il doit préserver une marge de négociation. Il doit aussi tenir compte des acteurs internes qui surveilleront chaque mot du processus. La force du communiqué vient justement de sa sobriété. Il ne s’aventure pas dans des détails qui pourraient ouvrir des controverses. Il fixe des objectifs que beaucoup de Libanais peuvent reconnaître comme légitimes.

L’analyse du texte permet enfin de comprendre ce que Beyrouth veut éviter. Le premier danger serait un accord de sécurité qui laisserait des zones occupées et reporterait le retrait à une date floue. Le deuxième serait un calme militaire sans déploiement effectif de l’armée. Le troisième serait une reconstruction promise mais non financée. Le quatrième serait un dossier des prisonniers renvoyé à des discussions ultérieures. Le cinquième serait une entente régionale qui stabilise les rapports entre grandes puissances sans régler la souveraineté libanaise. Les cinq constantes du communiqué répondent point par point à ces risques. Elles forment une grille d’évaluation pour la négociation de Washington.

Le défi sera de transformer cette grille en mécanisme. Les autorités libanaises devront demander un calendrier, des garanties, des procédures de vérification et des engagements de financement. Elles devront aussi expliquer aux Libanais ce qui est obtenu, ce qui reste en discussion et ce qui ne peut pas être accepté. Le communiqué de Baabda ouvre cette séquence en posant des repères. Il ne règle pas les contradictions. Il les expose. La prochaine étape dira si Washington peut produire un arrangement qui respecte les constantes annoncées, ou si le Liban devra de nouveau gérer une trêve incomplète, des territoires contestés, des familles déplacées et une reconstruction suspendue.

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