Standard & Poor’s (S&P’s) devrait annoncer vers 18 heure locale, une possible dégradation des obligations libanaises à court terme qui passerait ainsi de B- (Très spéculatif) à CCC+ (Risque élevé).

Pour rappel, S&P’s avait déjà annoncé en mars dernier avoir placé le Liban sous perspective négative, alors que son homologue Moody’s avait déjà dégradé ses notes concernant les obligations libanaises à Caa1 en janvier 2019. Cette dernière estimait inéluctable une restructuration de la dette libanaise, qu’elle considère être identique à un défaut de paiement. Pour rappel, la dette publique continue à croire, s’établissant fin juin à 85.7 milliards de dollars, en hausse de 0.7% par rapport à la période correspondante de 2018.

En cause, le déficit public qui atteint 85 milliards de dollars, soit 150% du PIB. De même, l’aide économique de 11 milliards de dollars promise par la communauté internationale en avril 2018 se fait toujours attendre. Cette dernière se compose de 11 milliards de dollars en prêts à taux bonifiés et seulement 500 millions de dollars de dons.

Une dégradation des notes des obligations libanaises – soit une dégradation de la solvabilité de l’état et donc de ses capacités à rembourser ses dettes – pourrait signifier une hausse des taux d’intérêts des obligations émises par le ministère des finances mettant à mal la lutte promise contre le déficit public par une politique d’austérité, de réformes structurelles notamment dans le domaine de l’électricité ou la lutte contre la corruption, dans le cadre du budget 2019, l’objectif visé n’était qu’un déficit de 6.59% pour 2019. Mais cela reste de la théorie tant qu’on ne passe pas à la pratique.
Alors que le Ministère des Finances promettait de réduire le service de la dette publique via le recours à de nouveaux prêts à des taux réduits, cette promesse pourrait ainsi ne pas se concrétiser. Ce facteur pourrait donc influer sur une possible annulation de certains prêts du Programme CEDRE, nécessaire à la relance de l’économie libanaise.

Ainsi, la banque d’affaire Morgan Stanley avait déjà noté dans son rapport que le différend politique fait peser des risques importants sur la capacité du gouvernement libanais à mettre en œuvre son programme économique, tant sur le plan fiscal que sur celui de la réforme.

Alors que le gouvernement compte émettre de nouvelles obligations du trésor à des taux plus bas que ceux du marché afin notamment de financer le paiement d’une partie des obligations arrivant à échéance en novembre prochaine, les banques privées ont déjà annoncé qu’elles pourraient ne pas souscrire à cette nouvelle émission.

Par conséquent, les autorités publiques peinent de plus en plus à trouver des fonds nécessaires pour financer les dépenses publiques courantes. Ainsi, même si le déficit public a baissé de 28% au cours des 4 premiers mois de 2019, cette baisse est la conséquence de retards de paiements de l’état envers les entrepreneurs, les hôpitaux ou encore la Sécurité Sociale. L’état – qui est ainsi techniquement en défaut de paiement – a évité de versé 900 millions de dollars aux seuls entrepreneurs en travaux publics, menant plusieurs de ces entreprises à déclarer leurs faillites.

Certaines sources estiment que seule la banque centrale pourrait alors en être l’acheteuse, ce qui pourrait encore affecter ses réserves monétaires actuelles qui sont déjà affectées par la baisse des rentrées en devise étrangère et – outre rendre difficile le maintien de la parité entre Livre Libanaise et dollars – mettre à mal le versement des aides promises dans le cadre de CEDRE.

Comme preuve, la publication par les autorités publiques de nouveaux chiffres en juin 2019: elles estiment ainsi que la dette interne aurait augmenté de 3.5% pour s’établir désormais à 53.5 milliards de dollars. La dette externe se serait contractée de 3.6% pour atteindre 32.3 milliards de dollars, démontrant que les obligations libanaises sont désormais rendues interactives à l’étranger, les investisseurs étrangers préférant par conséquent prendre des précautions par rapport à une possible restructuration de la dette publique libanaise.

De même, des risques de dévaluation de la Livre Libanaise ne sont pas à écarter. Bloomberg notait ainsi que le Spreads – c’est-à-dire l’écart ou le différentiel entre deux taux ou indices de point, ici entre monnaie locale et dollars – était au plus haut depuis 10 ans, démontrant le risque désormais de détenir la monnaie locale ou encore des obligations libellées en livre libanaise.

Même si les conséquences à court terme sont moindres, c’est à moyen et à long terme qu’elles apparaissent notamment au niveau du coût des emprunts. Le gouvernement aura ainsi plus de difficultés à emprunter à des taux identiques et donc à réduire le déficit public.

Le gouverneur de la Banque du Liban, Riad Salamé, avait d’ailleurs avoué que la Livre Libanaise était surévaluée lors d’une conférence économique qui s’était déroulé à l’USEK, le 16 août dernier, tout en refusant pour l’heure une dévaluation à venir de la monnaie locale.

Une dégradation des notes des obligations libanaises pourrait également amener à des difficultés supplémentaires pour les entités privées et donc miner une croissance économique déjà en berne, la BDL ne s’attendant qu’à une croissance de 0% en 2019.

En effet, les Banques, qui détiennent de nombreuses obligations libanaises pourraient être également dégradées par les agences de notation, même si certaines indiquent avoir déjà pris en compte ce scénario, ce qui pourrait les amener à réduire les prêts accordés, non seulement à l’état mais également aux entités privés, entreprises et consommateurs, amenant à une diminution supplémentaire de la croissance économique. Le Liban pourrait ainsi entrer, au pire, en récession économique à moyen et long terme.

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