
Mona Khalil, figure de la protection des tortues marines au Sud-Liban, est décédée des suites de ses blessures après une frappe israélienne contre sa maison de Mansouri, près de Tyr. Son décès endeuille un pays déjà meurtri par les bombardements et prive le littoral libanais d’une voix rare, engagée depuis plus de vingt ans pour la sauvegarde d’un site de ponte unique.
La mort de Mona Khalil, annoncée après plusieurs jours d’hospitalisation, ajoute un nom familier et respecté à la longue liste des civils emportés par la guerre au Sud-Liban. Figure de la protection des tortues marines sur la plage de Mansouri, dans le caza de Tyr, elle avait été grièvement blessée lors d’une frappe israélienne contre sa maison, connue sous le nom d’Orange House. Son assistante avait également été blessée. Transportée à l’hôpital Jabal Amel, Mona Khalil avait d’abord survécu à l’attaque. Elle est décédée des suites de ses blessures, selon les informations locales disponibles.
Sa disparition touche bien au-delà du cercle des militants écologistes. À Mansouri, Mona Khalil n’était pas seulement une propriétaire attachée à une plage. Elle était devenue, depuis le début des années 2000, la gardienne d’un littoral rare, l’une des dernières zones de ponte des tortues marines au Liban. Elle avait consacré plus de vingt ans à protéger les nids, les éclosions, les dunes et une relation fragile entre habitants, mer et biodiversité. Dans un pays souvent absorbé par les crises politiques, financières et militaires, son combat rappelait qu’une autre urgence existait aussi : sauver ce qui reste du vivant.
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Une blessure provoquée par une frappe à Mansouri
Mona Khalil avait été grièvement blessée au début du mois de juin lorsqu’une frappe israélienne a touché sa maison à Mansouri, au sud de Tyr. La demeure, devenue un lieu connu sous le nom d’Orange House, servait depuis des années de base à un projet environnemental et écotouristique consacré à la protection des tortues marines. Des informations publiées après l’attaque indiquaient qu’elle avait été transportée à l’hôpital Jabal Amel. Son assistante, de nationalité éthiopienne selon des médias locaux, avait également été blessée.
Les circonstances de l’attaque ont suscité une vive émotion parce que Mona Khalil était une civile identifiée pour son travail environnemental. Sa maison n’était pas connue comme une installation militaire. Elle était associée à une plage, à des volontaires, à des tortues, à des enfants venus observer les éclosions et à des chercheurs qui avaient suivi son projet. L’attaque s’est produite dans un secteur placé sous forte pression militaire depuis l’extension du conflit au Sud-Liban. Mansouri se trouve dans une zone côtière stratégique, proche de secteurs touchés par les frappes et par les déplacements de population.
Dans les heures qui ont suivi, des appels au don de sang avaient circulé. L’état de santé de Mona Khalil avait d’abord été décrit comme grave, puis comme stabilisé par certains relais locaux. Son décès rappelle la fragilité de ces premières annonces dans une guerre où les blessés graves restent exposés à des complications, à des évacuations difficiles et à un système hospitalier déjà éprouvé. Il rappelle aussi que chaque frappe laisse derrière elle une temporalité longue : celle des soins, des familles qui attendent, des blessures qui s’aggravent et des décès qui surviennent après le choc initial.
L’Orange House, un refuge devenu symbole
L’Orange House n’était pas un simple bâtiment coloré sur le littoral de Mansouri. C’était un lieu de mémoire, d’accueil et de protection. Mona Khalil y avait construit un projet autour d’une idée claire : préserver une plage où les tortues caouannes et les tortues vertes viennent pondre. Le site était connu des amoureux de la nature, des écologistes libanais, de nombreux visiteurs étrangers et de ceux qui suivaient les rares initiatives environnementales durables dans le Sud.
L’histoire de ce projet remonte à la fin des années 1990. Après de longues années passées hors du Liban, Mona Khalil était revenue à Mansouri, sur les terres familiales. Une rencontre nocturne avec une tortue venue pondre sur le sable a changé le cours de sa vie. Elle a alors compris que cette plage n’était pas seulement un paysage d’enfance. Elle était un habitat fragile, presque miraculeusement préservé par des années d’accès difficile et par la proximité de l’ancienne zone occupée.
