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Après Islamabad: Geagea et Gemayel face au Hezbollah

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Les réactions des Forces libanaises et des Kataëb à l’accord-cadre entre les États-Unis et l’Iran placent le Hezbollah au centre de la bataille politique ouverte à Beyrouth. Dans deux communiqués publiés après des réunions distinctes, Samir Geagea et Sami Gemayel rejettent l’idée qu’un cessez-le-feu régional puisse suffire à régler la crise libanaise. Les deux partis appellent à la fin définitive des guerres, au monopole des armes par l’État, au retrait israélien et à la reprise de la décision de guerre et de paix par les institutions. Leurs textes interviennent toutefois dans une séquence défavorable à leur ligne. Le refus israélien de se retirer du Liban redonne au Hezbollah l’argument de l’occupation. L’accord présenté depuis Islamabad confirme aussi que le dossier libanais reste imbriqué dans le dossier iranien, même lorsque les formations souverainistes veulent le replacer dans un cadre strictement national.

Les Forces libanaises défendent l’État souverain

Le premier communiqué émane des Forces libanaises. Le bloc de la République forte, dans ses composantes parlementaire et ministérielle, et le comité exécutif du parti se sont réunis de manière exceptionnelle sous la présidence de Samir Geagea. Le texte publié à l’issue de cette réunion insiste d’abord sur un objectif présenté comme ancien et constant : l’établissement d’un État effectif au Liban depuis la fin de la guerre civile en 1990. Les participants affirment que cet État doit se référer à la Constitution et aux institutions légitimes, contrôler les frontières, détenir seul les armes et garder seul les décisions de guerre et de paix. Le communiqué rappelle que les Forces libanaises disent avoir défendu cette ligne malgré les arrestations, les poursuites et la marginalisation subies par leur chef, leurs militants et les autres forces souverainistes. Il présente cette bataille comme une condition du retour du Liban à sa place naturelle d’État libre, souverain et indépendant.

Les Forces libanaises considèrent que cette revendication ne change pas avec les circonstances régionales. Le communiqué affirme que la question centrale reste la même : empêcher que le Liban demeure une scène ouverte aux conflits des autres. Cette formule résume la lecture du parti. L’accord entre Washington et Téhéran ne doit pas, selon lui, masquer la crise proprement libanaise. Les participants jugent qu’un accord conclu entre les États-Unis et la République islamique d’Iran concerne d’abord les deux États signataires. Ils estiment que le cessez-le-feu évoqué dans le cadre régional reste général et ne produit pas forcément d’effet pratique au Liban, où l’adversaire militaire direct est Israël et non les États-Unis.

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Le texte des Forces libanaises se montre particulièrement critique à l’égard du rôle iranien. Il affirme que Téhéran chercherait, en mentionnant le Liban dans le cessez-le-feu, à offrir au Hezbollah des services politiques et verbaux lui permettant de poursuivre son combat selon les objectifs iraniens. Le parti cite aussi l’expérience d’un précédent cessez-le-feu, appliqué dans le Golfe mais non traduit au Liban, pour justifier sa prudence. Dans cette lecture, la question n’est pas seulement de faire taire les armes. Elle consiste à mettre fin à un système de guerres répétées qui ont, selon les Forces libanaises, déchiré le pays et appauvri les Libanais.

Le communiqué formule alors une demande centrale : tourner définitivement la page des guerres. Les participants affirment qu’un simple arrêt des tirs, sans modification du rapport de force interne, reviendrait à maintenir l’ancien ordre. Or, selon eux, l’Iran et le Hezbollah font partie de cet ancien ordre. Le texte appelle donc à la dissolution des organisations militaires illégales, en premier lieu le Hezbollah. Cette demande s’inscrit dans la continuité des décisions gouvernementales que les Forces libanaises disent soutenir, notamment celles relatives au désarmement du parti et au démantèlement de ses structures militaires et sécuritaires. Les participants demandent leur application, surtout dès l’entrée dans une phase de cessez-le-feu.

Les Forces libanaises apportent aussi leur soutien aux démarches politiques, diplomatiques et négociées conduites par les autorités constitutionnelles. Le communiqué cite le président Joseph Aoun et le Premier ministre Nawaf Salam, dont le tandem dirige le processus officiel lié aux discussions de Washington. Le parti de Samir Geagea présente ce canal comme la seule voie capable de sortir le Liban des guerres et de le ramener à un État réel. Il estime que cette démarche doit permettre de restaurer les relations arabes et internationales du pays, tout en fixant une règle intérieure : l’État doit être l’unique détenteur de la souveraineté, des armes et de la décision stratégique.

