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Israël viole déjà le cessez-le-feu au Sud-Liban

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Le cessez-le-feu annoncé vendredi à 16 heures au Sud-Liban a été rapidement mis à l’épreuve par de nouveaux bombardements israéliens signalés dans la région de Nabatiyeh et sur le mont al-Rafi. À Beyrouth, ces frappes sont dénoncées comme des violations de la trêve, tandis que Benjamin Netanyahu affirme qu’Israël ne se retirera pas des zones tampons au sud du Liban.

Le cessez-le-feu annoncé vendredi à 16 heures au Sud-Liban a été rapidement mis à l’épreuve par de nouveaux bombardements israéliens signalés dans la région de Nabatiyeh et sur le mont al-Rafi, dans le secteur d’Iqlim al-Tuffah. À Beyrouth, ces frappes sont dénoncées comme des violations israéliennes de la trêve, au moment même où Benjamin Netanyahu affirme qu’Israël ne se retirera pas des zones tampons au sud du Liban. La séquence résume l’écart entre une annonce diplomatique portée par Washington et la réalité vécue dans les villages du Sud.

Selon Reuters, Israël et le Hezbollah avaient accepté un cessez-le-feu devant entrer en vigueur vendredi à 16 heures, heure locale, après une médiation menée avec l’implication des États-Unis et du Qatar, et avec l’aide de l’Iran. Cette annonce devait contenir l’escalade provoquée par la mort de quatre soldats israéliens près de Kfar Tebnit et par la riposte massive de l’armée israélienne. Mais les premiers signalements venus du terrain ont immédiatement fragilisé la portée de la trêve. Des correspondants de presse ont rapporté des raids dans le gouvernorat de Nabatiyeh et sur les hauteurs d’Iqlim al-Tuffah, dans un Sud déjà frappé de nuit et au matin.

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Pour les habitants, la question n’est pas seulement de savoir si un accord a été annoncé. Elle est de savoir si les avions cessent réellement de frapper, si les drones quittent le ciel, si les ambulances peuvent circuler et si les familles peuvent sortir des abris. Dans plusieurs localités, les secours cherchaient encore à atteindre des maisons touchées lorsque l’annonce du cessez-le-feu a circulé. Le bilan libanais de la journée était déjà lourd, avec 30 morts rapportés dans les dernières informations disponibles et de nombreux blessés.

Nabatiyeh encore visée après l’annonce

La région de Nabatiyeh a été au cœur de la vague israélienne. Des frappes ont été signalées à Nabatiyeh même, mais aussi dans des localités voisines ou proches du front, notamment Kfar Tebnit, Harouf, al-Doueir, al-Charqiyé, Kfar Sir, Jibchit, Adchit, Toul, al-Qsaybeh, Kfar Dajjal, Kfarjouz, Kfar Roummane, Zibdine, Nabatiyeh al-Fawqa, Habbouch, Sajd et les hauteurs du Rihane. Après 16 heures, les signalements portant sur le mont al-Rafi et le district de Nabatiyeh ont donné à la trêve un caractère immédiatement incertain.

L’armée israélienne présente ses opérations comme une réponse à des violations répétées du cessez-le-feu par le Hezbollah. Dans ses communiqués, elle affirme avoir frappé plus de 80 centres de commandement, positions de lancement, combattants et infrastructures dans la région de Nabatiyeh et dans d’autres secteurs du Sud. Elle dit aussi avoir visé deux centres de commandement dans la Békaa, pendant que des membres du Hezbollah s’y trouvaient. Elle affirme enfin poursuivre le démantèlement d’infrastructures souterraines dans la zone du Beaufort.

Côté libanais, cette version ne suffit pas à dissiper le sentiment d’une violation. Les frappes touchent un territoire souverain. Elles frappent des villages, des routes, des zones habitées et des secteurs où les civils tentent encore de survivre ou de revenir. La notion israélienne de « cible » ne correspond pas toujours à ce que voient les habitants : des maisons éventrées, des voitures détruites, des terres rendues inaccessibles et des familles contraintes de repartir. Le cessez-le-feu, dans ces conditions, ne peut pas être réduit à une formule diplomatique. Il doit se vérifier par l’arrêt des bombardements.

Kfar Tebnit, point de départ de l’escalade

L’escalade de vendredi a été déclenchée par une embuscade revendiquée par le Hezbollah près de Kfar Tebnit, dans le secteur de la colline d’Ali al-Taher. L’armée israélienne a reconnu la mort de quatre soldats, dont Dor Gedalia Ben Simhon, commandant du 52e bataillon de la 401e brigade blindée. Le Hezbollah affirme avoir pris pour cible une force israélienne qui progressait dans la zone, détruit trois chars Merkava avec des missiles guidés, puis frappé une autre force venue évacuer les morts et les blessés.

Cette attaque a provoqué un choc politique en Israël. Elle a aussi donné au gouvernement Netanyahu le cadre d’une riposte d’ampleur. Mais la réponse israélienne ne s’est pas limitée à un seul secteur. Elle a touché Nabatiyeh, d’autres zones du Sud et la Békaa. Dans les villages libanais, cette extension est perçue comme une punition collective, même lorsque l’armée israélienne affirme viser le Hezbollah. Le bilan humain et la multiplication des lieux frappés alimentent l’accusation de violations israéliennes du cessez-le-feu.

Netanyahu refuse le retrait des zones tampons

La déclaration de Benjamin Netanyahu a encore renforcé cette inquiétude. Selon la chaîne israélienne Channel 12 et des médias israéliens, le premier ministre a déclaré que le Hezbollah paierait un « prix très élevé » et qu’Israël ne se retirerait pas des zones tampons au sud du Liban. Il a répété qu’Israël resterait dans la zone de sécurité « aussi longtemps que nécessaire » pour protéger les localités du nord. À Beyrouth, cette phrase est lue comme une revendication de maintien militaire en territoire libanais.