Avec son entourage et des volontaires, elle a commencé à surveiller les nids, à protéger les œufs, à accompagner les éclosions et à sensibiliser les visiteurs. Elle a combattu la pollution plastique, les nuisances lumineuses, les pratiques destructrices de pêche, les constructions menaçant le littoral et l’indifférence administrative. Le travail était discret, quotidien, répétitif. Il fallait marcher la nuit sur le sable, repérer les traces, déplacer parfois des nids menacés, empêcher les chiens ou les curieux de les détruire, expliquer encore et encore pourquoi une plage n’est pas seulement un espace à exploiter.
Une vie consacrée aux tortues marines
Mona Khalil avait fait de la tortue marine un symbole libanais. Dans son combat, l’animal n’était pas une image exotique. Il était une présence ancienne sur la côte du Sud, un témoin de la Méditerranée et de la capacité du Liban à protéger ce qui ne rapporte pas immédiatement. Cette pédagogie a compté. Beaucoup de Libanais ont découvert, à travers elle, que leur pays abritait encore des sites de ponte importants pour des espèces menacées.
Son action reposait sur une conviction simple : la protection de la nature ne peut pas être séparée des communautés locales. Elle ne se limitait pas à interdire. Elle expliquait. Elle accueillait. Elle invitait des visiteurs à observer sans déranger. Elle transformait une plage en classe ouverte. Les enfants et les adultes pouvaient y comprendre que la survie d’un nid dépend parfois d’une lumière éteinte, d’un plastique ramassé ou d’une distance respectée.
Ce travail a aussi fait de Mona Khalil une personnalité parfois contestée. Défendre une plage contre les intérêts immobiliers, les habitudes locales ou les négligences n’est jamais neutre au Liban. Elle a souvent dû résister à des pressions. Mais sa persévérance a fini par imposer Mansouri comme un lieu connu de la conservation marine. Dans un pays où les réserves naturelles manquent de moyens, elle a incarné une autre forme d’autorité : celle de la constance.
Une mort civile dans une guerre qui déborde
Le décès de Mona Khalil s’inscrit dans un contexte plus large de guerre au Sud-Liban. Les bombardements israéliens ont frappé des villages, des quartiers, des routes, des secouristes, des infrastructures et des zones agricoles. Les bilans humains s’alourdissent au fil des jours. Des centaines de milliers de personnes ont été déplacées. Des maisons ont été détruites dans des localités entières. Les hôpitaux et les équipes de secours travaillent dans une pression constante.
Dans ce paysage, Mona Khalil représente une catégorie de victimes souvent moins visible : les civils dont la vie était consacrée à autre chose qu’à la guerre. Elle ne commandait pas une unité. Elle ne tenait pas un front. Elle protégeait une plage. Elle veillait sur des nids. Sa mort rappelle que les bombardements ne détruisent pas seulement des bâtiments et des vies humaines. Ils détruisent aussi des engagements, des projets, des savoirs accumulés et des lieux où une société avait réussi à construire autre chose que la survie.
Le Sud-Liban ne perd donc pas seulement une militante. Il perd une mémoire environnementale. Il perd une voix qui reliait la mer aux habitants, le littoral à l’éducation, les tortues à l’avenir. Dans un pays où l’écologie est souvent repoussée au second plan par l’urgence politique ou sécuritaire, cette perte est lourde. Elle montre que la guerre atteint aussi les rares espaces où le Liban tentait de réparer son rapport à la nature.
Mansouri, une plage prise entre guerre et protection
Mansouri n’est pas un lieu anodin. Située au sud de Tyr, la localité appartient à ce littoral où se croisent pêche, agriculture, mémoire palestinienne, villages chiites, présence de la Finul et histoire de l’occupation israélienne. La plage que Mona Khalil défendait avait survécu à plusieurs menaces. Elle avait résisté aux déchets, aux constructions, aux pressions touristiques, aux épisodes de guerre et à la négligence publique. Elle était devenue un îlot fragile dans un pays où la côte a souvent été livrée au béton.
La frappe qui a blessé Mona Khalil a touché un lieu déjà chargé de cette histoire. L’Orange House était à la fois une maison, un projet, un refuge et un symbole. Elle racontait le retour d’une femme au Sud, après des années de vie ailleurs. Elle racontait aussi une manière de vivre le Liban hors des slogans : en ramassant les déchets, en protégeant des œufs, en accueillant des visiteurs, en parlant aux enfants, en refusant que la plage devienne un terrain vague ou un chantier de luxe.
Le décès de Mona Khalil intervient alors que la saison de ponte des tortues marines reste une période sensible. Au printemps et en été, les femelles reviennent sur les plages. Les nids doivent être repérés, surveillés, protégés. La guerre complique tout. Les déplacements limitent la présence des volontaires. Les frappes rendent certaines zones dangereuses. Les lumières, les débris, les gravats et les pollutions liées aux bombardements menacent les sites. La disparition de celle qui incarnait cette veille rend la tâche encore plus difficile.