Le Hezbollah, cible directe du communiqué

Le communiqué accuse ensuite le Hezbollah d’avoir manqué plusieurs occasions historiques. Les Forces libanaises évoquent le retrait israélien de 2000 et le départ de l’armée syrienne en 2005. Elles estiment que ces deux moments auraient pu permettre de consolider l’État. Elles citent ensuite la guerre de juillet 2006, puis les guerres dites de soutien à Gaza et à Téhéran, comme autant d’épisodes ayant ramené le pays dans des cycles de destruction. Cette chronologie occupe une place importante dans leur argumentaire. Elle vise à montrer que la guerre actuelle n’est pas un accident isolé, mais la conséquence d’une décision militaire conservée hors des institutions.

Le texte des Forces libanaises se veut également offensif sur le plan intérieur. Il affirme que l’État dispose aujourd’hui d’une occasion réelle de reprendre son rôle complet. Selon le communiqué, un président de la République, un Premier ministre, une majorité ministérielle, parlementaire et populaire dépassant les clivages confessionnels se rejoignent autour de l’objectif d’un État effectif. Le parti juge que toute tentative d’entraver cette trajectoire est vouée à l’échec. Il rejette aussi toute tentative de lier l’avenir du Liban à l’axe iranien. Le pays, affirme le communiqué, ne peut pas être rattaché aux projets des autres ni servir de terrain au règlement de leurs comptes.

La position finale des Forces libanaises porte sur la fonction du cessez-le-feu. Pour le parti, celui-ci doit ouvrir une phase d’extension de l’autorité de l’État sur tout le territoire. Il doit aussi accompagner les décisions de Washington, présentées comme le chemin vers le retrait israélien des territoires libanais. Le communiqué se clôt sur une idée simple : la première et dernière demande des Libanais serait de clore définitivement la page des guerres. Cette clôture passe, selon les Forces libanaises, par la fin de toutes les situations illégales qui les provoquent, en premier lieu la structure militaire et sécuritaire du Hezbollah.

Les Kataëb accusent le Hezbollah sur la guerre

Le second communiqué vient des Kataëb. Le bureau politique du parti, réuni sous la présidence du député Sami Gemayel, commence par répondre aux appels attribués au Hezbollah en faveur de la chute du gouvernement. Les Kataëb y voient une tentative de déplacer la responsabilité de la guerre qui a frappé le Liban sous le slogan du soutien. Le texte affirme que la priorité n’est pas de renverser l’exécutif, mais de demander des comptes à ceux qui ont engagé le pays dans une spirale de destruction, de déplacement et de mort hors des institutions, contre la Constitution et contre le contrat social entre Libanais.

Le communiqué des Kataëb rejette ensuite le maintien de toute arme hors de l’autorité de l’État. Selon le parti, cette arme s’est révélée être le principal obstacle à la stabilité, à l’unité du pays et à la restauration complète du rôle de l’État. Le texte rejoint ici la ligne des Forces libanaises, mais il insiste davantage sur la responsabilité immédiate du Hezbollah dans la guerre récente. Les Kataëb refusent que les appels contre le gouvernement servent à effacer la question initiale : qui a décidé d’ouvrir le front, au nom de quels objectifs et avec quel mandat national ?

Sur l’accord américano-iranien, les Kataëb adoptent une position de stricte souveraineté institutionnelle. Le bureau politique affirme que cet accord concerne exclusivement ses deux parties. Il estime que le Liban n’est lié par aucun arrangement le concernant s’il n’y participe pas par ses institutions légitimes, élues par les Libanais, et par des représentants officiellement mandatés à Washington. Cette précision vise à prévenir toute lecture selon laquelle le sort du Liban pourrait être réglé dans une négociation entre Washington et Téhéran. Pour Sami Gemayel, le règlement libanais doit passer par l’État libanais et par ceux qui disposent d’une délégation officielle pour parler en son nom.

