Dans un rapport, l’agence de notation Moody’s estime que de graves conséquences pourraient toucher l’économie libanaise si les réserves de devises de la Banque centrale étaient épuisées et si les relations entre les banques libanaises et les banques correspondantes étaient rompues.

Ainsi l’épuisement des réserves monétaires obligatoires de la Banque du Liban induirait une augmentation des risques pour les banques privées et pourrait compromettre les relations avec les banques correspondantes, souligne l’agence qui estime ainsi que l’accès aux services de paiement transfrontaliers pour les envois de fonds, le commerce et le tourisme, qui sont des piliers clés de l’économie, pourraient en pâtir.

Les relations bancaires correspondantes reposent sur une diligence raisonnable réglementaire – par exemple, le respect de la réglementation mondiale de lutte contre le blanchiment d’argent – et des considérations de stabilité financière. Le respect des réserves obligatoires des banques commerciales dans le cadre de stabilité financière de la BDL comprend la mise de côté de l’équivalent de 15 % du total des dépôts en devises en raison du degré élevé de dollarisation des dépôts de l’économie, qui a dépassé 80 % depuis juin dernier.
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Le prélèvement rapide des réserves de change utilisables lors de la compensation de ces réserves obligatoires sur les réserves brutes de change détenues à la BDL. Suite cette mesure, les réserves utilisables sont tombées à 1 milliard de dollars à la fin de février. Une autre mesure pour estimer les réserves de change utilisables consiste à éliminer la partie des réserves de change brutes qui représente la contrepartie de la position nette de passif extérieur des banques commerciales qui, autrement, soulèverait des préoccupations en matière de risque de contrepartie auprès des contreparties étrangères.

L’agence rappelle que le programme actuel de subventions à l’importation coûte à la Banque centrale environ 500 millions de dollars par mois, ce qui contribue à la poursuite du prélèvement de réserves utilisables jusqu’à l’épuisement. Le parlement libanais examine actuellement un plan gouvernemental visant à réduire la liste des produits alimentaires subventionnés de 300 à 100 et à introduire des cartes de rationnement prépayées pour les ménages admissibles dans le cadre d’un programme d’une valeur de 1 milliard de dollars par an

Cependant, les retards pris pour la formation d’une nouvelle équipe gouvernementale et l’absence de progrès pour éviter l’effondrement économique induit des pressions supplémentaires sur les réserves de change, ce qui met en péril les relations de correspondant bancaire restantes du Liban.

“Une perte permanente des relations de correspondant bancaire augmenterait la dépendance du Liban à l’égard du financement extérieur officiel dans la mesure où les services transfrontaliers de paiement et de compensation resteraient compromis même après une restructuration complète de la dette, empêchant tout redressement potentiel”

Les banques correspondantes clôturent les comptes de la Banque du Liban

Riad Salameh, governor of Lebanon's central bank, speaks to the Financial Times in his office in Beirut, Lebanon, on October 30, 2017. [Sam Tarling for the Financial Times]

4 banques correspondantes ont déjà décidé de clore les comptes de la Banque du Liban elle-même, a indiqué le gouverneur de la Banque du Liban lui-même début avril 2021.

Le gouverneur de la banque du Liban Riad Salamé aurait ainsi informé le procureur de la république, le juge Ghassan Oweidat, de la clôture des comptes de la Banque du Liban auprès de banques correspondantes étrangères, indique le journal Al Akhbar. Cette lettre a été transférée par le magistrat au Président de la République, le général Michel Aoun, au premier ministre sortant Hassan Diab et aux ministres sortants des finances Ghazi Wazni et de la Justice Marie Claude Najm. 

Il s’agirait notamment du cas des comptes dollars auprès de la Wells Fargo, des comptes en livre sterling de la HSBC, en couronne suédoise auprès de la Danske et des comptes dollars canadiens de la CIBS. 

