Devant le centre électoral de Douma, Nord Liban. Crédit photo: Libnanews.com
Devant le centre électoral de Douma, Nord Liban. Crédit photo: Libnanews.com
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Le Président de la République le général Michel Aoun lance les consultations des blocs parlementaires qui devront l’informer de l’identité de la personne qu’ils souhaitent désigner pour le poste de Premier ministre. Au terme de ces consultations, le Liban pourrait donc voir la nomination d’un nouveau Premier ministre. Pour cela, il faudra qu’une des personnes désignées ait l’appui d’une majorité des députés. 

La nomination d’un nouveau Premier ministre pourrait avoir lieu d’ici le 1er septembre 2020, date du centenaire de la proclamation par la France de l’État du Grand-Liban, c’est-à-dire la restitution au Liban de ses limites naturelles et historiques (de 1862). C’est également la date de la visite du président français Emmanuel Macron. 

Le choix du Premier ministre n’est que la première étape car il y a ensuite la formation du cabinet et l’obtention de la confiance par le Parlement. 

Comment former un gouvernement composé de personnalités indépendantes, c’est-à-dire de personnes ni membres ni affiliées ni proches des partis politiques, alors qu’il reviendra aux blocs parlementaires de ces mêmes partis de les approuver ?

Tout gouvernement ayant l’appui de toute ou partie de l’opposition au Président Michel Aoun et au Courant patriotique libre (CPL) qu’il a fondé pourrait être paralysé puisque né d’un consensus, toutes ses décisions devront faire l’objet d’un consensus. C’est ce qui s’est produit au sein des gouvernements de Saad Hariri de décembre 2016 à janvier 2020. 

En effet, durant cette période, les décisions étaient paralysées en son sein par une opposition menée essentiellement par les ministres relevant de trois anciens chefs de milices, le Président du Parlement Nabih Berri et son mouvement Amal, Walid Joumblatt et son Parti socialiste progressiste et Samir Geagea et son Parti des Forces libanaises, mais aussi par ceux du Courant Marada de Sleiman Frangié.

La majorité parlementaire comprenant le Hezbollah, tout gouvernement émanant d’elle seulement sera qualifié par ses détracteurs de gouvernement d’une seule couleur, celle du Hezbollah et de ses alliés. C’est ce qui est arrivé au gouvernement de Hassan Diab de janvier 2020 à août 2020. 

Pourtant cette majorité n’est pas unie puisque le mouvement Amal et le Courant Marada en sont des composantes mais s’opposent au Président et au CPL. De plus, un nouveau parti appelé par les Libanais « parti des Banques » est apparu au grand jour et traverse toute la classe politique y compris le CPL. Il regroupe l’Association des Banques du Liban (ABL), le gouverneur de la Banque Centrale du Liban (BDL) Riad Salamé ainsi que les politiciens et les magnats des médias ayant des conflits d’intérêts avec les banques car étant leurs actionnaires, leurs administrateurs (au sein des Conseils d’administration), leurs avocats, leurs consultants, leurs grands déposants ou ayant des membres de leurs familles, de leurs clans ou de leurs partis y travaillant ou encore ayant une actionnaire les soutenant financièrement. 

Dans ces conditions, tout nouveau gouvernement aura la même performance que les précédents et des élections législatives anticipées aboutiront, au moins en ce qui concerne les communautés sunnite, chiite et druze, à la victoire des partis actuels. Le seul bouleversement aurait ainsi lieu dans la représentation chrétienne qui se retrouverait éclatée. Le prochain président dont l’élection est prévue à l’automne 2022 serait alors élu par les partis musulmans au détriment de la représentation chrétienne. En fait, ni un nouveau gouvernement ni des élections législatives anticipées pourront conduire au salut du Liban. 

La seule voie de salut est le changement de régime politique : la démocratie libanaise ne doit plus être parlementaire. En France, en 1958, après les échecs des IIIème (suite à la défaite de 1940) et IVème (suite au déclenchement des guerres d’Algérie et d’Indochine) Républiques entrecoupées par l’occupation nazie, le général Charles de Gaulle qui dénonçait le « régime des partis » de la démocratie parlementaire, a changé le régime politique : la Vème République – toujours en place – est un régime semi-présidentiel dans lequel le Président peut nommer le Premier ministre, former le gouvernement et dissoudre le Parlement et le peuple peut être saisi par référendum pour décider directement. 

Au Liban, c’est le Parlement qui élit le Président, désigne le Premier ministre, donne sa confiance au gouvernement et peut faire chuter ce dernier avant que celui-ci ne le dissolve. C’est d’ailleurs ce qui s’est passé avec Hassan Diab qui voulait dissoudre le Parlement et qui s’est vu imposer par Nabih Berri sa propre démission pour éviter un vote de confiance entraînant la chute de son gouvernement. C’est aussi le Parlement qui légifère et qui a le dernier mot : c’est lui qui a fait arrêter les négociations avec le Fonds monétaire international (FMI) en contestant le montant des pertes –pourtant validé par le FMI – présentées dans le plan du gouvernement – considéré comme une basse de discussions par le FMI –, c’est lui qui a vidé de sa substance la loi sur la suppression du secret bancaire et c’est encore lui qui a bloqué les projets de loi sur le contrôle des capitaux et sur l’indépendance de la justice. Enfin, c’est son chef, Nabih Berri, qui a paralysé le lancement d’un audit juricomptable (« forensic audit »). 

Il faut donc un régime permettant de contourner le Parlement et son chef pour pouvoir réaliser les réformes et les aspirations des Libanais qu’il est censé représenté mais qu’il a en fait pris en otages. Après les échecs des Ière et 2ème Républiques entrecoupées par la guerre et l’occupation, il faut mettre un terme au « régime des partis » de la démocratie parlementaire. Il faut faire du Président de la République le chef du pouvoir exécutif même si ce pouvoir est entre les mains du gouvernement. En effet, depuis que ce pouvoir a été transféré par l’accord de Taëf de la Présidence au gouvernement et à son chef, le Président n’a plus de rôle. Il doit pouvoir désigner le Premier ministre et former le gouvernement même si le Parlement devra ensuite voter la confiance au gouvernement. Il doit également pouvoir dissoudre le Parlement mais surtout organiser des référendums pour contourner tout blocage dont la résolution serait salutaire pour le Liban comme par exemple les négociations avec le FMI, la décentralisation, la neutralité, le désarmement des organisations palestiniennes et du Hezbollah, un code civil unifié et la laïcité, etc. 

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