Les Kataëb fixent aussi les objectifs que ces négociations doivent poursuivre. Le texte mentionne la restauration de la souveraineté, la reprise d’une décision libre, le retrait israélien, l’arrêt des agressions et la poursuite de l’application des décisions gouvernementales liées au monopole des armes par l’État. Cette liste rapproche les Kataëb des Forces libanaises. Les deux partis acceptent la négociation officielle lorsqu’elle sert le retour de l’État. Ils rejettent en revanche tout arrangement qui placerait le Liban dans une logique de compensation régionale ou de stabilisation du Hezbollah.

La reconstruction, autre front politique

Le communiqué des Kataëb ajoute un volet sur la gestion de l’après-guerre. Le parti demande que le recensement des dégâts et des destructions soit confié exclusivement aux institutions légitimes, en premier lieu l’armée libanaise, dès la fixation d’un cessez-le-feu global. Il appelle aussi le gouvernement, sur proposition du ministre de la Justice, à réclamer à la République islamique d’Iran des compensations aux Libanais, en proportion des dégâts causés par une guerre que le parti présente comme imposée au Liban, sans intérêt national et sans décision libanaise. Les Kataëb insistent enfin pour que toute aide internationale à la reconstruction ou à l’indemnisation passe uniquement par les institutions de l’État.

Cette demande ouvre une bataille politique majeure. La reconstruction ne concerne pas seulement les bâtiments, les routes ou les infrastructures. Elle touche aussi au contrôle social de l’après-guerre. Celui qui évalue les pertes, distribue les aides et indemnise les familles gagne une influence concrète dans les régions touchées. Les Kataëb veulent empêcher que cette fonction revienne aux réseaux partisans. Leur demande vise donc à faire de l’armée et des institutions publiques les acteurs centraux du retour à la vie normale. Elle rejoint, sous un autre angle, la volonté des Forces libanaises de transformer le cessez-le-feu en retour effectif de l’État.

Les deux communiqués se rejoignent ainsi sur les principaux points. Les Forces libanaises et les Kataëb refusent de traiter l’accord américano-iranien comme une solution libanaise complète. Ils soutiennent le processus de Washington lorsqu’il est conduit par les autorités constitutionnelles. Ils réclament le retrait israélien et l’arrêt des agressions. Ils demandent la mise en œuvre des décisions gouvernementales visant à concentrer les armes et la décision sécuritaire entre les mains de l’État. Ils désignent le Hezbollah comme l’acteur central de la crise libanaise actuelle et comme l’obstacle principal à l’établissement d’un État souverain.

Les deux textes diffèrent toutefois par leur accent. Les Forces libanaises développent un récit historique qui part de 1990, passe par 2000, 2005 et 2006, puis arrive aux guerres récentes. Leur communiqué veut montrer une continuité dans la bataille pour l’État. Les Kataëb privilégient une mise en accusation plus directe du Hezbollah dans la séquence actuelle. Leur texte insiste sur les appels contre le gouvernement, sur la responsabilité de la guerre et sur la nécessité de faire passer la reconstruction par les institutions. L’un construit une lecture de long terme. L’autre fixe les responsabilités immédiates et les conditions de l’après-guerre.

Petite analyse : un revers politique objectif

Cette séquence crée pourtant une difficulté politique pour les deux formations. Le refus israélien de se retirer du Liban renforce politiquement le Hezbollah, car il lui rend un argument territorial que ses adversaires cherchent depuis des années à lui retirer. Tant qu’une présence israélienne demeure sur des secteurs libanais, le parti peut présenter ses armes comme une réponse à une occupation, même si cette réponse reste contestée par une partie importante de la classe politique. L’accord présenté depuis Islamabad produit un second effet. En liant le front libanais à une discussion entre Washington et Téhéran, il démontre l’imbrication du dossier libanais avec le dossier iranien. Pour les souverainistes, qui veulent ramener la crise au cadre exclusif de l’État libanais, cette imbrication constitue un revers politique objectif.

Ce revers ne signifie pas que Geagea et Gemayel perdent leur argument principal. La guerre a replacé au centre du débat la question du monopole de l’État sur les armes et de la décision de guerre. Mais leur discours se heurte à deux faits concrets. Israël ne veut pas encore se retirer. Le Liban a été évoqué dans un accord régional où l’Iran joue un rôle central. Ces deux éléments donnent au Hezbollah une marge politique au moment même où ses adversaires veulent réduire son espace. La suite dépendra donc de la capacité de l’État à obtenir un retrait israélien vérifiable, à imposer son rôle dans les négociations de Washington et à contrôler la reconstruction par ses propres institutions.

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