Sur la question d’éthique médiatique

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On entend assez parler en France d’une polémique au sujet des propos d’un réalisateur qui s’est inventé une carrière d’analyste et d’expert en géopolitique moyen-orientale sur une chaine de télévision. Ces mêmes propos peuvent être entendues sur les trottoirs Beyrouthins.

Le principal point de polémique est de montrer ou de ne pas montrer les images de la guerre civile en Syrie.
Selon lui, il ne faut pas, tant d’un côté ou de l’autre.

Au contraire, il faut montrer les horreurs d’une guerre au lieu d’en avoir une version aseptisée, un peu en mode guerre des boutons où il ne suffit que de presser un peu pour avoir des milliers de morts.
Il prétend que ces images ne peuvent pas être vérifiées. Comme bon journaliste et bon analyste, au pire des cas à ce moment là, faute de témoins sur place qu’il puisse connaitre, il devrait s’y rendre en Syrie.

Personnellement, je ne m’en cache pas, cela fait plusieurs mois que souvent je reçois des images des bombardements du quartier chrétien de Jaramena par les islamistes de la Ghouta sans que la presse occidentale n’en parle. Il y là une désinformation volontaire du public. J’ai un témoin sur place et il s’agit d’un prêtre responsable de la paroisse locale. J’ai aussi d’autres témoins en Syrie. Je ne prétends pas être l’OSDH mais tout de même, la proximité de Beyrouth à la Syrie nous permet d’avoir cette capacité. On a tous ici des témoins de part et d’autres et tous des capacités à vérifier une information depuis le Liban.

Il aurait à ce moment-là, non pas ne pas montrer, mais au contraire rester factuel et montrer les 2 côtés. C’est l’erreur de cette personne et c’est également l’erreur des médias mainstream comme on dit en France qui ne montrent que le côté rebelle. Une certaine éthique laisse à désirer dans les 2 cas. On ne corrige pas une erreur en en commettant une nouvelle, celle de ne pas montrer les images d’un camps et de l’autre camps.

En pensant au Liban, si par exemple les médias occidentaux n’avaient pas montré les massacres israéliens à Sabra ou Chatilla en 1982 ou encore celui de Qana en 2006, le conflit ne serait achevé et on aurait assisté encore à plus de massacres. Montrer les images parfois même dures permet donc de faire avancer le schmilblick vers la Paix. Refuser, c’est contribuer à refuser qu’on mette les gens, l’opinion publique notamment devant ses responsabilités par rapport aux dirigeants et à prendre les décisions qui le doivent.

La situation en Syrie n’a pas commencé par des manifestations, cette guerre a des racines beaucoup plus profondes et anciennes et parfois, il faut même descendre historiquement jusqu’au XIXème siècle pour en comprendre les fondements, entre massacre des minorités en 1861, intervention française dite à but humanitaire à la même époque, mise en place de l’administration syrienne ensuite alors que d’autres paramètres comme l’idéologie de la Oumma Arabiya était encore entre religions d’un côté puis avec la prise en compte d’une certaine laïcité contre cet aspect religieux ensuite avec le Baathisme contre les Royaumes Arabes.

La Syrie ensuite n’a été stable qu’en occupant malheureusement le Liban d’une main de fer avec le régime de Hafez el Assad. Ceux qui comparent le père au fils n’ont rien compris à la Syrie.

Les causes de la guerre en Syrie sont tant internes qu’externes.

Internes tout d’abord avec une paupérisation de la population syrienne suite à d’une part une hausse des prix dans les grandes villes suite à l’arrivée massive de réfugiés irakiens lors de la guerre d’Irak de 2003 et une sécheresse à partir de 2009 dans les zones rurales.
Externes, parce que Daesh et les Islamistes ont pu s’emparer d’une partie de l’opinion publique qui a été instrumentalisée suite à la faiblesse du régime syrien pour différents facteurs.

Externes toujours, un axe Beyrouth-Damas-Bagdad-Téhéran à détruire avec une convergence des intérêts de régimes arabes qui n’ont rien à envier au régime syrien, souvent bien au contraire puisque chez eux, nulle liberté même de culte et des intérêts israéliens qui a plus intérêt de voir des régimes arabes plus préoccupés par leurs existences que par les causes diverses dont la cause la cause palestinienne bien vite oubliée. Cette intérêt a d’ailleurs fait converger les politiques étrangères des états de la Péninsule Arabique et Israël et on en a vu les conséquences au Liban notamment.

Enfin, d’un point de vue personnel, pour toutes ces raisons, la destabilisation de la Syrie était prévisible avec l’affaiblissement de l’état central, la monté d’une opposition religieuse parce qu’elle est la seule à être constituée, l’opposition dite modérée et tout le blablabla autour n’ayant pas lieu d’être, Hafez el Assad ayant réussi d’éliminer tout adversaire politique à part l’organisation des Frères Musulmans qui s’était retranchée dans la clandestinité.

On ne peut s’improviser comme analyste du jour au lendemain pour comprendre tous les tenants et aboutissants de la situation actuelle. Il y a une expertise nécessaire dans le domaine.

S’occuper d’un blog est une chose, être chroniqueur, analyste dans un mass média en est une autre. Cela réclame d’autres compétences qu’un blogger n’a pas forcément.

La première mission d’un média, quel qu’il soit est d’informer et d’éduquer les auditeurs. Si l’information pose des problèmes, il faut qu’il le dise et que surtout il l’explique en mettant en garde l’audience en donnant le pourquoi donc en donnant des précautions d’usage quant à l’utilisation de cette information. Si l’information est conflictuelle selon les sources, il faut qu’il montre les 2 versants de la vérité et permettre au public de se faire une opinion en possédant une bonne grille de lecture assez fidèle à la réalité.

Mais cela doit être fait par des spécialistes qui exposent des faits et non n’importe qui. Ce spécialiste doit avoir une connaissance profonde et accrue du contexte premièrement, de la situation actuelle mais aussi une capacité de prévision. Il doit en connaitre les tenants et les aboutissants et être capable non pas de réciter des leçons toutes faites mais surtout de pouvoir débattre certains de ses idées ou le cas échéant admettre sa défaite sur ce plan des idées après avoir trouvé quelqu’un qui soit plus informé que lui-même.

Bref, on ne s’improvise pas comme étant un spécialiste de l’information et on n’en fait pas tout un court-métrage qui ressemble bientôt à la Passion du Christ face à ces critiques justifiées. Espérons que cette Via Dolorosa dans « Le Média » s’achèvera bientôt parce que là, il n’en reste plus beaucoup des professionnels dans cette chaine, plutôt des amateurs.

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1 COMMENTAIRE

  1. Une mort n’est jamais un court-metrage.
    Une mort est le processus non naturel que les journalistes, avec Robert Capa, ont voulu exposer comme annonce réaliste sur la mort.
    On souhaite toujours une mort naturelle. La maladie fait partie de la mort naturelle. Cependant désavouer les victimes, c’est assister à la speculation pholosophique de la propagande. La mort n’est pas une abstraction pendant la guerre

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