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Le brusque rapprochement de la rue chrétienne, symbolisé par le pacte et le soutien à la candidature du Général Michel Aoun entre Forces Libanaises et Courant Patriotique Libre, n’est pas sans révéler ou confirmer d’autres faits nouveaux de la scène politique et notamment au sein de la rue sunnite.

Le système politique libanais bien qu’étant basé sur un Pacte National, a été, depuis sa signature en 1943, dénaturé par une compétition malsaine entre les communautés religieuses principales, maronites, sunnites et chiites, chacune essayant de prendre l’ascendant sur les autres. Ainsi, ces dernières années, le leadership était sunnite via le retrait depuis 1990 des principales prérogatives de la Présidence de la République en faveur du Conseil des Ministres. 

A partir de 2005 suite aux évènements suivant le décès de l’ancien Premier Ministre Rafic Hariri, un fossé important est apparu entre sunnites et chiites, certains accusant le Hezbollah d’être à l’origine de l’assassinat de ce dernier. La communauté chrétienne, elle-même divisée entre pro-sunnites du 14 Mars et pro-chiites depuis la signature du Mémorandum d’entente nationale avec Courant Patriotique Libre et Hezbollah a été depuis le facteur d’équilibre politique dans un sens ou dans autre.

Mais cependant, comme tout équilibre, ce dernier devient à la longue malsain quand il s’agit de prendre des décisions d’ordre national ou international alors que la région passe par des conflits qui remettent en cause sa structure même héritée des accords de Sykes Picot. Tout l’enjeu des élections présidentielles est là, tant au niveau d’une remise en cause des équilibres locaux que régionaux avec un possible démembrement de plus pays de la région, la Syrie en premier lieux.

Enfin, le rapprochement inter-chrétien entre FL du 14 Mars et Courant Patriotique Libre proche du Hezbollah est intervenu alors alors que sur un plan international, l’Iran réintègre la communauté internationale. Cela n’est pas sans conséquence sur la rue sunnite qui y voit là la menace d’être marginalisée à son tour comme commence à l’être son parrain saoudien et alors qu’on assiste à des luttes d’influences au sein même de la cour saoudienne.

Le Leadership Hariri remis en cause

Déjà ébranlé par la montée de mouvements salafistes que cela soit à Tripoli ou à Saïda même depuis la crise syrienne, le Courant du Futur, parti auquel appartiennent à la fois les anciens premier ministres Saad Hariri et Fouad Saniora et l’actuel ministre de la Justice Ashraf Rifi, parait aujourd’hui divisé sur la question présidentielle, comme en témoignent les dernières déclarations de l’ancien premier ministre Fouad Saniora et de l’actuel Ministre de la Justice, Ashraf Rifi.

Saad absent, souvent en déplacement à l’étranger, avait proposé l’élection de Sleiman Franjieh. Alors qu’il ne s’était jamais publiquement engagé dans un soutien à l’élection d’un candidat du 14 Mars depuis que le mandat du précédent locataire s’était achevé, Saad Hariri s’était également rapproché de l’ancien président de la République Michel Sleiman, en raison d’une possible défection de ses principaux alliés chrétiens au sein du 14 Mars. Il s’agissait donc de trouver des alternatives politiques au sein de la communauté chrétienne, faute de mieux.

Figure qui parait être modérée, il semble aujourd’hui ne plus faire l’unanimité au sein de sa  propre communauté et pire encore, au sein de son propre parti, le Courant du Futur ou son leadership est remis en cause. Par leurs déclarations plus extrémistes et le refus de tout compromis, Fouad Saniora et Ashraf Rifi prennent à contre-pied cette politique modérée.

L’ancien premier Ministre Fouad Saniora, le jour de la signature des Accords de Maarab, avait ainsi ouvertement rejeté l’élection d’un Président de la République représentatif de la Communauté Chrétienne, contrairement aux engagements de Saad Hariri, il y a encore un an,  qui s’engageait à élire tout représentant officiellement soutenu par les chrétiens du Liban.

Le ministre actuel de la justice Ashraf Rifi se montre encore plus dur, rejetant de son côté l’élection de tout candidat proche de Damas ou de Téhéran, que cela soit Sleiman Franjieh ou Michel Aoun.

Une étrange cacophonie donc est actuellement entendue au niveau de la scène politique sunnite, symbolisant un profond désarroi face à une possible marginalisation en raison du rapprochement entre chrétiens et chiites qui pourrait prolonger l’accord entre Forces Libanaises et le Courant Patriotique Libre et inclure le Hezbollah.

En conclusion, même en cas d’élection du candidat de Saad Hariri à la Présidence de la République, à savoir Sleiman Franjieh, ce qui mathématiquement possible en cas de soutien du bloc du Président de la Chambre Nabih Berry à cette candidature, les choses ne seront pas aussi faciles à gérer dans l’après période électorale, avec une opposition chrétienne et chiite qui pourrait être unie et de fortes divisions internes au sein du Courant du Futur.

Les luttes intestines saoudiennes, facteur de division sunnite

Autre fait révélateur de la profonde division qui a actuellement lieu au niveau de cette communauté, le fameux prêt d’un milliards de dollars promis par l’Arabie Saoudite aux forces de sécurités et à l’armée libanaise et qui devait être parrainé par Saad Hariri en personne, semble aujourd’hui être remis en cause, non pas en raison de difficultés financières mais en raison d’une lutte entre anciens proches du Roi Abdallah et ceux du nouveau Roi Salmane.

Saad Hariri semble aujourd’hui être isolé jusqu’à la cour saoudienne même, rendant difficiles tout rapprochement inter-communautaires au Liban en raison du tournant de la politique anti iranienne et anti chiite pris par les dirigeants actuels du Royaume Saoudien. L’optique présidentielle libanaise n’échappe pas au Roi Salmane qui ne manque pas de rejeter l’élection de tout candidat chrétien fort capable, soutenant donc les adversaires politiques de l’ancien premier ministre, à savoir Fouad Saniora et Ashraf Rifi. Il y a là, une autre explication au fait que ces 2 derniers aient musclé leurs discours sur la question de la Présidence de la République.

Mais à trop jouer ce jeu -à, les dirigeants sunnites risquent à leur tour de marginaliser politiquement leurs communauté, tout comme la communauté chrétienne l’a été durant des décennies. Les leçons retenues des erreurs des uns ne semblent pas être apprises par les autres.

François el Bacha