Je suis complètement “live, love” ces derniers jours. Et pour cause, il n’y a pas de plus beaux moments à Beyrouth, que lorsque nos zaïms, au lieu de faire passer leurs magouilles et de t’appauvrir, se disputent.

Remarque, qu’on n’est jamais mieux que lorsqu’ils sont en chamaille et qu’on est sans gouvernement, sans président ou sans parlement. C’est le moment où tes zaïms ne peuvent plus signer les gros contrats à n… ta mère, comme les centrales flottantes, la gestion des déchets, les carrières, l’exploitation du pétrole, la TVA à 11% et ces petits gestes (obscènes) supposés améliorer ta situation de quart-mondiste.

Dans un discours partisan où, par un merveilleux hasard, était invité un responsable opposant du parti Kataëb avec son plus bel Android 2.0, le ministre des affaires très étrangères a traité le Président Berri de mafieux. Le procureur général, pourtant si prompt, à mettre terme à toutes les atteintes à la pudeur, était, pour une fois, HS. Où était-il ce jour-là, lui qui n’a pas hésité une seconde avant d’entraîner Hicham Haddad, expliquer pourquoi il a proposé un régime alimentaire à MBS, ou Marcel Ghanem, s’excuser de ne pas l’avoir bouclée au journaliste saoudien qui critiquait notre capacité à tourner une crise politique sérieuse en une tragi-comique parodie de « saving private Hariri », ou encore Ziad Doueiri, à quelques jours de l’inauguration de son dernier film qui rendait un tant soit peu justice à ceux qui avaient perdu la guerre, pour avoir tourné un film, cinq années plus tôt, en territoire occupé.

Touchés dans leur pudeur, les partisans du Président de la chambre (qui était close pour un bon moment avant l’élection du Président), sont donc descendus dans la rue, expliquer en terme très crus les règles élémentaires de la décence au Ministre Bassil. Dans les règles de l’art, pas de policiers anti-émeute, des canons à eaux, des grenades lacrymogènes, et des balles en caoutchouc, comme lorsque les manifestants communistes, LGBT, financés par l’Arabie-Saoudite et les Etats-Unis, ont protesté contre les tonnes de poubelles entassées dans la rue devant leurs maisons. Cette fois, juste l’armée-que-tous-on-aime, avec l’ordre, très érotique, de «regarde-mais-pas-touche».

Beaucoup plus choqué par les propos du chef du parti Kataëb, que par les photos des ordures échouées sur tout le littoral, de Beyrouth à Tripoli, le ministre de l’environnement, très Sherlock Holmes, a pu remonter la filière des milliers de tonnes d’ordures jusqu’à la réserve personnelle et privée de Samy Gemayel. Il a ensuite organisé le re-ramassage des poubelles jusqu’à la montagne du Costa Brava, notre fierté nationale. C’était évidemment sans compter que si tu remets les ordures à la même place, elles reviennent au même endroit: les photos des jetées colorées à Tabarja, le lendemain, étaient touchantes.

En parallèle, dans le sein même du panier d’oranges, le ministre Abou Saab, écarté des listes du parti de la même couleur, a déclaré que la présence Syrienne au Liban n’était pas une occupation. Il n’en fallait pas plus pour que les oranges deviennent amères. Pourtant, elles sont bien alliées ombilicalement (ne cherche pas dans le dico) au parti qui a dit «merci» aux touristes syriens lorsqu’ils sont repartis avec leurs canons et leurs chars. Pourtant, aussi, ces mêmes oranges ont déclaré sans équivoque, qu’elles allaient s’associer avec le PNSS pour les élections de 2018 (le «S» de PNSS, rappelons-le, est l’abréviation de «Syrie») dont les propos sont beaucoup moins nuancés que ceux du ministre Abou Saab.

Quoi qu’il en soit, ce sont des moments délicieux que ceux où la classe politique s’acharne entre au lieu de s’acharner sur nous. Profites-en et «live-love» comme on dit

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