Selon le gouverneur de la Banque du Liban, ces décisions seraient motivées par l’état de défaut de paiement, les campagnes politiques visant la Banque du Liban et par “le Tollé judiciaire”, allusion aux accusations de détournement de fonds et de corruption visant Riad Salamé lui-même

Parallèlement, les banques correspondantes des banques privées locales ont augmenté les garanties exigées pour continuer à ouvrir des lignes de crédit nécessaires, notamment à l’importation de marchandises, en dépit de la publication de la circulaire 154 de la BdL qui a porté à 3% les fonds déposées par les banques locales en devises à l’étranger. 

Par ailleurs, Jp Morgan demanderait une hausse des garanties des lignes de crédit nécessaires entre autre à l’importation de carburants mais aussi refuserait pour l’heure, d’accorder les lignes de crédit nécessaires au paiement de la société allemande Combi Lift en vue de procéder à l’enlèvement des matières dangereuses du port de Beyrouth.

Un programme de subvention dont les heures sont comptées alors que les réserves monétaires disponibles seraient sur le point d’être épuisées

Pour rappel, le programme de subvention pourrait s’achever fin avril pour les carburants et fin juin prochain pour les produits comme les médicaments ou encore la farine, selon une lettre du gouverneur de la banque du Liban, Riad Salamé, adressée au ministre des finances Ghazi Wazni, faute de réserves monétaires disponible pour continuer à le financer.

Le coût du programme était de 700 millions de dollars durant la période précédentes à la crise actuelle. Il est tombé à 500 millions de dollars actuellement, soit 6 milliards de dollars par an dont 3 milliards de dollars pour les carburants seulement. Des interrogations portent également sur la réalité des 16 milliards de dollars de réserves brutes de la Banque du Liban principalement constituées par les sommes disponibles par les 15% de réserves obligatoires sur les dépôts bancaires. 

La mise en place d’un programme de cartes prépayées serait cependant tributaire de l’approbation par le parlement puisqu’il s’agirait alors d’un prêt annuel pour un montant d’un milliard de dollar de la Banque du Liban contre 6 actuellement. Ce programme serait à destination de 800 000 familles maintenant.

En effet, plus de 65 % de la population se trouverait aujourd’hui vivant en dessous du seuil de pauvreté, soit avec moins de 6 dollars par jour. Le taux d’inflation aurait même atteint 155 % au cours de l’année 2020, les prix de certains produits essentiels mais non subventionnés ayant même atteint une hausse de 400%, alors que la livre libanaise aurait perdu plus de 90% de sa valeur depuis octobre 2019. 

En mars dernier, le ministre sortant des finances Ghazi Wazni a, pour sa part, estimé qu’il s’agirait de réduire le nombre de produits subventionnés de 300 à 100 produits, de réduire les subventions accordées à l’achat de carburants et de médicaments et à instaurer une carte de rationnement en faveur de 800 000 familles, induisant une réduction annuelle de moitié les subventions actuelles qui passeraient de 6 à 3 milliards de dollars. 

La mise en place d’un programme de cartes prépayées serait cependant tributaire de l’approbation par le parlement.

La création de ce programme de filet de sauvetage visant à remplacer le programme de subvention a été adopté par le parlement libanais le 12 mars dernier et signé par le Président de la République le 8 avril avant d’être publié dans le journal officiel. 

Ce programme vise à mettre en place une carte de paiement prépayée qui serait ainsi remise aux foyers vulnérables à la crise économique. Elles recevraient ainsi 100 000 Livres par mois par personne environ durant un an, souhaitait la Banque du Liban alors que la Banque Mondiale avait indiqué exiger que ces sommes soient rendues disponibles au taux réel de la monnaie locale.

50% du programme de subvention aux carburants

Les carburants représentent à eux seuls, 50% du programme de subvention de la Banque du Liban a indiqué le ministre sortant de l’énergie. En dépit d’une augmentation du prix de l’essence plus de 50 % au Liban, un bidon d’essence coûte trois dollars environ alors qu’au Syrie, le même bidon coûterait entre 7 à 13 dollars, amenant à un trafic entre les 2 pays.

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