Je ne suis pas féministe ! Je tiens à rester libre. Loin des partis politiques, loin des idéologies ratées, des regroupements, des étiquettes, des vagues contestataires à tout bout de champ. Je tiens à rester libre et femme avant tout. Me couper les cheveux « comme un garçon », porter le hidjab ou la mini-jupe ne relevant que de mon droit à choisir ma religion et à l’exercer.  Burkini ou Burkini pas… Je conteste !

L’image a toujours eu raison de nous ! Source de scandale en 1863, « Le déjeuner sur l’herbe » d’Edouard Manet tacle les visiteurs, en imposant une femme nue au milieu d’hommes habillés, et scrute le spectateur avec un air de défi. Le contraste aigu des sexes. L’indifférence aux conventions. L’éclairage cru. Une Vénus pour sujet. Une image. Une remise en question des mœurs. Comme il y a quelques jours. Celle qui,  à genoux retirait son Burkini. Le tour de la planète en moins de 10 minutes. La moitié du monde s’indigne. L’autre applaudit. Et je reste perplexe. Une photographie  qui deviendra le fuel de la propagande islamiste, de Daech, de l’extrémisme. Une tenue de plage qui se forge la réputation d’être révolutionnaire. Marquez mes maux !

Où sommes-nous ? Pourquoi ne pas arrêter un homme avec une barbe bien garnie et l’accuser de terrorisme ? Comment se fait-il que le pays de la liberté, de l’égalité, des droits du citoyen soit devenu borné, et pris au piège de la terreur ?

La femme a toujours été un instrument de guerre. Le viol des femmes comme une victoire de l’adversaire. Prendre le corps. L’asservir. Le détruire dans sa dignité. Le dépouiller de toute humanité. La honte. Le champ de bataille. En Ex- Yougoslavie. En Algérie. Au Proche-Orient. Au Rwanda. Les stéréotypes. Les partis-pris. Et la technologie qui s’engage dans une guerre-spectacle. Le sensationnel qui prime sur l’humain. La guerre est imposée…  Elles subissent. Elles assurent l’intérim. Essayent de survivre, d’éduquer, de protéger. Jusque dans leur corps. Femmes girafes atrophiées.  Jusqu’à l’acquiescement face à l’excision. Aucun droit de jouissance. Aucun choix. Les hommes décident. Le camp des combats face au camp de la survie. Taille 34, taille de guêpe. Cheveux longs. Tinee Weeny, tout petit bikini. Face à la burka. L’entrechoc. Une réaction réfractaire.  Quand l’habit devient affaire d’état. L’image de la femme se forge selon les pays, les religions, les interdictions, les lois, la chari’a, et parfois…. Plein de fois, au nom de la liberté. Une liberté que l’on dicte. Une liberté tissée d’idées reçues, d’autorisations, de permissions, de contraintes. Et Spinoza reste stoïque.

Je ne suis pas féministe. Je suis libre ! J’ai le choix. Le choix de décider ce que je fais de ma vie, de dire non, de changer. Comme toutes celles qui refusent de rester spectatrices et décident de devenir combattantes. Peshmergas. Suffragettes. Palestiniennes révoltées dans les prisons Israéliennes. Résistantes. Médiatrices. On oublie souvent Cléopâtre, Zénobie, Jane Austen, Simone Veil, De Beauvoir, et bien d’autres…. Tant d’autres. L’Histoire s’imprègne des hommes. Et les hommes ont eu peur du Burkini. Peur de Hande Kader brulée vive à Istanbul. Femme dans sa tête, née transgenre. La haine s’installe. La peur de l’autre. Le refus de la différence. L’intolérance suprême !

« La carte n’est pas le territoire » ! Les femmes le sont…. Elles sont le monde, la planète, les pays, et l’avenir !

Hala Moubarak

Note de l’auteur : « La carte n’est pas le territoire » est la formule de l’intellectuel polonais Alfred Korzybski. Cette phrase inspira le livre de Michel Houellebecq paru le 4 septembre 2010 aux éditions Flammarion. Prix Goncourt la même année.