Après une semaine de suspense, les nombreuses déclarations contradictoires entre autorités libanaises qui se veulent rassurantes, Standard & Poor’s a finalement publié son rapport faisant état d’un maintient des notes des obligations libanaises. Cependant la surprise est venue de son concurrent Fitch qui a annoncé une dégradation des notes attribuées aux bonds du trésors.

Ainsi, alors que Standard & Poor’s maintient une note B- aux obligations à court et long terme avec toutefois aussi le maintien de perspective négative, selon Fitch, elles passent ainsi de B- soit de très spéculatif à CCC (risque de défaut élevé).

Standard & Poor’s : Lire le rapport (en anglais) à ce lien. (Enregistrement nécessaire)
Fitch: Lire le rapport (en anglais) à ce lien.

La décision de Fitch s’explique notamment par le déclin des dépôts bancaires, mais également le manque de confiance envers les autorités décrites comme inefficaces, la détérioration de la croissance économique, les risques géopolitiques avec les menaces de sanctions américaines et la fragilité des relations entre le Liban et les Pays du Golfe.
Fitch indique également que le Ministre des Finances a évoqué en janvier la possibilité d’une restructuration de la dette publique avant de se rétracter.
Elle indique s’attendre à une diminution des réserves bancaires de la Banque du Liban (BDL) estimant par ailleurs que les opérations d’ingénierie financière menées par l’institution ont augmenté les risques sur la Livre Libanaise et donc possiblement une dévaluation de la monnaie locale.
Côté budget, Fitch parie sur un déficit budgétaire de 9.2% contre des estimations du gouvernement faisant état d’un déficit de 7.6%.
Fitch note tout de même quelques progrès dont la lutte contre le déficit public, la mise en oeuvre du programme de réforme du secteur électrique, tout en estimant que ceux-ci sont vulnérables à une possible détérioration de la scène politique.

Selon Standard & Poor’s, la confiance des investisseurs au Liban s’est fortement affaiblie, comme en témoignent le cash outflow de dépôts bancaires sur un an et la diminution des réserves de change au premier semestre 2019.
Les déposants non-résidents et les investisseurs étrangers resteront probablement prudents vis-à-vis du Liban, à moins que le gouvernement ne soit en mesure de surmonter les divergences politiques et de mettre en œuvre des réformes structurelles pour réduire le déficit budgétaire important et améliorer l’activité économique.
Ainsi, Standard & Poor’s prévoit que les réserves de change de la banque centrale continueront de diminuer, mais resteront suffisantes pour financer les besoins de financement de l’État et le déficit extérieur du pays au cours des 12 prochains mois.
L’agence de notation indique ne pas s’attendre à une amélioration immédiate de la situation économique. La croissance pourrait ainsi faire son retour qu’en 2022, selon ses projections.

Les autorités politiques, d’abord rassurantes en début de semaine, se sont montrées moins certaines ces dernières heures. Le Ministre des Finances, Ali Hassan Khalil, a ainsi écarté sur Twitter un possible effondrement de l’économie locale indiquant que le Pays des Cèdres n’est pas en faillite, et l’estimant capable de traverser toutes les difficultés en dépit d’une dégradation de sa classification. Sur les ondes de la chaine de télévision MTV, le Ministre de l’économie, Mansour Bteich, a également réfuté tout effondrement de la Livre Libanaise suite à la publication du rapport de Standard & Poor’s, estimant la monnaie comme stable et le Liban comme n’étant pas en faillite financière.

Très attendu, ce rapport pourrait impacter les prochaines émissions des obligations libanaises souhaitées par le Ministère des Finances qui souhaitait réduire les taux d’intérêts. Ces fonds sont également nécessaires au remboursement d’obligations arrivant à maturité en novembre prochain.

Cet abaissement des notes attribuées aux obligations libanaises signifie une dégradation des capacités de l’état à rembourser ses dettes mais également des difficultés supplémentaires à lever des fonds pour financer son fonctionnement.
Pour rappel, le déficit public atteint plus de 85 milliards de dollars soit plus de 150% du PIB, mettant à mal la lutte promise contre le déficit public par une politique d’austérité, de réformes structurelles notamment dans le domaine de l’électricité ou la lutte contre la corruption, dans le cadre du budget 2019, l’objectif visé n’était qu’un déficit de 6.59% pour 2019.

Pour rappel, S&P’s avait déjà annoncé en mars dernier avoir placé le Liban sous perspective négative, alors que son homologue Moody’s avait déjà dégradé ses notes concernant les obligations libanaises à Caa1 en janvier 2019.

Ces nouvelles interviennent alors que des rumeurs sont apparues hier, faisant état d’une possible dégradation des notes des obligations libanaises par Fitch qui passeraient ainsi de B- soit de très spéculatif à CCC (risque de défaut élevé).

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