Un hommage au courage tranquille
Rendre hommage à Mona Khalil, ce n’est pas seulement saluer une militante écologiste. C’est reconnaître une forme de courage souvent ignorée. Le courage de rester attachée à un lieu. Le courage de défendre une plage lorsque beaucoup la voyaient comme un espace disponible. Le courage de parler de tortues dans un pays qui semblait parfois n’avoir plus de place pour la douceur. Le courage de croire qu’une action locale peut compter.
Sa vie disait quelque chose du Liban que la guerre ne résume pas. Un Liban de maisons ouvertes, de plages encore sauvages, d’initiatives tenues à bout de bras, de femmes qui construisent sans attendre les institutions, de volontaires qui arrivent au lever du jour pour vérifier un nid. Ce Liban existe souvent loin des projecteurs. Il est pourtant essentiel. Il donne au pays une autre profondeur que celle des fronts, des crises et des discours.
Mona Khalil avait su faire de la protection des tortues une cause accessible. Elle ne parlait pas seulement à des experts. Elle parlait à ceux qui passaient, à ceux qui ne savaient pas, à ceux qui pouvaient apprendre. Elle montrait qu’un œuf dans le sable peut engager une responsabilité collective. Elle rappelait que protéger un animal menacé, c’est aussi protéger une part de soi, une part du pays, une part de la Méditerranée.
Une disparition qui interroge la protection des civils
La mort de Mona Khalil pose aussi une question plus grave : que reste-t-il de la protection des civils lorsque des maisons, des routes et des lieux identifiés par leur fonction civile sont frappés ? Israël affirme viser le Hezbollah et ses infrastructures. Le Liban répond que les frappes tuent des civils, détruisent des habitations et touchent des lieux sans lien militaire visible. Le cas de Mona Khalil s’inscrit dans cette tension. Il sera difficile, pour ses proches et pour les défenseurs de l’environnement, de ne pas y voir l’exemple d’une guerre qui dépasse ses objectifs déclarés.
La prudence journalistique impose de distinguer les faits établis des accusations. Ce qui est rapporté, c’est qu’une frappe israélienne a touché sa maison à Mansouri, qu’elle y a été grièvement blessée, qu’elle a été hospitalisée et qu’elle est décédée des suites de ses blessures. Ce qui relève de l’interprétation libanaise, c’est la lecture de cette mort comme une preuve supplémentaire du coût civil de l’offensive israélienne. Cette lecture est aujourd’hui largement partagée dans les milieux écologistes, humanitaires et locaux.
Pour le Liban, cette disparition devrait aussi ouvrir un débat sur la protection du patrimoine naturel en temps de guerre. Les plages, les réserves, les zones humides, les forêts et les sites de ponte ne sont pas des détails. Ils font partie du territoire. Les détruire ou les rendre inaccessibles revient à appauvrir durablement le pays. Dans le cas de Mansouri, la perte est humaine avant tout. Mais elle est aussi environnementale et culturelle.
Ce que Mona Khalil laisse derrière elle
Mona Khalil laisse derrière elle une plage, un projet, une méthode et une génération de personnes sensibilisées à la protection des tortues marines. Elle laisse aussi une idée simple, mais puissante : un lieu peut être sauvé par la présence obstinée de quelques personnes. Sans grands budgets, sans appareil politique, sans ministère efficace, elle avait réussi à faire de Mansouri une référence. C’est cette réussite que la guerre vient frapper.
Son héritage dépendra désormais de ceux qui poursuivront ce travail. Les volontaires, les associations, les habitants et les autorités locales devront protéger la plage malgré la guerre et malgré l’absence de celle qui en était le visage. Les nids devront encore être surveillés. Les déchets devront encore être ramassés. Les enfants devront encore apprendre que les tortues reviennent seulement là où la nuit, le sable et le silence leur permettent de vivre.
Mona Khalil avait choisi de faire du Sud-Liban un lieu de soin, pas seulement un lieu de résistance ou de douleur. Elle avait choisi de défendre les plus vulnérables, ceux qui ne parlent pas et dont la survie dépend des autres. Sa mort, après une frappe contre sa maison à Mansouri, laisse une question concrète aux Libanais : qui veillera désormais sur cette plage, sur ses nids et sur cette part fragile du pays que la guerre menace encore d’effacer ?