La question des zones tampons est devenue centrale. Israël les présente comme une nécessité sécuritaire. Le Liban y voit une atteinte directe à sa souveraineté. Un cessez-le-feu sans retrait israélien risque de stabiliser une occupation de fait au lieu d’y mettre fin. Les villages concernés ne sont pas des espaces vides. Ce sont des localités, des terres agricoles, des routes, des maisons et des lieux de vie. Pour les déplacés, aucune trêve ne peut être considérée comme réelle si elle ne permet pas le retour sécurisé.

Cette inquiétude se concentre notamment sur Maroun al-Ras, village frontalier situé sur une hauteur stratégique. Des informations libanaises ont évoqué ces derniers jours une position israélienne nouvellement installée dans ce secteur. Les éléments disponibles ne permettent pas d’établir avec certitude la construction d’une base permanente. Ils nourrissent toutefois la crainte d’un fait accompli militaire. Dans le Sud-Liban, l’expérience historique donne un poids particulier à ces signaux. Une position temporaire peut devenir durable. Une zone de sécurité peut devenir une occupation prolongée.

Les menaces de Ben Gvir et Smotrich

Les propos d’Itamar Ben Gvir et de Bezalel Smotrich ont aussi pesé sur la perception libanaise. Le ministre israélien de la Sécurité nationale a affirmé que « tout le Liban doit brûler ». Le ministre des Finances a appelé à « parler avec le feu » et à « ouvrir les portes de l’enfer ». Ces déclarations, venues de deux figures de l’extrême droite israélienne, sont reçues au Liban comme des menaces visant un pays entier. Elles brouillent la distinction entre le Hezbollah, l’État libanais et la population civile.

Cette rhétorique intervient dans un contexte électoral et politique tendu en Israël. Benjamin Netanyahu dépend de ses alliés d’extrême droite pour maintenir sa coalition. Ben Gvir et Smotrich cherchent à apparaître comme les garants d’une ligne dure, surtout après des pertes militaires. Le Liban devient ainsi un terrain de démonstration politique. Plus la droite israélienne réclame une riposte forte, plus la marge d’un cessez-le-feu durable se réduit. Vu de Beyrouth, cette dynamique expose les villages libanais aux calculs internes d’une coalition israélienne fragilisée.

L’accord Iran-USA fragilisé par les violations

Le contexte régional ajoute une dimension supplémentaire. Le cessez-le-feu annoncé vendredi s’inscrit dans les efforts liés à l’accord entre les États-Unis et l’Iran. Selon Reuters, les discussions prévues en Suisse ont été reportées après l’escalade au Liban. Washington cherchait à préserver une séquence diplomatique plus large, tandis que Téhéran conditionnait sa participation à un arrêt complet des hostilités. Le front libanais devient donc l’un des tests les plus sensibles du règlement régional.

Dans ce cadre, les violations israéliennes signalées après l’annonce de la trêve ont une portée qui dépasse le Sud-Liban. Elles menacent la crédibilité du processus tout entier. Si Israël continue de bombarder après l’heure annoncée du cessez-le-feu, et si Netanyahu refuse tout retrait des zones tampons, l’accord peut être vidé de son contenu sur le terrain. Le Hezbollah pourra alors justifier de nouvelles attaques au nom de la souveraineté libanaise. Israël invoquera ces attaques pour poursuivre ses frappes. Le cycle de l’escalade restera intact.

Pour Beyrouth, le risque est de devenir le point de rupture d’un accord régional qui le dépasse. Le Liban a besoin d’un arrêt réel des bombardements, d’un retrait des forces israéliennes et d’un mécanisme vérifiable de contrôle. Sans ces éléments, le cessez-le-feu reste fragile. Il peut même devenir dangereux s’il gèle les lignes de front tout en laissant Israël contrôler des zones libanaises et frapper au-delà de ces zones.

Une trêve jugée sur le terrain

La Békaa renforce cette inquiétude. Les frappes israéliennes annoncées contre deux centres de commandement y élargissent le périmètre de la confrontation. Cette région ne relève pas de la ligne immédiate du front frontalier. La viser au moment où une trêve est annoncée donne le sentiment que tout le territoire libanais reste exposé. Pour les autorités libanaises, cela affaiblit l’idée d’un cessez-le-feu limité au Sud et pose la question d’une règle commune applicable à toutes les régions.

Dans les villages, les enjeux restent très concrets. Les familles attendent l’identification des morts. Les blessés doivent être évacués. Les secouristes doivent pouvoir atteindre les décombres. Les déplacés veulent savoir s’ils peuvent rentrer ou s’ils doivent rester dans des écoles, chez des proches ou dans des logements provisoires. Une violation du cessez-le-feu ne se mesure pas seulement dans les communiqués militaires. Elle se mesure dans l’impossibilité de circuler, de soigner, d’enterrer et de reconstruire.

Les prochaines heures diront si l’annonce de 16 heures ouvre une vraie désescalade ou si elle rejoint la longue liste des trêves aussitôt fragilisées. À Nabatiyeh, sur le mont al-Rafi, autour de Kfar Tebnit, dans la zone du Beaufort et à Maroun al-Ras, les habitants ne jugeront pas l’accord sur les déclarations américaines, israéliennes ou iraniennes. Ils le jugeront sur l’arrêt effectif des bombardements israéliens, sur la fin des violations de la trêve et sur la possibilité de retrouver leurs villages sans vivre sous une zone tampon imposée.

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